Devolver Digital a annoncé son intention de se retirer de l’AIM, le marché alternatif de la Bourse de Londres où l’éditeur était coté depuis novembre 2021. Une assemblée générale est convoquée le 8 septembre pour faire voter les actionnaires ; en cas de feu vert, la radiation prendrait effet le 16 septembre 2026. Au menu également, une offre de rachat d’actions pouvant restituer jusqu’à 5 millions de dollars aux actionnaires, ainsi qu’une économie annuelle estimée à 1,6 million de dollars liée aux frais de cotation.
Cinq ans de Bourse, cinq ans de purgatoire ?
Introduit en 2021 avec une valorisation avoisinant le milliard de dollars, Devolver a vu son action chuter de plus de 90 % depuis, ramenant sa capitalisation autour de 46 millions de dollars, malgré une croissance du chiffre d’affaires de plus de 60 % sur un an, selon son propre point trimestriel de juin.
D’après la direction, le marché financier impose un rythme de « croissance prévisible et séquentielle » totalement incompatible avec la réalité du développement indépendant, où les calendriers glissent et où la rentabilité d’un jeu se mesure parfois sur plusieurs années. Le bilan 2025, justement, illustrait bien ce grand écart : un quatrième exercice annuel consécutif sans bénéfice, malgré 15 titres sortis et une moyenne Metacritic tout à fait honorable de 78.
Retrouver le sens de la provoc’
Au-delà du narratif financier, Devolver, c’est un nom qui a longtemps été synonyme d’une identité forte et d’une communication décapante, aux antipodes de l’image policée des grands éditeurs : c’est le label de Hotline Miami, Broforce ou Enter the Gungeon, un esprit punk assumé, doublé d’un sens du business rarement pris en défaut.
Sauf que, ces dernières années, cette identité semblait s’être un peu diluée, la faute notamment à une stratégie affichée de « jeux évolutifs », misant sur du contenu additionnel payant et gratuit pour maximiser la valeur à long terme du catalogue, un vocabulaire bien loin du chaos créatif qui a fait la réputation de la maison.
Difficile de ne pas y voir une conséquence directe de la pression actionnariale : quand chaque semestre doit rassurer des marchés obsédés par la prévisibilité et la rentabilité, la prise de risque est un luxe inconcevable. En sortant de la Bourse, Devolver ne fait peut-être pas que soigner son bilan comptable, il se donne aussi la chance de redevenir ce qu’il a toujours prétendu être : un éditeur qui préfère l’instinct à l’ennui créatif.

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