Call of the Elder Gods est la suite directe de Call of The Sea, jeu d’aventure « à l’ancienne » qui nous plongeait dans une aventure lovecraftienne pleine de puzzles et, plus étonnant, pleine de couleurs. Une ambiance fleurie et tropicale qui jure avec l’esthétique sombre et poisseuse que l’on associe généralement à l’œuvre d’Howard Phillips Lovecraft. Ce second épisode ne peut plus jouer l’effet de surprise. Est-il assez solide pour honorer son prédécesseur ?
(Test de Call of the Elder Gods réalisé sur Xbox Series via une copie commerciale du jeu)
N’est pas mort ce qui à jamais dort…
Bien que le jeu se joue en vue subjective, le Call of de son titre ne fait pas référence au jeu de tir d’Activision mais à la nouvelle emblématique de l’œuvre de Lovecraft, L’Appel de Cthulhu (Call of Cthulhu). Si, pour le premier épisode, ce clin d’œil appuyé pouvait échapper au joueur, le titre de ce second opus ne laisse pas de place au doute, les « Elder Gods » faisant directement référence aux Grands Anciens, ce panthéon du Mythe de Cthulhu.

On entre dans le jeu en incarnant Evie, étudiante hantée par des rêves étranges, dans lesquelles elle entend des voix dans une langue qui lui est inconnue… C’est l’Amérique de l’après-guerre, et tous les tropes du genre aventure seront mobilisés : sectes, complots, nazis, voyages, savants-fous… Des thèmes chers, par exemples, à Indiana Jones, que l’on n’aurait pas été surpris de croiser.
On découvrira rapidement que Call of the Elder Gods est une suite directe de Call of the Sea, le père d’Evie ayant participé à l’expédition dramatique racontée dans le premier jeu. Néanmoins, le titre peut se jouer comme une aventure indépendante. Les développeurs (Out of the Blue) ont eu la bonne idée de faire démarrer la partie en demandant au joueur s’il a joué à Call of the Sea. Dans le cas contraire, certains dialogues s’adaptent et des révélations importantes concernant le premier jeu sont tues. On conseillera néanmoins de commencer par le commencement, ce second épisode poursuivant réellement l’histoire du premier, au-delà de simples références ou de clins d’œil.
Transfert de conscience
D’autant que les premières heures peuvent être perturbantes. On joue Evie, puis, dans certaines séquences, le Professeur Harry Everhart, et Norah, protagoniste de Call of the Sea interviendra aussi sous forme de voix off. Et parce que le jeu se joue en vue subjective, on peut manquer quelques secondes de repères.
Côté gameplay, Call of the Elder Gods est, comme l’opus précédent, un jeu d’aventure classique dans lequel il faudra résoudre des énigmes, souvent pour ouvrir des portes et continuer à progresser. La résolution des puzzles tient la plupart du temps à l’interprétation d’instructions situées dans les décors. Certaines mécaniques font de plus appel à la logique et aux essais à la manière du jeu Mastermind, et à une ou deux exceptions près, on ne sera jamais bloqué très longtemps.
Et quand bien même : le titre fournit lui-même la soluce si le joueur était coincé. Le menu pause propose en effet de « demader un indice » (erreur de frappe incluse !), ce qui revient à aller voir, étape par étape, comment résoudre le niveau où l’on se trouve.
On apprécie que le jeu ne nous abandonne pas dans la résolution de ses énigmes, mais l’on aurait préféré une mécanique nous accompagnant mieux dans la compréhension de celles-ci. L’auteur de ces lignes a fait appel à ce système pour le niveau de l’observatoire, qui semblait un peu trop ésotérique. Une fois la solution révélée, le puzzle faisait tout à fait sens, et est apparu comme particulièrement bien pensé. Mais l’on aurait aimé que le jeu nous accompagne un peu mieux, et nous fasse comprendre ce qu’il attendait de nous autrement qu’en révélant purement et simplement le tutoriel pour résoudre le niveau…
Love Craft
Contrairement au premier jeu, les références à l’œuvre du Maître de Providence sont bien plus nombreuses et directes que dans Call of the Sea, et le scénario se positionne presque comme une histoire du Mythe, telles que celles qu’on pu écrire les héritiers de Lovecraft, comme Auguste Derleth (à qui l’on doit d’ailleurs l’expression « Elder Gods).
On ne révèlera pas la nouvelle ici adaptée (ce qui reviendrait à raconter la fin), mais le jeu se passe partiellement à Arkham, Evie étudie à l’Université de Miskatonic, on croise des personnages connus du Mythe, comme le Docteur Herbert West et l’on entend parler d’Azatoth… Call of the Elder Gods ne partage pas seulement des thèmes ou une couleur qui fait qu’on l’appellerait « lovecraftien », mais s’inscrit pleinement dans le Mythe en utilisant des lieux ou des noms issus des nouvelles de Lovecraft.
Cependant, on regrette peut-être le manque de noirceur qui fait aussi l’identité des contes lovecraftiens, et qui permettait la dichotomie de Call of the Sea, entre son style graphique chatoyant et les horreurs sur lesquelles reposaient son scénario.
Call of the Elder Gods est un sympathique jeu d’aventure à l’ancienne, pas tout à fait un point’n click, mais un titre qui rappelle un peu ces jeux-là. S’il souffre un peu de son budget serré, notamment dans sa mise en scène peu inspirée quand il s’agit des dialogues ou des cinématiques, il offre, comme le jeu précédent, des décors variés et colorés que l’on prend plaisir à découvrir.
On regrette cependant que le côté lovecraftien ne soit pas totalement assumé, et une façon d’entrer dans certaines énigmes qui manque un peu d’accompagnement. Moins surprenant que son prédécesseur, les amateurs de Call of the Sea ne devraient néanmoins pas bouder leur plaisir durant les 8h environ que dure l’aventure.








