Il y a quelques années, nous avions pu profiter d’un petit jeu d’enquête passé un peu trop sous les radars nommé Tangle Tower. Un titre conçu par l’équipe londonienne de SFB Games, également à l’origine des plus populaires Crow Country et Snipperclips, deux sorties aux thématiques diamétralement opposées qui illustrent à merveille la largeur du spectre créatif du studio.
Aujourd’hui, nous venons de finir d’explorer les profondeurs de la suite de Tangle Tower, baptisée The Mermaid Mask. Alors que le premier jeu était déjà une excellente pioche atteignant sans broncher les 85 de Metascore et un statut « extrêmement positif » sur Steam, ce nouvel opus promettait de repartir sur des bases quasiment identiques, mais cette fois armé de précieux enseignements accumulés au fil des ans. Cela ne présageait que du bon.
(Test de The Mermaid Mask réalisé sur PC à partir d’une version fournie par l’éditeur)
20 milles masques sous les mers
The Mermaid Mask est un point’n’click d’enquête. Un genre qui mêle dialogues, énigmes et usage de la logique afin de résoudre un crime sordide : qui donc a tué le capitaine Mortuga ? Égorgé dans une salle fermée de l’intérieur face à un chaudron mystique qui n’aurait jamais dû être ouvert, et sans arme du crime. Vous voilà immédiatement plongé dans l’ambiance whodunnit du sous-marin le plus étrange au monde.
Point’n’click oblige, le titre vous invite à pointer et à cliquer (l’analyse est fine) pour déplacer nos deux protagonistes d’une pièce à un indice, et d’un indice à un suspect. Chaque habitant du submersible aura son mot à dire sur ses voisins comme sur le moindre objet trouvé. Le travail de doublage, colossal et déjà présent dans le premier volet, gagne encore en superbe : le studio a démultiplié les castings pour être certain de dégoter la voix parfaite pour chacun de ces mannequins de pixels.
Le point central de l’ambiance du titre, c’est évidemment sa galerie de personnages. Tangle Tower faisait déjà un travail exemplaire avec un équilibre savamment dosé entre humour, mensonges, trahisons et variétés de caractères, The Mermaid Mask transforme brillamment l’essai avec un panel de suspects si attachants qu’il devient difficile d’en placer un au sommet de sa liste d’accusés.
Chaque personnage est accompagné de sa propre pièce de vie, de son thème musical et de ses animations. Encore une fois, le premier opus plaçait la barre haut avec ses visuels léchés et ses compositions qui restent en tête sans jamais envahir l’espace. Une barre largement atteinte par sa suite, sans pour autant ringardiser l’aîné.
C’est d’ailleurs un constat assez fou que de se rendre compte qu’il n’y avait finalement que peu de choses à retoucher à la formule d’origine… Vous pouvez facilement vous lancer dans l’un ou l’autre sans la moindre crainte. Les deux titres sont agréables à l’œil, particulièrement bien doublés et usent d’un humour de dialogue comme de mise en scène savoureux, tout en réussissant à ancrer leurs personnages en seulement cinq à huit heures de jeu. Chapeau bas.
Le double bénéfique
Très bien, mais si Tangle Tower était déjà un si bon jeu, le recopier à l’échelle 1:1 était-il suffisant pour justifier un nouveau passage en caisse ? Figurez-vous que SFB s’est posé la même question. Une remise en question des acquis d’autant plus bienvenue qu’elle permet au studio de proposer des indices en 3D : on peut désormais manipuler les objets, ouvrir des coffres, remarquer une inscription au dos d’un tableau, etc. Ce travail sur les preuves, désormais en relief, est d’autant plus dantesque que chacune d’entre elles ressemble à un sprite 2D classique avant de révéler sa vraie nature une fois entre nos mains.
Au rayon des améliorations, The Mermaid Mask se permet d’être un poil plus long sans pour autant dépasser la barre des dix heures, mais est agrémenté, surtout, d’un volume accru d’indices, eux-mêmes intriqués au milieu d’intrigues secondaires qui renversent régulièrement votre boussole des suspects.
En revanche, la problématique des déductions autoportées est toujours de la partie, et l’on a parfois un peu de peine à voir que nos inspecteurs, Grimoire et Sally, comprennent certains éléments clés après nous. C’est un point qui pourra agacer les profils les plus affûtés tout en offrant un peu de dopamine gratuite aux autres : à vous de voir. Sachez seulement que le constat est d’autant plus frappant dans une formule allongée et plus étayée.
The Mermaid Mask est aussi génial que ce à quoi on pouvait s’attendre. Les fans du premier opus seront comblés, et il ne reste plus qu’à conquérir un nouveau public qui n’aura aucun mal à monter à bord tant l’expérience s’avère accessible, drôle et gratifiante. Un savoureux cocktail de tout ce qui fait un bon point’n’click.
La vox populi a vite fait de critiquer une suite paresseuse ou, à l’inverse, d’encenser un titan sans retenue. Mais le nouveau jeu de SFB Games nous amène à nous questionner sur ce qu’on attend réellement d’une suite. Tangle Tower n’a finalement que peu à envier à son successeur, qui constitue pourtant une amélioration manifeste. Preuve qu’on n’a pas besoin de tout révolutionner pour sortir un bon jeu.


