Longtemps parqué à ses licences fortes, Konami cherche désormais à montrer qu’il peut aussi construire l’avenir. C’est ainsi que le 3 septembre dernier s’est tenu le KONAMI PRESS START 2026, durant lequel, pendant près de 30 minutes, l’éditeur japonais a présenté plusieurs de ses projets à venir. Entre nouvelles informations sur ses mastodontes et découvertes de productions inédites, l’entreprise semble vouloir élargir son catalogue au-delà de ses franchises historiques. Une volonté de renouvellement qui reste encore à confirmer, mais déjà prometteuse pour l’avenir de la marque.
Silent Hill et Castlevania assurent la continuité
Le showcase a d’abord misé sur deux noms particulièrement familiers. Attendu le 24 septembre prochain, Silent Hill: Townfall s’est davantage dévoilé à travers une présentation de son casting et quelques informations supplémentaires sur son univers. Jovan Adepo (Sydney Palmer dans Babylon), Terry O’Quinn (Locke dans Lost) et Kezia Burrows (Nilin dans Remember Me) ont notamment évoqué leur participation au projet, tandis que le réalisateur et scénariste, Jon McKellan (Stories Untold), est revenu sur le choix de ses comédiens. Adepo aurait notamment attiré son attention grâce à son rôle de Saul Durand dans la série Le Problème à Trois Corps quand Terry O’Quinn représentait « un choix de rêve » pour celui-ci.
L’aventure prendra place sur l’île écossaise fictive de St. Amelia, et proposera une histoire complètement indépendante des précédents épisodes. Konami souhaite ainsi rendre cette nouvelle production accessible aux habitués comme aux néophytes. Le doublage japonais réunira, quant à lui, Akio Otsuka (Xehanort/Solid Snake) dans le pôle de Richard, Hiroki Yatsumoto (Asura dans Asura’s Wrath) dans celui de Simon et Yuko Kaida (Lara Croft/Claire Redfield) pour Zoe.
Quelques semaines plus tard, Castlevania: Belmont’s Curse prendra le relais. Prévu pour le 15 octobre, le titre développé avec Evil Empire (Dead Cells) s’est même offert une nouvelle bande-annonce baptisée « Bloody Tears Trailer », référence évidente à l’un des morceaux les plus emblématiques de la saga.
Celle-ci dévoile notamment de nouvelles séquences narratives, des armes, des capacités et plusieurs boss. Le jeu ne semble pas chercher à bouleverser la formule du Metroidvania, mais plutôt à exploiter efficacement les fondations de la série.
L’histoire de cet opus se déroule en 1499, soit 23 ans après les événements de Castlevania 3: Dracula’s Curse. Paris est alors ravagé par les flammes tandis que des créatures surgissent des profondeurs d’un mystérieux château. Face à cette menace, Trevor Belmont, le héros qui avait vaincu Dracula deux décennies plus tôt, se rend dans la capitale française, accompagné de sa fille, Rose Belmont, alors jeune chasseuse de vampire, pour répondre à un appel à l’aide. Cette dernière, appelée à prendre progressivement la relève de son père, est toutefois marquée par un lourd héritage : elle porte la malédiction de Dracula sur son bras droit, un terrible fardeau qui semble directement lié aux événements qui se déroulent sur place…
Ce positionnement peut sembler prudent, mais correspond finalement assez bien à la stratégie actuelle de Konami. Après avoir laissé plusieurs de ses grandes licences en sommeil pendant de longues années, l’éditeur les remet progressivement au premier plan en s’appuyant sur des studios externes. Silent Hill et Castlevania occupent ainsi le rôle de valeurs sûres, tout en laissant à l’entreprise la possibilité d’expérimenter ailleurs.
Place à la nouveauté
Le PRESS START 2026 ne s’est toutefois pas contenté de jouer sur la nostalgie. Ainsi, Konami présente un nouveau venu dans son catalogue : Rev. NOIR. Prévu en 2027 sur PlayStation 5, Xbox Series X/S et PC, ce RPG prend place dans un monde où l’humanité est, depuis des temps immémoriaux, guidée par la Polaris, une puissance céleste chargée de maintenir l’équilibre des ordres astraux. Un équilibre nouvellement menacé par la « pluie divine », phénomène catastrophique qui tue tout ce qu’elle touche. Mais alors qu’une nouvelle saison de pluie divine approche, un jeune garçon nommé Asch, dont l’ordre astral lui demande de « sauver de nombreuses vies », rencontre Finé, une jeune prêtresse, possédant un pouvoir supposément capable de mettre un terme à la calamité.
Autre curiosité du programme, Rhapsody in Scarlet proposera, quant à lui, une aventure située dans le New York des années 20, en plein effervescence de l’Âge du jazz. Mais derrière les gratte-ciels et les lumières de la ville se cache pourtant un monde bien différent, dans lequel certains individus maîtrisent la magie dans le plus grand secret. C’est dans cet univers que débarque Ellie Myers, une jeune mage venue tenter sa chance comme chanteuse mais qui se retrouvera rapidement impliquée dans un mystérieux incident, dévoilant l’existence d’une gigantesque conspiration et de mystérieuses forces occultes agissant dans l’ombre.
PROJECT ZIRCON constitue probablement le cas le plus révélateur de l’évolution de Konami. Ce roguelike de construction de deck place le joueur à la tête d’une nation menacée par le Calamity Dragon of the Abyss et dont les parties alternent entre gestion du territoire, construction d’installations, affrontements, avec plusieurs embranchements narratifs et fins possibles.
Mais le projet est surtout intéressant vis-à-vis de son passé. De fait, initialement annoncé en 2023 comme premier projet Web3 de Konami, PROJECT ZIRCON revient aujourd’hui sans toucher mot de quelque blockchain que ce soit. Ladite information n’apparaît d’ailleurs plus sur la page Steam du jeu. Le titre semble donc avoir profondément évolué depuis ses débuts, preuve que l’éditeur n’hésite pas à revoir ses ambitions lorsque l’orientation initiale ne semble plus cohérente.
Après réflexion, la palme de l’annonce la plus surprenante de la présentation revient sans doute à Wai Wai World Craft. De fait, le projet transforme cette ancienne licence obscure en plateforme de création et de partage, permettant aux joueurs de concevoir leurs propres expériences vidéoludiques.
Ainsi, à partir d’une grille de blocs en 3D, il sera possible de créer des niveaux, de modifier différents éléments de gameplay puis de partager ses réalisations avec la communauté. Des personnages issus de licences Konami, notamment Castlevania et Contra, pourront également être intégrés aux créations. La comparaison avec Roblox ou Minecraft est évidemment difficile à occulter, mais Konami semble véritablement miser sur son propre catalogue pour se différencier des mastodontes déjà en place et jouir d’une identité immédiatement reconnaissable. Reste maintenant à savoir si cette approche suffira à installer durablement Wai Wai World Craft.
Konami peut-il vraiment tourner la page ?
Au terme de cette présentation, le message envoyé par Konami apparaît finalement assez clair. L’éditeur ne cherche plus seulement à faire revivre son passé, mais à s’en servir pour construire la suite. Silent Hill et Castlevania continuent de jouer le rôle de locomotives, tandis que Rev. NOIR, Rhapsody in Scarlet et Wai Wai World Craft témoignent d’une volonté de renouvellement bienvenue.
Cette volonté de tourner la page est toutefois difficile à dissocier des errements qui ont marqué Konami ces dernières années. L’éditeur a longtemps donné le sentiment de délaisser ses propres jeux au profit de choix plus faciles à rentabiliser, tandis que certaines décisions ont particulièrement irrité les joueurs. L’abandon progressif de certaines licences historiques, la fermeture de studios et surtout le départ de figures majeures comme Hideo Kojima ont durablement écorné son image auprès d’une partie du public. À cela s’est ajoutée, au début des années 2020, une fascination pour des technologies alors présentées comme le futur de l’industrie : NFT, blockchain Web3 et métavers.
Konami n’a d’ailleurs pas simplement évoqué lesdites technologies puisque l’entreprise les a réellement intégrées à sa stratégie. En 2022, elle lançait ainsi une collection de 14 NFT Castlevania, vendue aux enchères sur OpenSea pour célébrer les 35 ans de la série. Quelques mois plus tard, l’éditeur annonçait vouloir recruter pour développer de nouvelles expériences liées au Web3 et au métavers, PROJECT ZIRCON en tête, et poursuivait sa stratégie en créant Resella, sa propre plateforme NFT.
Le problème n’était pas que technologique. À une époque où une grande partie du public du jeu vidéo rejetait massivement les NFT, voir Konami utiliser des morceaux de l’histoire de Castlevania pour vendre des actifs numériques a donné l’impression que l’éditeur cherchait davantage à monétiser sa nostalgie qu’à créer de nouvelles expériences. La collection avait pourtant rapporté environ 160 000 dollars, preuve que le modèle pouvait être rentable à court terme, mais cela ne suffisait pas à convaincre un public déjà méfiant face à la place croissante de la spéculation dans le jeu vidéo.
Et c’est précisément ce qui rend l’évolution de PROJECT ZIRCON intéressante. Konami semble avoir compris, ou du moins constaté, que certaines promesses technologiques n’étaient pas nécessairement celles attendues par sa communauté. Et c’est peut-être là que réside l’un des enseignements les plus intéressants de ce PRESS START 2026 : après s’être perdu dans la recherche d’un futur technologique dans la blockchain, Konami semble enfin revenir à ce qui devrait constituer le cœur de son activité, les jeux eux-mêmes.

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