C’est un chiffre qui confirme ce que beaucoup de salarié·es du secteur ressentent depuis des mois : un cinquième de la main-d’œuvre britannique du jeu vidéo a perdu son emploi au cours des trois dernières années. Licenciements, fermetures de studios, fins de contrats précaires : la vague de restructurations qui secoue l’industrie depuis 2023 laisse des traces profondes, révélées par la troisième édition du recensement mené par UKIE, le syndicat professionnel britannique.
T’es précaire ? Bah crève
L’enquête, conduite entre novembre 2025 et janvier 2026 auprès de 1 610 professionnel·les, dresse un tableau bien triste. Le nombre de répondant·es a d’ailleurs largement chuté par rapport à l’édition précédente, un signe supplémentaire du climat de désengagement qui traverse le secteur. La moitié des personnes ayant quitté un poste a retrouvé un emploi en moins de trois mois, mais celles et ceux en recherche depuis plus d’un an envisagent de plus en plus de quitter définitivement l’industrie.
Les inégalités sautent bien évidemment aux yeux : les femmes et les personnes non binaires sont bien plus touchées que les hommes, tout comme les scénaristes et les artistes, particulièrement fragilisé·es par les vagues de coupes. Le rapport établit d’ailleurs un lien direct entre perte d’emploi et dégradation de la santé mentale, un constat qui ne surprendra personne.
Les femmes ne représentent qu’un tiers de la main-d’œuvre, largement en dessous de leur poids dans l’ensemble de l’économie britannique. L’industrie reste très majoritairement blanche, et les minorités ethniques occupent à peine 6 % des postes de direction dans les structures de plus de 24 employé·es.
Les personnes de nationalité non britannique, elles, semblent buter de plus en plus sur des obstacles administratifs pour accéder à des postes à responsabilités, sans doute liés aux complications en matière de visas et au climat conservateur ambiant. À l’inverse, la proportion de personnes LGBTQIA+ dans le secteur dépasse très largement la moyenne nationale, preuve que le jeu vidéo attire une diversité que ses instances dirigeantes ne reflètent absolument pas.
La taille du guet-apens
Si une large majorité se dit fière de travailler dans l’industrie, à peine plus d’un tiers la recommanderait comme un bon endroit où faire carrière. Un fossé qui se creuse à mesure que les témoignages de burn-out, de conditions de travail instables et de sur-représentation de troubles comme le TDAH ou l’autisme s’accumulent, ces derniers ayant presque triplé depuis 2021. La géographie du secteur évolue aussi : Londres perd du terrain au profit des régions, sans que cela ne traduise forcément une amélioration des conditions de travail.
Face à ce constat, UKIE a rassemblé une dizaine de partenaires associatifs autour de son initiative Raise The Game, promettant un plan d’action et un fonds dédié. Des mesures qui arrivent tard, et qui devront faire mieux que les précédentes promesses d’un secteur habitué à se restructurer sur le dos de ses salarié·es plutôt que de ses actionnaires.

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