Annoncée en grande pompe en 2020 par les équipes d’IO Interactive, la nouvelle incursion dans le monde du jeu vidéo de l’agent britannique James Bond est enfin arrivée. Intitulé 007 First Light, le jeu nous permet de nous glisser dans la peau d’un jeune Bond avant même l’obtention de son statut d’agent 00. Action, infiltration, séquences d’anthologie rappelant les grandes heures de la saga, 007 First Light entend bien redéfinir la ligne directrice de la licence avec une orientation plus moderne, plus jeune mais aussi plus ambitieuse que par le passé.
Plusieurs inquiétudes apparaissaient au fur et à mesure que les images du jeu nous parvenaient : IO Interactive s’est-il seulement contenté d’utiliser la marque James Bond pour créer un erzats de ses Hitman ? James Bond n’est-il pas une marque et un personnage trop ancré dans une certaine époque pour pouvoir plaire aujourd’hui ? 007 First Light est-il le sursaut tant espéré par les fans de James Bond et d’expériences solo d’action ? Ou est-ce un simple amalgame de ce qui fonctionne dans la sphère du jeu vidéo aujourd’hui ?
(Test de 007 First Light réalisé sur PS5 via une copie commerciale du jeu)
« You were expecting someone else ? »
Comme le disait l’acteur Pierce Brosnan dans la première bande-annonce du GoldenEye de 1995 : « Vous attendiez quelqu’un d’autre ? ». Dans 007 First Light, fini l’hommage facile en reprenant le visage d’anciens acteurs ayant incarné Bond à l’écran. Les équipes d’IO Interactive ont jeté leur dévolu sur l’acteur irlandais Patrick Gibson pour reprendre le Walther PPK.
Nous faisons la rencontre d’un James Bond âgé de 26 ans et engagé dans les rangs de la Royal Navy. Après une opération en Islande ayant tourné au fiasco, Bond se fait repérer par le MI6 et intègre le programme d’entraînement des agents de terrain 00. Impétueux, charmeur, insolent et tête brûlée, Bond se fait très vite remarquer par ses supérieurs et devient l’un des favoris du programme, mais la menace du retour d’un ancien agent perturbe l’équilibre du MI6. James Bond va devoir utiliser toutes les cartes qu’il a en main pour empêcher le monde de basculer dans le chaos.
Scénario classique, dans la pure veine des films de la saga, mais pas sans quelques twists et retournements de situation plus bien venus. Et suite à un somptueux générique interprété par Lana Del Rey, les références fusent. Qu’il s’agisse de Tuer n’est pas jouer, Le monde ne suffit, GoldenEye, mais aussi aux sagas Kingsman et Mission: Impossible, les scénaristes connaissent parfaitement le matériau d’origine et y font honneur.
Pour faire vivre cette histoire, IO Interactive s’est entouré d’acteurs talentueux pour incarner les protagonistes et les antagonistes de cette aventure, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’écriture et l’interprétation des personnages sont les plus gros points forts de 007 First Light. Les acolytes du futur 007, que sont Miss Moneypenny, Lennox Monroe, Cressida Bright, la Bond girl Isola, mais aussi M et Greenway, sont tous incarnés avec brio par des acteurs engagés et convaincants. Chaque échange, chaque discussion fait mouche et les captures de mouvements et d’expressions sont également de très grande qualité.
C’est simple, 007 First Light pourrait être le nouveau film de la saga d’Amazon/MGM au vu de ses qualités et de l’investissement de l’équipe créative du jeu. Comme nous allons le voir, dans cette aventure, nous sommes James Bond, nous comprenons les enjeux et les vivons avec le jeune agent britannique, et cette prouesse n’aurait pas été possible sans le talent et l’investissement de l’excellent Patrick Gibson.
« Il y a des fois dans la vie ou tuer n’est pas jouer »
Dans 007 First Light, James Bond n’est pas encore un agent 00, autrement dit il n’a pas de permis de tuer. Parfois, certaines séquences nous autorisent à nous servir de nos armes à feu dans des passages explosifs ou la mise en scène des combats est parfaitement intégrée au gameplay, mais le gros morceau de la boucle de gameplay oscille entre infiltration, utilisation de gadgets, et combats au corps-à-corps. Très souvent, les joueurs ont comparé 007 First Light à Hitman et Uncharted. De notre côté, nous considérons cette nouvelle aventure de James Bond comme un parfait mélange entre Splinter Cell: Blacklist et la saga Batman Arkham.
Le jeu d’IO Interactive encourage l’infiltration et l’utilisation des gadgets à la volée. En plus de la montre scanner, nous avons à notre disposition un laser, des fléchettes tranquillisantes, une mine sonique, une impulsion IEM… Pouvant servir à détourner l’attention, à piéger, et même à se battre, les différents gadgets offerts par Q sont suffisamment différents mais également complémentaires pour nous permettre de jouer comme nous l’entendons. À l’aide d’une simple touche, les gadgets sont disponibles et s’intègrent de manière parfaite à la boucle de gameplay. Les enchaînements entre corps-à-corps, destruction et jeu avec le décor et diversion se font de manière instinctive.
Plus l’aventure avance, et plus certaines séquences « Permis de tuer » sont présentes. Ces fusillades s’imbriquent parfaitement dans la mécanique de gameplay, nous permettant de frapper un ennemi avec une arme avant d’en récupérer une au sol en courant vers un abri. Pendant les échanges de coups de feu, les gadgets sont également très utiles pour détourner l’attention d’un tireur, pour en aveugler un autre ou pour tout simplement détruire une partie du décor et tuer par « accident » une menace.
Ce gameplay très organique et fluide est l’autre grande force de 007 First Light. Chaque approche, chaque combat, chaque infiltration, mais aussi toute tentative manquée est récompensée. La boucle de gameplay de ce James Bond est à la fois jouissive mais aussi intuitive, organique, simple et diablement efficace. La facilité d’exécution des combats et des combos donne le sentiment d’être un véritable prédateur qui peut frapper comme il le veut et quand il le souhaite.
En résumé, le James Bond de Patrick Gibson est un roublard, un charmeur brutal capable de violence pure, mais aussi d’une grande ingéniosité, et la simple idée d’avoir hybridé autant de comportements en action est une grande réussite.
« The new James Bond… Living on the edge »
Malgré toutes ses qualités, 007 First Light n’est pas exempt de petits défauts qui, sans pour autant parasiter le plaisir de jeu, peuvent être crispants. Le premier d’entre eux concerne les temps de chargement relativement longs. Qu’il s’agisse du chargement d’une partie ou du retour à un checkpoint suite à la mort de Bond, les secondes sont très longues.
Le problème qui nous aura le plus rebuté pendant nos sessions se situe au niveau de l’IA des adversaires. Très efficaces lors des séquences « permis de tuer », les ennemis nous forcent à quitter notre couverture et font tout ce qu’ils peuvent pour nous contourner, c’est lorsque nous nous essayons à l’infiltration que l’intelligence des menaces est un peu plus lacunaire. Ils n’investiguent pas plus que cela lorsque l’un de leur collègue disparaît, les diversions avec les gadgets fonctionnent, mais ils se replacent presque systématiquement à leur point de départ suite à l’enquête et la mécanique du bluff est presque accessoire puisqu’elle ne trompe les ennemis qu’un certain temps voire pas du tout. Sans pour autant rendre l’infiltration pénible, ces quelques défauts brisent un peu l’immersion.
Enfin certaines séquences peuvent paraître bien pauvres en comparaison au gros bloc que constitue l’aventure. Les passages en véhicule manquent de panache et la conduite se fait de manière un peu trop automatique. Il est pratiquement impossible de manquer son objectif, de provoquer un accident ou de devoir, à l’image des séquences à pied, improviser suite à une erreur de notre part. En comparaison, les courses-poursuites du 007 Blood Stone de 2010 avaient cet élément grand spectacle qu’il manque aux passages à quatre roues de 007 First Light.
007 First Light est un très grand jeu. Diablement efficace et jouissif grâce à son gameplay millimétré qui donne aux joueurs une grande liberté, très juste dans son écriture des personnages et dans le choix de son acteur principal, le jeu d’IO Interactive est proche du sans-faute. En exceptant les soucis d’IA en infiltration, de chargements un tantinet longuets et d’une séquence un peu maladroite, nous pouvons le clamer haut et fort : James Bond est de retour avec un grand jeu, si ce n’est l’un des tout meilleurs jeux d’action de ces dernières années ! Le permis de jouer est accordé !




