Les licenciements à répétition chez Xbox ne suscitent plus seulement l’inquiétude des professionnels du secteur. Cette fois, ce sont les joueurs eux-mêmes qui haussent le ton.
Depuis plusieurs jours, le portail Xbox Player Choice, habituellement utilisé pour recueillir les suggestions de la communauté, est devenu le théâtre d’un mouvement de contestation inédit. Des milliers de joueurs y réclament l’arrêt des renvois de développeurs, des fermetures de studios et des annulations de projets qui secouent la branche gaming de Microsoft. Une mobilisation suffisamment importante pour propulser ces messages parmi les plus populaires de la plateforme.
Quand la communauté relaie les développeurs
À l’origine de cette mobilisation, on retrouve le syndicat Bethesda Game Studios Union. De fait, après les importantes suppressions de postes qui ont frappé Bethesda, Id Software ou encore ZeniMax Online, les représentants des salariés ont appelé les joueurs à utiliser le portail Xbox Player Voice pour faire entendre leur voix directement auprès de Microsoft. L’objectif était simple : montrer que ces restructurations ne concernent pas uniquement les employés, mais également celles et ceux qui consomment les jeux. Et le résultat n’a pas tardé.
En quelques jours, plusieurs publications dénonçant la stratégie de Microsoft ont récolté des milliers de votes positifs. L’une des plus soutenues appelle notamment Xbox à mettre fin aux cycles de licenciements et de fermetures de studios qui se succèdent depuis plusieurs années, estimant que les joueurs ne veulent pas seulement de nouvelles annonces, mais aussi la garantie que les équipes auront les moyens de mener leurs projets à terme.
Cette vague de réactions traduit sans conteste une lassitude grandissante. Car pour beaucoup de joueurs, il ne s’agit plus simplement de compter le nombre d’emplois supprimés. Chaque restructuration apporte désormais son lot de projets annulés, de studios affaiblis ou de licences dont l’avenir devient incertain. Qu’il s’agisse des projets annulés comme Perfect Dark et Everwild, des difficultés autour des projets de Bethesda ou encore des réductions d’effectifs chez Id Software, l’idée qu’aucun projet n’est réellement à l’abri s’est progressivement installée.
Le paradoxe Xbox
Une situation d’autant plus difficile à comprendre que, sur le papier, Xbox n’a jamais semblé aussi solide. Depuis le rachat d’Activision Blizzard King pour 75 milliards de dollars en 2023, Microsoft s’est offert certaines des licences les plus lucratives de l’industrie, de Call of Duty à Diablo, en passant par World of Warcraft, Candy Crush ou encore Overwatch. Des titres qui sont venus s’ajouter aux catalogues d’Obsidian, Mojang, Playground Games ou encore Rare, faisant de Microsoft l’un, si ce n’est le plus important éditeur de jeux vidéo au monde.
Cette montée en puissance se reflète d’ailleurs dans les résultats financiers du groupe. Dans son rapport annuel publié en juillet dernier et rapporté par Windows Central, Microsoft annonçait une hausse de 10% des revenus de sa branche gaming sur un an, tandis que les revenus liés aux contenus et services Xbox, comprenant notamment les jeux first-party et Xbox Game Pass, progressaient de 13%. une croissance que l’entreprise attribuait alors aux performances de son catalogue et de ses services, preuve que son activité jeu vidéo continue de bien se porter financièrement, malgré le ralentissement du marché des consoles.
C’est précisément ce paradoxe qui alimente aujourd’hui l’incompréhension des joueurs. Car en parallèle de ces résultats encourageants, Microsoft poursuit une politique de réduction des coûts se traduisant par un enchaînement de plans sociaux. Pour beaucoup de joueurs, la question n’est donc plus de savoir si Xbox est rentable, mais pourquoi une entreprise dont l’activité gaming continue de croître estime encore nécessaire de sabrer dans ses effectifs, au risque de fragiliser ces mêmes équipes responsables de ladite croissance.
Le message est passé
Cette mobilisation est peut-être révélatrice d’un changement plus profond dans la relation entre les joueurs et les grands éditeurs. Longtemps, les licenciements étaient perçus comme des réalités internes, éloignées des préoccupations du public. Aujourd’hui, le lien est devenu beaucoup plus évident. Les joueurs savent qu’une équipe amputée, qu’un studio fragilisé ou qu’un développement réorganisé finissent par avoir des conséquences sur les jeux eux-mêmes, allant du simple report à l’annulation pure et simple.
En réclamant la fin d’une telle logique, la communauté Xbox ne défend donc pas uniquement les développeurs. Elle défend aussi sa propre manière de consommer le jeu vidéo. Reste maintenant à savoir si Microsoft écoutera cette contestation. Car si Xbox Player Voice a justement été conçu, c’est pour permettre aux joueurs de faire remonter leurs préoccupations, il reste difficile à imaginer que quelques milliers de voix suffiront à infléchir une stratégie dictée par des impératifs financiers.
Mais une chose est sûre : voir des joueurs utiliser les propres outils de Microsoft pour contester ses décisions est un symbole fort. À défaut de pouvoir empêcher les restructurations, cette mobilisation rappelle que les joueurs sont peut-être plus sensibles aux méthodes brutales de Microsoft que l’américain l’imaginait. Et alors qu’on évoque des chiffres pour le Game Pass moitié moins bons que ceux envisagés, il ne s’agirait pas pour Microsoft de se mettre son public à dos…

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