Dans une nouvelle interview accordée à Famitsu (relayée par VGC), Shigeru Miyamoto a dégagé son avis autour de la recette du succès qui nimbe les productions de la firme japonaise. Pour lui, la passion personnelle du créateur doit définir le processus créatif. C’est la condition essentielle pour accéder à la réussite. Ainsi, le développeur doit seulement se livrer à son désir et non répondre aux standards commerciaux, qui, au contraire, ne peut qu’être délétère.
L’affirmation d’un créateur
Quand on lui demande le secret de la réussite de Nintendo et de ses licences, Miyamoto invoque la capacité de cette dernière à se détacher du goût commun. C’est ce qui aurait contribué à la pérennité de ses licences à l’instar de Super Mario. Mais, c’est également ce qui aurait contribué à la naissance d’autres franchises que l’on ne voyait pas forcément s’imposer. Et, pour illustrer cela, le créateur de The Legend of Zelda s’appuie notamment sur la série qui fait l’actualité, Splatoon.
“Splatoon en est un exemple classique : le concept de base était tout simplement « que se passerait-il si l’on créait un jeu consistant à peindre une zone et à se disputer des territoires ? ». Il est bien sûr difficile d’en faire un véritable jeu, mais si le concept de base avait été différent, le résultat n’aurait pas été le même.”
Cependant, il est difficile de penser qu’une telle remarque puisse correspondre au modèle actuel. Celle-ci ne repose-t-elle pas, aujourd’hui plus que jamais, sur les légendes qu’elle a bâties ? Certes, certaines sont maintenues avec plus ou moins d’innovations, mais qu’en est-il des idées pures donnant naissance aux pures nouveautés ? Force est de constater que Nintendo est, à l’instar d’un grand nombre de noms, orienté vers son passé.
Les remakes, gardiens du passé ?
Des remakes, des remasters… on en a en effet vu passer plus d’un. L’annonce d’une nouvelle version d’Ocarina of Time prévue pour cette année ou la sortie toute récente de Star Fox en sont des preuves. Et, il se trouve que Miyamoto a une justification à cela, autre que mercantile. Il la formule en deux temps. D’une part, l’existence d’une telle entreprise permet de récolter les fonds nécessaires à la création de nouveaux projets ambitieux.
Ensuite, il est question d’un rôle de préservation. Elle permettrait notamment aux joueurs de découvrir des titres dans des conditions plus favorables, et cela ne concerne pas forcément des classiques à proprement parler. Certes, pour que l’action ait un intérêt, il faut que ce jeu ait eu un certain impact. Seulement, il pourrait très bien ne pas porter le poids des années, une œuvre devenant obsolète au bout de cinq années.
“Certains diront peut-être qu’il y a beaucoup de remakes, mais au bout de cinq ans, beaucoup de joueurs ont dépassé ces jeux et ont cessé d’y jouer. Les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas l’occasion de jouer à des jeux datant d’il y a dix ans ; les remasteriser pour les rendre plus accessibles et les rééditer est donc un bon moyen de répondre à la demande. Faire découvrir les jeux originaux au public ouvre également la voie à de futurs développements, c’est pourquoi nous nous y sommes activement consacrés ces derniers temps.”
Une production cinématographique au cœur de l’équation
Un constat personnel ou objectif ? Toujours est-il qu’il s’agit là de la raison servant à étayer de telles démarches. Tout comme il en est vraisemblablement de même avec la production cinématographique conjointe lancée il y a quelques années. D’ailleurs, comme le clame le papa de plombier moustachu, cette dernière est loin d’être anodine et a directement influer sur la dernière production vidéoludique comme avec les sorties de Star Fox et Yoshi and the Mysterious Book.
Et cette déclaration est intéressante puisqu’elle appuie sur un paradoxe. On est loin, en effet, de ce que l’on a pu rapporter plus haut, touchant à l’affranchissement. La création n’est, après tout, pas tout à fait désintéressée. Elle surfe sur le rayonnement offert par Hollywood. Évidemment, cela ne corrompt d’aucune manière la qualité du titre, cependant il est révélateur d’une chose : le statut de privilégié de Nintendo.
Le constructeur n’a pas à suivre un modèle, quand il est l’un de ceux qui le façonne. Ainsi, le discours de Miyamoto doit être nuancé. Ce qu’il avance a certainement pu être vrai il y a plusieurs années, aujourd’hui, c’est un peu différent.

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