En 27 ans et 13 jeux, dont 4 « canons », la saga Silent Hill s’est très vite imposée comme l’une des licences phares du genre survival-horror. Au coude-à-coude avec sa némésis Resident Evil, la création de Konami se démarque de celle de Capcom en proposant une expérience plus mature et ancrée dans le réel. Et quel opus représente le mieux cette volonté si ce n’est le second ? Encore aujourd’hui, Silent Hill 2 est considéré par beaucoup comme le chef-d’oeuvre de la saga et, plus largement, l’un des tout meilleurs jeux du genre. Mais après 25 ans et un remake, le jeu de Masashi Tsuboyama arrive-t-il encore a surprendre et à toucher comme il a pu le faire à sa sortie en 2001 ?
Welcome to hell
En 2001, les joueurs du monde entier faisaient la connaissance de James Sunderland, un veuf éploré par la disparition de sa femme. Après trois longues années a essayer de faire son deuil, James reçoit une lettre cryptique écrite de la main même de sa défunte femme. Mary lui demande de le rejoindre dans leur endroit spécial, dans la petite ville du Maine : Silent Hill. Après une introduction marquante, pleine de crasse et de spleen dans les toilettes d’un parking surplombant la ville silencieuse, nous commençons notre descente vers Silent Hill pour faire la lumière sur la vérité derrière la lettre. Une vérité dérangeante qui va plonger James dans un enfer, le sien.
La première particularité de ce Silent Hill 2 est sa déconnexion totale avec le premier opus. Pas de culte de Valtiel, d’histoire de ville brûlée ou d’enfants sacrifiés, cette fois-ci nous sommes plongés dans un drame à échelle humaine, aux thématiques fortes qui peuvent résonner en chacun : le deuil, la résilience et l’acceptation. Plus nous avançons dans le jeu, et plus nous découvrons que ces thématiques vont changer, se mouvoir en quelque chose de moins encourageant et de moins lumineux pour le héros. Fini l’espoir, désormais c’est la culpabilité et une envie de rédemption qui vont guider James car sans trop en dire, le statut de protagoniste va doucement glisser vers celui d’anti-héros voir d’antagoniste selon la fin choisie.
La quête de James, qui peut se rapprocher de celle d’Orphée descendant aux Enfers, n’est pas une histoire d’amour traditionnelle. Elle va pousser le héros à reconsidérer qui il est et qui il a pu être avec son épouse. Silent Hill 2 est une perle d’écriture qui arrive parfaitement à mêler les genres de l’horreur, du thriller, de l’érotisme et du psychologique. Et, rien que pour avoir réussi à parfaitement hybrider ces genres en une seule oeuvre, le jeu est encore à l’heure actuelle une leçon d’écriture et de narration.
Encore efficace et marquant même 25 ans après ?
Beaucoup de jeux peuvent perdre de leur superbe après autant d’années, mais Silent Hill 2 n’est pas de ceux-là. Encore aujourd’hui, qu’il s’agisse de son gameplay, de son scénario ou de ses thématiques, le jeu de Konami est toujours terriblement actuel. Côté gameplay, la rigidité inhérente à l’époque a pu prendre de l’âge, mais ce serait oublier tous les survival-horror récents qui empruntent à Silent Hill et autres Resident Evil leur lourdeur et le fonctionnement de leur boucle de gameplay.
Là où Silent Hill 2 fut, est, et restera un jeu intemporel, c’est au niveau de ses thématiques et de leur mise en scène. Avant tout, l’aventure de James Sunderland traite de la frustration, qu’elle soit émotionnelle ou sexuelle. Maria est tout ce que James a toujours voulu d’une relation : quelque chose d’intense, d’interdit et de séduisant. Mais pour ne pas avoir eu le courage de se l’avouer plus tôt, sa culpabilité et sa frustration le traquent sans relâche : c’est le rôle du Pyramid Head (ou Red Pyramid Thing). Ne pas s’avouer les choses, chercher un bonheur éphémère ailleurs, vivre en étant frustré jusqu’à commettre l’irréparable, Silent Hill 2 parle avant toute chose d’amour et de tous les malheurs qui peuvent en découler.
En 2026, alors que l’époque est marquée par le combat intempestif des femmes pour leurs droits, le mouvement #MeToo, mais aussi par les tristement récurrentes violences faites aux femmes, Silent Hill 2 apparaît comme un miroir de notre époque. Et plus encore, le survival-horror de Konami appartient à une mythologie plus globale, évoquant tour à tour la vie, l’amour et la mort. Eros et Thanatos, Orphée et Eurydice, Roméo et Juliette, tout le monde se souvient de ces amants maudits. 25 ans plus tard, beaucoup se souviennent de James et Mary. Et voici, s’il en fallait encore une, la preuve que Silent Hill 2 est et restera un très grand jeu et un chef-d’oeuvre puissant, émouvant et intemporel.

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