L’histoire d’amour entre Marvel et le pays du soleil levant ne date pas d’hier. Les prémices remontent à plusieurs décennies avec les travaux, parfois un peu maladroits, d’auteurs tels que Chris Claremont et Frank Miller qui ont introduit des personnages comme le Clan de la Main ou le Samouraï d’Argent. Quelques mangas et comics à l’influence nippone sont venus ponctuer cette relation. Le monde a même eu la « chance » de visionner avec une certaine fascination morbide les séries animées japonaise Wolverine et Iron Man qu’on pouvait voir sur feu Game One par chez nous.
Cette année, nous assistons un peu, si ce n’est à l’aboutissement de cette histoire, au moins au renouveau d’une idylle qu’on espère éternelle. En ce début du mois d’août, Arc System Works ravive la flamme de l’univers Marvel pour l’adapter au genre du VS. fighting, délaissé depuis bientôt dix ans. Un hit de l’été édité par Playstation qui incarne la fusion entre les savoir-faire occidentaux et orientaux : Marvel Tokon: Fighting Souls.
(Test de Marvel Tokon: Fighting Souls réalisé sur PS5 à partir d’une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Contest of Champions
Cette nouvelle entrée dans le monde du versus fighting est attendue au tournant puisque Marvel Tokon: Fighting Souls cristallise à la fois les attentes des fans de Marvel vs Capcom, des nostalgiques de Dragon Ball FighterZ et même de ceux qui s’intéressent à minima à l’actualité du jeu vidéo. Après tout, c’est la grosse sortie du mois.
Au menu, deux joueurs s’affrontent en contrôlant quatre personnages : un principal et trois en stand-by qui pourront rejoindre l’arène à mesure que le combat avance. Sur le papier, ce postulat de départ pourrait décourager beaucoup de joueurs occasionnels comme expérimentés. Serait-ce de la surenchère inutile ? Après tout le 3 vs 3 de MvC ou de DBF étaient déjà acclamés, pourquoi aller plus loin ? On reconnaît volontiers que Arc Sys. était le bon studio à qui confier la franchise au nombre inépuisable de personnages. Non seulement le choix du 4 vs 4 n’est pas une fioriture, mais en plus son application participe à en faire un jeu qui fonctionne et qui procure des sensations uniques.
L’idée principale est de faire reposer le gameplay sur une participation récurrente, si ce n’est constante, des quatre membres de son équipe grâce à des mécaniques simples et implantées intelligemment. Les auto-combos qui sont monnaie courante dans les VS. fighting modernes font participer les assists. En plus de la super et de l’attaque ultime, il est possible de consommer l’entièreté de sa barre pour déclencher l’attaque Tokon Assemble qui fait participer toute l’équipe. Et même les mécaniques de parry comme le cross-over voient nos camarades voler à notre secours.
Une seule barre de vie pour toute l’équipe, c’est ça qui fait le sel de Marvel Tokon: Fighting Souls et qui rend sa proposition cohérente. Il faut voir ce jeu avant tout comme un 1 vs 1 où l’on choisi un personnage que l’on maîtrise plus que les trois autres, qui seront surtout utiles en tant qu’assist, chacun ayant ses qualités et ses défauts. Une fois que l’on maîtrise cet aspect, il sera possible de commencer à changer de personnage en ouverture ou pendant les combos pour perturber l’adversaire, ouvrir la garde ou prolonger les enchaînements. Ainsi, plus on combat, plus on s’imprègne des mécaniques et plus nos coéquipiers deviennent actifs.
Marvel Tokon: Fighting Souls peut paraître un peu lent pour ceux qui portent dans leur cœur les titres Capcom et les travaux précédents d’Arc Sys., mais c’est sûrement un choix nécessaire pour permettre au jeu de rester un minimum lisible lorsque huit personnages s’empoignent en même temps à l’écran. Force est de constater que le jeu pèche quand même parfois sur ce point puisqu’il arrive souvent qu’on ne puisse plus discerner ni le personnage sous notre contrôle ni celui de son adversaire.
Stan Lee présente…
Marvel Tokon: Fighting Souls dispose aussi d’un mode histoire qui mêle animation et dessins séquentiels rendant hommage au matériau de base : les comics. On ne peut que saluer l’initiative d’avoir confié ce travail à des artistes reconnus dans l’industrie de la BD étasunienne et japonaise. Le prétexte élaboré par Kieron Guillen pour justifier que les équipes de super-héros et de super-vilains se collent de joyeux bourre-pifs est aussi vieux que les jeux de combat eux-mêmes : un tournoi ayant pour gros méchant un boss final, Le Champion. C’est assez malin d’être allé chercher ce personnage peu exploité depuis son affrontement contre la Chose dans les années 1980 : un archétype au design reconnaissable qui fait parfaitement le job.
Ce n’est pas aujourd’hui que l’on décernera le prix du meilleur scénario de jeu de combat, mais il fait quand même parfaitement l’affaire. En plus d’être un prétexte pour justifier les multiples affrontements, le récit permet de s’attacher aux personnages plutôt bien caractérisés et fidèles (d’où l’intérêt de prendre quelqu’un de la maison pour chapeauter le tout) et de justifier les alliances entre certains personnages qui n’ont pas beaucoup de liens entre eux. En effet, mis à part les Avengers et les X-Men, les autres formations sont créées de toutes pièces.
L’équipe créative a très bien travaillé en nous offrant une histoire efficace comportant des moments drôles et épiques bien mis en page. Sans être un pur chef d’œuvre, c’est digne d’une publication de la Maison des idées, avec une vraie âme et une envie de bien faire.
On soulignera l’apport d’un doublage multilingue de qualité pour accompagner le tout. Cela fait plaisir d’entendre des voix françaises d’autant plus dans un jeu de combat, ce qui est un évènement rare. Pourtant, si la performance des comédiens est irréprochable dans les cutscenes, ce n’est pas vraiment le cas des échanges pendant les combats généralement à côté de la plaque. On se consolera tout de même en écoutant des voix bien connues lâcher de savoureux gros mots sans complexe.
Marvel vs Marvel
Après avoir confié pendant des décennies la licence à Capcom, Marvel s’est tourné vers Arc System Works dont la qualité des travaux sous licence ne sont plus à prouver. Et le moins que l’on puisse dire c’est que l’équipe japonaise n’a pas chômé puisque le jeu est majestueux. Autant sur les animations que sur les designs, la « japonisation » de ces icônes occidentales se fait sans heurts. Hommages à Gundam, personnages féminin kawaïs et références à la série Spider-Man de la Toei, tout y passe. Dommage, pour une fois que de vraies tenues alternatives sont implémentées dans une production Arc Sys. la majorité se retrouvent derrière un paywall…
Marvel Tokon: Fighting Souls est un vrai bonbon à la fois pour les yeux et les oreilles grâce à des thèmes musicaux qu’on fredonne encore après avoir été joyeusement écrasé en ranked (surtout le thème de Spider-Man). Ce qui dénote un peu avec les menus du jeu assez sobres adoptant l’aspect d’une planche préparatoire de comics. Cependant, il suffit de mettre un pied dans le hub multijoueur pour être frappé d’une illumination : Marvel Tokon: Fighting Souls est avant tout une expérience collective.
Notre petit avatar est propulsé dans un véritable parc d’attraction jonché de bornes d’arcades. C’est coloré, fourmillant de vie et on ressent un plaisir régressif à s’y perdre. On s’amusera volontiers à parcourir ce complexe qui regorge de détails et de petits coins cachés, idéal pour défier ses amis loin de la populace. Selon son envie, on peut parcourir une place bondée pour regarder les matchs en cours sur les bornes, défier le perdant et interagir avec les autres.
Cela donne du corps à une expérience qui se rapproche de l’arcade sur son canapé, loin des odeurs prononcées d’autrefois et moins aseptisée qu’un simple salon en ligne. Il y a même un ensemble de mini-jeu qui, en plus de pouvoir agrémenter une soirée entre amis, servent aussi à affuter son exécution des touches pour améliorer ses performances en combat.
Marvel Tokon: Fighting Souls possède un roster solide composé de têtes connues mais aussi de quelques curiosités, donnant envie de tous les tester sans réserve. Une déception subsiste tout de même de ne pas retrouver les Quatre Fantastiques alors que le scénario justifie que les équipes soient composées de quatre combattants pour leur rendre hommage !
La philosophie même du jeu nous replonge vingt ans en arrière tant il y a de contenus à débloquer, de jeux dans le jeu et surtout une retranscription de l’esprit de la salle d’arcade plus que grisante. C’est ce qui en fait le jeu parfait pour les amateurs ou les curieux du genre. Marvel Tokon: Fighting Souls est accessible et immédiatement fun à prendre en main sans être dénué d’une certaine complexité qui nous encourage à passer des heures à tenter de nous améliorer. Il deviendra sans nul doute, le VS. fighting de chevet d’un certain nombre de joueurs, cochant enfin toutes les cases de leurs attentes. Enfin… Si ces derniers ont choisi la version console, bien mieux optimisée que la version PC qu’on espère bientôt jouable…


