PlayStation a réussi à se mettre tout le monde à dos en décrétant la fin du support physique. Xbox est en train d’éliminer volontairement toute créativité de son catalogue en se séparant de ses propres structures ayant fait les propositions les plus originales de ces dernières années (Double Fine avec Keeper, Compulsion avec South of Midnight, Ninja Theory avec Senua’s Saga…) pour se concentrer sur Call of Duty et Candy Crush.
Les deux marques qui pendant longtemps ont animé des « communautés » qui adoraient se détester ont réussi l’impossible en unissant les joueurs contre elles deux. Nintendo devient même le « gentil » de l’histoire, alors qu’à la sortie de la Switch 2, les joueurs étaient vent debout contre sa tarification (c’était avant de sérieusement envisager une PS6 à 1200€) et contre ses Game Key Cards (qu’on a fini par trouver pas si mal, elles qui peuvent être prêtées ou revendues…).
Dans ce contexte, ne serait-il pas venu le temps de voir apparaître un nouvel acteur ?
Rappelons-nous en effet des conditions de l’apparition de la NES. En 1983, le jeu vidéo vit son gros krach : une surproduction de sorties médiocres menant à une perte de confiance des joueurs, puis, naturellement, à un effondrement des ventes. C’est la stratégie payante de Nintendo qui lui permettra d’imposer sa NES et à l’industrie de se relever, notamment avec l’apparition du fameux Nintendo Seal of Quality. Celui-ci garantissait un contrôle strict de la marque sur les jeux qui sortaient pour la NES, protégeant ainsi les consommateurs contre les jeux vite faits, mal faits qui ont précipité la chute de Mattel et d’Atari.
Le Krach de 2026
La situation actuelle est certes complètement différente. Si le jeu vidéo est bien en crise (fermetures de studios, licenciements, jeux AAA ne trouvant plus leur public…), l’industrie, elle, ne l’est pas. Et elle sera à nouveau en croissance en 2026. Néanmoins, il y bien un point commun que l’on peut trouver avec 1983 : la crise de confiance.
Les jeux, bien qu’acquis tout à fait normalement, deviennent inaccessibles (le cas emblématique de The Crew), les tarifs vont et viennent (le Game Pass, les augmentations successives du prix des consoles), des titres sont abandonnés à peine quelques jours après leur sortie, voire avant, d’autres sortent dans des états plus que problématiques… Il est ainsi devenu compliqué de se fier à un constructeur ou à un éditeur.
C’est pourquoi il y a probablement une place à prendre, et un nouveau constructeur pourrait s’imposer comme Nintendo a su le faire en 1983 : sur l’argument de la confiance. Il pourrait ainsi arriver sur le marché avec par exemple la seule console next gen pourvue d’un lecteur optique et d’une ludothèque physique ? Et il serait armé d’un label certifiant que ses jeux sont jouables sans connexion, un peu à la manière de ce que fait le site Does it play?. Cet outsider pourrait ainsi attirer à lui une bonne partie de la communauté de joueurs déçus par les politiques illisibles de Sony et Microsoft.
La question du casting
Mais qui pour assumer ce rôle ? Se lancer dans la production de machines à grande échelle nécessite à la fois une importante force de frappe au niveau industriel, une capacité à imposer sa communication, et une certaine connaissance du secteur. On a vu Valve y aller timidement, mais on sait que la firme a une ambition plutôt « niche », et ne compte pas s’imposer comme leader sur le hardware. Nvidia pourrait être un candidat sérieux, mais son engagement presque total dans l’I.A. va un peu à rebours de ce que l’on décrit ci-dessus. Apple a pu tenter par le passé, sans succès (le Pippin en 1996), et les flottements de l’Apple Arcade nous montrent que le jeu vidéo n’est pas son métier. Même constat pour Amazon.
Asus a déjà un pied dans le gaming, avec sa gamme ROG et son association avec Xbox pour la console portable ROG Ally. Et construire des machines, c’est son métier ; ce qui ferait de lui un candidat crédible.
Et si l’initiative venait des plus grands perdants de la politique désastreuse des leaders actuels ? Un éditeur comme Limited Run Games, qui est promis à la disparition par les décisions de Sony, pourrait tenter le coup, en s’associant à d’autres (studios, constructeurs…). Panic (Untitled Goose Game) a montré, à une autre échelle, avec le Play Date, que l’aventure industrielle pouvait fonctionner, si portée par une bonne idée et soutenue par sa communauté.
« Tu rêves… », nous rétorquera le joueur de peu de foi. Et peut-être a-t-il raison. Mais une chose est sure : de nombreux auteurs décrivent les crises comme autant d’opportunités (Marx, en premier lieu), et nul ne doute que le jeu vidéo subit actuellement une crise. Reste à voir si quelqu’un va se saisir de l’opportunité…

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