La décision de Sony continue de faire des vagues bien au-delà de son propre écosystème, et plusieurs figures de l’industrie ont profité des dernières semaines pour donner leur avis sur le sujet. Résultat : un bel étalage d’éléments de langage soigneusement calibrés, où chacun mesure ses mots à l’aune de ses propres intérêts commerciaux.
Sega et Ubisoft, ou l’art de ne froisser personne
Interrogé par Famitsu, le président de Sega, Shuji Utsumi, a tenu à ménager les deux camps. Le virage numérique reste crucial selon lui, porté par la montée en puissance du PC, mais Sega dit vouloir continuer à valoriser encore la culture du support physique et refuse de l’abandonner totalement. Un discours forcément marqué par le propre passé de constructeur malheureux de la firme, échaudée par ses années Saturn et Dreamcast.
Ubisoft, lui, ne prend même pas cette peine. Son PDG, Yves Guillemot, a balayé le sujet lors d’un point financier, jugeant que la bascule de Sony ne va pas « trop perturber » l’industrie, puisqu’un tout-numérique permettrait des machines moins chères. Pas un mot sur l’occasion, sur le droit de prêter un jeu, sur la préservation. Juste une ligne comptable déguisée en argument consommateur, du Guillemot pur jus : toujours prêt à rationaliser au nom du joueur ce qui ne sert, en réalité, que la marge.
Sohei Niikawa et Dan Houser, ou le minimum syndical de la dignité
Le créateur de la série Disgaea, Sohei Niikawa, a lui adopté un ton nettement plus tranchant lors de l’Anime Expo 2026. S’il comprend la logique purement business de Sony, il rappelle que les dirigeants qui ont pris cette décision n’ont probablement jamais vécu la scène d’un fan venant leur tendre une boîte de jeu à dédicacer en convention.
Enfin, Dan Houser, cofondateur de Rockstar et ex-plume de la saga GTA, a apporté, au San Diego Comic-Con, une réponse plus modérée : il ne se dit pas personnellement investi dans le débat, mais pose un principe simple : « si les gens veulent ça, je pense que les entreprises devraient le fournir. »
Au final, deux poids, deux mesures : d’un côté, des industriels qui habillent une décision de rentabilité en fatalité technologique ; de l’autre, deux créateurs qui osent dire une timide évidence : que le désir des joueur·euses devrait compter pour quelque chose. Sony, pendant ce temps, ne compte sans doute écouter ni les uns ni les autres.

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