Avec une régularité impressionnante, Nintendo continue d’ajouter à sa Switch 2 chaque mois ses exclusivités maison. Et si on peut fustiger la flemmardise du constructeur qui use et abuse de portages et autres remasters de son catalogue Switch, force est de constater que dans le cas de Fire Emblem: Fortune’s Weave, l’ambition est placée à un tout autre niveau. Il faut dire que depuis l’excellent épisode Three Houses, la licence a retrouvé une jeunesse et ce nouvel opus pourrait bien être celui de la maturité.
Reste que le titre sort sur une période compliquée pour les joueurs (et leurs portefeuilles), au cœur d’une rentrée où tous les éditeurs balancent leurs meilleurs jeux par peur de l’ogre de novembre, GTA VI. Il convient donc de faire des arbitrages. Et avec le dernier titre de Nintendo dont la réputation de jeu chronophage n’est plus à faire, la question se pose. Alors, Fire Emblem: Fortune’s Weave a-t-il les arguments pour se faire sa place dans la jungle vidéoludique de cette fin d’année 2026 ?
(Test de Fire Emblem: Fortune’s Weave réalisé sur Switch 2 via une copie commerciale du jeu)
Tactique gagnante
La saga Fire Emblem a su évoluer avec son temps, affinant sa formule au gré des réussites d’autres licences à succès. Impossible notamment de nier l’influence de Persona. Ainsi, Fire Emblem: Fortune’s Weave nous demande de gérer notre calendrier. Chaque début de chapitre nous annonce une échéance, une étape à partir de laquelle il faudra avoir terminé ses préparatifs pour un combat scénaristique.
Cette gestion reste néanmoins abordable et il est rare qu’on soit réellement mis sous pression par le calendrier. Les quêtes annexes, se résumant généralement à terminer un combat ou à ramener un objet, s’accomplissent naturellement et le principal challenge sera surtout d’augmenter le niveau de nos relations avec les différents PNJ que l’on souhaite recruter.
Ce système, déjà présent dans les précédents opus, est toutefois trop limité, qu’il s’agisse de la mainmise sur l’évolution de ces relations (à part des cadeaux et des dîners, on ne fait pas grand-chose) ou de l’écriture desdites relations. Mais on en demande sans doute trop, le nombre de personnages rencontrés étant beaucoup plus important que dans les Persona, il ne serait pas honnête d’exiger le même niveau d’écriture.
Pour avancer et progresser, le titre nous offre ainsi tout un panel d’activités, et il faut avouer qu’au début, on se sent submergé par tout ce qu’il y a à faire et on a du mal à déterminer ce qui a de l’importance et ce qui relève de l’accessoire. Alors on tâtonne, on teste des trucs avant de créer notre planning mental : repas avec nos futurs alliés, entraînements à l’arène, travail au temple avant de retourner explorer le continent.
Inutile toutefois d’être particulièrement assidu. Quand vient l’heure des combats, on se rend compte que ceux-ci ne sont pas très retors, quand bien même nos personnages se situent sous le niveau recommandé. Un bon équipement, quelques techniques apprises au fil des entraînements et le tour sera vite joué. Mais l’important est ailleurs et les combats se révèlent finalement particulièrement intéressants.
On a apprécié toutes ces joutes aussi car au-delà de combats tactiques en apparence classiques, Fire Emblem: Fortune’s Weave sait varier son expérience. Chaque environnement propose son lot de nouveauté renouvelant l’approche. Une habitude pour la licence, certes, mais il est toujours bon de rappeler que la reine du T-RPG conserve son niveau de qualité.
Notons néanmoins un souci structurel de taille. La saga a toujours mis un point d’honneur à proposer une mort permanente si les personnages tombent au combat. Il est bien sûr possible de désactiver cette option au besoin. Mais même sans cela, le titre propose, à tout moment et sans aucune conséquence, de « rembobiner » un combat et revenir au moment souhaité. Un aspect qui réduit l’aspect tactique du titre puisque, finalement, même en cas d’erreur, on peut éviter d’en assumer les conséquences.
Pour cet épisode, le titre nous propose en plus une exploration de donjons, lesquels intègrent un système de combat au tour par tour plus proche des RPG traditionnels. Rien de révolutionnaire, mais cet ajout, étonnamment pertinent, permet aussi d’équilibrer l’expérience globale. Le rythme est difficile à prendre au début, mais une fois dans son engrenage, on se rend compte que Fire Emblem: Fortune’s Weave, déploie une boucle de gameplay redoutablement efficace.
Quatre jeux en un
Si nos débuts sur Fire Emblem: Fortune’s Weave n’étaient pas si idylliques, c’est aussi à cause de son horrible prologue. Un tutoriel de quelques heures qui essaie de nous présenter une intrigue qu’on a du mal à faire nôtre. C’est toujours le risque quand un jeu débute par sa conclusion. On a du mal à s’identifier aux personnages, y compris la divinité que l’on crée et qu’on est censé incarner (celle-ci n’étant présente qu’en filigrane la majeure partie du temps).
Une grande histoire qui s’amorce donc et dont la conclusion sera issue de la destinée des quatre héros introduits. Quatre scénarios qu’il conviendra de suivre pour finalement pouvoir changer le futur du royaume de Dagda. On choisit donc notre premier élu et on est reparti pour quelques heures de mise en place. Un grand tournoi organisé, un vœu réalisé pour le grand vainqueur (qu’il s’agisse d’une vengeance ourdie depuis l’enfance ou la libération d’un parent par exemple) et voici les combattants du monde entier réunis en un seul point.
Ainsi, les premiers pas dans le jeu se sont avérés assez pénibles. Le rythme est lent, les bla-bla interminables et on attend de trop longues heures qu’enfin on nous lâche la bride. Mais une fois pleinement lancé, quel plaisir. Enfin l’intrigue se développe, les personnages et leurs alliés gagnent en épaisseur. Chaque scénario est presque un jeu à part entière, d’une durée de plus de vingt heures, et peut se suivre soit l’un à la suite de l’autre, soit en parallèle.
Quatre destinées, donc, liées à de mystérieux et puissants artefacts maudits que chaque héros possède. Un chassé-croisé sur une même ligne temporelle où finalement tous les tenants et aboutissants de l’intrigue générale se révèlent en assemblant les morceaux glanés dans chaque histoire. Pour avoir une vue d’ensemble, il faut donc boucler les quatre intrigues.
On conserve, heureusement, les différentes avancées déjà effectuées, telles que la complétion de la carte, les affinités entre les personnages ou les bénédictions, ce qui permet de grandement gagner en efficacité au fil des scénarios, mais on n’échappe malheureusement pas aux écueils classiques, déjà rencontrés notamment dans Three Houses.
En effet, et même si les variations existent, comprendre Fire Emblem: Fortune’s Weave revient, en quelque sorte, à faire quatre fois le même jeu, le tronc scénaristique étant commun à chaque personnage. En résulte forcément une certaine répétitivité, surtout pour un jeu au contenu aussi gargantuesque tout comme, fatalement quand on joue avec le temps, plusieurs incohérences scénaristiques et paradoxes qu’on ne prend même pas la peine de justifier et qui pourront faire tiquer les joueurs allant au bout de l’aventure.
On pensait que Fire Emblem: Fortune’s Weave pouvait être l’épisode de la maturité, il n’en est rien. Au contraire, on est face à un opus qui veut tout faire, et même parfois trop. C’est un épisode qui compile en quelque sorte tout ce qui a fonctionné dans la licence, avec juste ce qu’il faut de nouveauté, mais sans s’embarrasser de savoir si cette masse de mécaniques parvient à s’harmoniser dans un grand tout.
Ainsi, on n’échappe pas à quelques imperfections, telles que des soucis de rythme, surtout durant les premières heures, susceptibles de laisser certains joueurs sur le côté, un manque de cohérence au fil des trames ou la partie Persona-like que l’on a trouvée un peu trop simpliste. On pourrait aussi reprocher une mise en scène trop sage ou une bande-son en retrait (en dehors de l’incroyable thème principal), même si cela n’a pas tant affecté notre appréciation de l’expérience.
Car une fois que les intrigues se sont développées et qu’on nous a laissé les rênes de l’aventure, Fire Emblem: Fortune’s Weave s’est révélé exceptionnel. Imparfait, certes, mais néanmoins redoutablement efficace et addictif. Un incontournable du catalogue Switch 2.



