Premier projet d’une équipe entièrement française, Fading Echo est sorti en catimini sur nos consoles et ordinateurs. On y découvre un étrange mélange situé par la vox populi entre un Splatoon et un action game 3D classique dans lequel séquences de combat et de plateforme se font la passe afin de rythmer notre aventure. Le titre ambitieux du studio Emeteria vaut-il les (seulement) vingt euros demandés ?
(Test de Fading Echo réalisé sur PC à partir d’une version fournie par l’éditeur)
Un voyage à travers les dimensions de poche
On entre dans Fading Echo en étant immédiatement saisi par sa direction artistique. Le travail effectué sur l’identité visuelle force le respect et témoigne d’une réelle vision d’auteur. Les animations font preuve d’une fluidité appréciable et la bande-son accompagne avec brio chaque instant de l’aventure. L’idée de voyager à travers de multiples dimensions constitue sans doute le plus grand atout esthétique du projet : chaque univers apporte une fraîcheur bienvenue en renouvelant la palette de couleurs et l’atmosphère. Il faut néanmoins faire remarquer que ces dimensions de poche ne sont pas bien nombreuses et finissent par un peu tourner en rond.
L’intégration des dimensions montre hélas ses limites sur le plan de la clarté globale. On se heurte rapidement à une grande confusion quant au fonctionnement même du monde qui nous entoure. Le titre souffre d’un manque criant d’explications et balaye certains principes capitaux en l’espace de quelques secondes. On est, par exemple, pris au dépourvu lorsque le personnage de One se découvre subitement la capacité de se transformer en eau… Une faculté pourtant cruciale dont l’explication scénaristique n’existe pas.
Cette absence d’explications devient franchement pénible quand elle percute de plein fouet le level design. On fait face à des environnements complètement labyrinthiques dans lesquels il est excessivement difficile de se repérer. Pour ne rien arranger, les développeurs ont fait le choix de ne proposer ni carte globale, ni boussole d’orientation.
Ce parti pris transforme ce qui aurait dû être un sympathique jeu d’action en un véritable casse-tête douloureux à parcourir. On passe un temps considérable à tourner en rond dans des décors pourtant superbes, un sentiment de perdition qui gâche une grande partie du plaisir de jeu. Ajoutez à cela les dimensions dont nous parlions plus haut et le fait qu’elles ne soient pas bien nombreuses visuellement parlant, et vous obtenez un jeu qui a la fâcheuse tendance à vous tomber des mains.
The bigger they are…
Le système de combat, en revanche, mérite qu’on s’y attarde de près. On y découvre un design très malin structuré autour des couleurs, où chaque teinte interagit directement avec les autres selon un principe d’affinités particulièrement dynamique. Cette mécanique force à alterner ses approches et apporte une certaine profondeur tactique aux affrontements.
Cependant, cet équilibre subtil se trouve légèrement gâché par une technique bien trop efficace : pousser tout simplement les adversaires dans le vide. On se retrouve trop souvent à utiliser cette méthode d’élimination directe pour simplifier les passages qui nous l’autorisent, ce qui nuit un peu à l’intérêt d’un système de couleurs pourtant si finement élaboré.
Ce système, très efficace, se pare même d’un sympathique ensemble de sortilèges spéciaux coûtant de l’éther, si vous en manquez, il suffit de mettre les pieds dans l’eau. Encore un petit twist intéressant qui vous pousse à bien choisir où est-ce qu’on met les pieds si on veut éviter la panne sèche.
Sur le plan de la mise en scène, on reste assez partagé face à la présentation des cinématiques. On perçoit une réelle volonté de proposer une touche originale avec un style bande dessinée, mais l’exécution laisse franchement à désirer puisqu’il ne s’agit finalement que de poses figées de modèles 3D.
Pire encore, certaines animations résiduelles viennent complètement briser la magie : les cheveux des personnages continuent parfois de bouger naturellement pendant ces plans censés être immobiles… Ce détail cocasse casse totalement l’ambiance dramatique que les scènes essaient d’installer, même si l’on peut tout de même saluer l’audace de la tentative.
Fading Echo est une œuvre qu’on aurait aimé recommander à tous les joueurs. On salue sans hésitation son habillage artistique enchanteur et ses bonnes idées de gameplay, notamment au niveau du système de combat, mais on regrette amèrement que l’expérience soit alourdie par une navigation douloureuse et un manque d’explications crispant.
C’est un titre plein de bonne volonté qui ravira les joueurs les plus patients, mais qui risque d’en laisser plus d’un sur le carreau en raison de sa rigidité structurelle et son incapacité à vous guider un minimum, vous laissant vagabonder à la recherche de la suite, parfois cachée derrière une énigme ou une plateforme qui semblait inaccessible.


