La BlizzCon demeure ce pèlerinage obligatoire pour toute une frange de joueurs PC biberonnés aux hits d’il y a 20 ans. Englué dans une fibre nostalgique savamment entretenue, le trentenaire ou quarantenaire y retrouve ce petit battement de cœur dès qu’une annonce vient bousculer la routine. Nous avons ainsi pu assister, médusés, à l’audacieux « Coming in 2030 » du prochain StarCraft, à l’officialisation d’un Diablo V qui ferait presque oublier l’existence d’un quatrième volet, sans oublier l’habituelle valse des extensions pour l’univers Warcraft.
Des annonces au kilomètre : The Last Titan calé pour 2027, une mise à jour 12.2, un mode orienté action inédit, et le grand retour de Wrath of the Lich King à la sauce Remix. Le calendrier déborde. Mais ce qui a véritablement agité la salle, c’est l’annonce d’une nouvelle bifurcation pour World of Warcraft Classic.
Classic, en un peu plus
Plat réchauffé au micro-ondes pour les sceptiques, mijoté réconfortant pour les puristes : Blizzard a sorti l’artillerie lourde pour cette déclinaison baptisée World of Warcraft Forever, signifiant de fait qu’elle ne glissera jamais vers l’extension suivante. Au programme : des donjons et des raids inédits, des zones remaniées, des arbres de talents revus de fond en comble et un paquet d’ajustements que les plus curieux décortiqueront en vidéo.

Entre un Mont Hyjal enfin exploité et des Clairières de Tirisfal en pleine mutation on peut trouver un mort-vivant paladin et moults autres petits détails qui trainaient sur des listes de souhait trouvées sur Reddit, l’éditeur semble enfin cocher toutes les cases de ce fameux Classic + fantasmé depuis des années.
Difficile d’ailleurs d’ignorer l’ironie du calendrier. Cette soudaine illumination créative intervient au moment même où les juristes d’Irvine ont redoublé d’ardeur pour abattre leur marteau sur les projets communautaires, rasant sans pitié des serveurs privés emblématiques comme Turtle WoW. Couper l’herbe sous le pied de passionnés qui maintenaient la flamme et défrichaient ce concept depuis des années pour mieux leur revendre leur propre tambouille sous pavillon officiel : la méthode est connue, mais elle garde ce doux parfum de cynisme corporatif.
Une taxe sur les oreilles pointues
Blizzard restant Blizzard, il fallait bien dégoter un levier de monétisation inédit pour rentabiliser l’affaire, cette mouture étant accessible sans surcoût pour quiconque s’acquitte déjà de l’abonnement mensuel. Fort heureusement pour les actionnaires, la créativité s’adapte sans vergogne aux impératifs financiers.
World of Warcraft Forever introduit donc les Éolides, des vestiges vivants originaires d’un continent volant totalement sorti du chapeau. La pilule a du mal à passer chez les joueurs les plus émérites, d’autant que ces nouveaux venus n’ont jamais existé dans la chronologie officielle d’Azeroth. Entre les Hauts-Elfes, les Ogres, les Worgens ou les Gobelins, la réserve de races légitimes ne manquait pourtant pas.
Pourquoi alors bricoler une espèce inédite (recyclant au passage le squelette d’animation des Elfes de sang millésimé 2007), si ce n’est pour gratter facilement quelques deniers supplémentaires ?
La manœuvre est d’autant plus grossière que ces elfes n’ont qu’un impact anecdotique sur la trame scénaristique. Ils n’existent que pour servir de produit d’appel tarifé à 30 € minimum. Quand on sait que les factions aux oreilles pointues vampirisent près de 40 % de la population globale des serveurs, le calcul d’épicier ne trompe personne : l’opportunisme commercial a encore de beaux jours devant lui.
Fort heureusement, cet ajout n’est finalement qu’un grain de sable dans toute la machine Forever, et c’est tant mieux. Rendez-vous est pris pour le 4 novembre (ou jeudi prochain pour ceux qui décident d’y mettre les moyens).

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