L’intelligence artificielle continue de faire parler d’elle, et elle commence à sérieusement rebattre les cartes de la création vidéoludique. Deux actualités récentes illustrent parfaitement cette accélération : Yuji Horii, papa de Dragon Quest, affirme avoir conçu un petit jeu en une trentaine de minutes grâce à l’IA générative, tandis qu’Epic Games aurait demandé à ses équipes de repenser le développement d’un jeu d’envergure autour de cette même technologie. Deux approches, deux échelles, une même question : jusqu’où l’IA peut-elle transformer notre façon de fabriquer des jeux ?
30 minutes pour créer un jeu
À 72 ans, Yuji Horii n’a plus grand-chose à prouver. Figure incontournable du RPG japonais, le créateur de Dragon Quest a pourtant décidé de mettre les mains dans une nouvelle forme de création. Son dernier projet, Interrogation Room Komiya, est un petit jeu dans lequel le joueur doit amener un suspect à avouer son crime en sélectionnant différentes propositions de dialogue. Sa particularité ? Horii affirme l’avoir réalisé en « environ 30 minutes » avec l’aide de l’IA générative.
Le contraste avec ses débuts est marqué. À l’époque de The Portopia Serial Murder Case, le développeur expliquait avoir lui-même tout réalisé à la sueur de son front. Aujourd’hui, il lui suffit de donner des instructions à une IA pour obtenir un résultat jouable. De quoi mesurer le chemin parcouru depuis les premières aventures textuelles.
« Il y a longtemps, lorsque j’ai créé The Portopia Serial Murder Case sur PC, j’ai imaginé l’histoire moi-même, dessiné les illustrations moi-même, programmé le jeu moi-même… Bref, j’ai tout fait tout seul. Aujourd’hui, grâce à l’IA, même si je ne sais ni dessiner ni programmer, je peux simplement lui donner des instructions et créer moi-même un jeu tout à fait convenable. C’est vraiment incroyable. »
Faut-il y voir la fin du métier de développeur ? Certainement pas sur la seule base de cette expérience. Un prototype conçu en une demi-heure ne se compare ni à un RPG de plusieurs dizaines d’heures ni à une production mobilisant des centaines de personnes. Mais l’expérience de Horii montre que des outils autrefois réservés aux profils techniques deviennent accessibles à des créateurs qui veulent surtout concrétiser une idée.
L’IA peut ainsi abaisser la barrière à l’entrée, accélérer les expérimentations et permettre de tester des concepts sans disposer d’une équipe complète. Pour un créateur, c’est une chance. Mais pour l’impitoyable industrie du jeu vidéo, c’est une boîte de pandore qui vient de s’ouvrir.
Chez Epic Games, le prompt pourrait remplacer le pro
Car si Yuji Horii utilise l’IA comme un raccourci créatif, Epic Games envisagerait de lui donner une place bien plus centrale. Selon Bloomberg, l‘entreprise aurait demandé à ses équipes de privilégier une approche « AI-first » pour un jeu de tir encore non annoncé, développé en collaboration avec Disney et censé mettre en scène des personnages Marvel et Star Wars. Ce changement d’approche serait la cause d’un retard accumulé dans le développement du projet, sur lequel Epic aurait sous-estimé le nombre de personnel requis.
Le rapport évoque une consigne particulièrement radicale : « plus de code écrit à la main », ainsi que le recours à des processus entièrement générés par IA pour les éléments artistiques. Une consigne qui a choqué et entraîné des réactions en interne, selon des personnes ayant échangé avec le média.
« Cette annonce a laissé plusieurs développeurs d’Epic stupéfaits lors d’une visioconférence la semaine dernière. Certains ont plaisanté sur la manière dont ils devraient gérer les erreurs générées par l’IA, se demandant s’ils devraient demander à Claude de corriger ses propres erreurs. »
Epic défend toutefois une vision moins anxiogène de cette transition. Dans une déclaration rapportée par VGC, l’entreprise affirme vouloir miser sur un développement accéléré par l’IA, tout en laissant aux développeurs le rôle de moteurs créatifs. Son PDG, Tim Sweeney, assure également que l’objectif n’est pas de produire autant avec moins de personnel, mais de permettre aux équipes de créer « plus et mieux ».
Reste à voir comment cette promesse se traduira dans la pratique. Car entre un discours sur la productivité et le quotidien des équipes, il peut y avoir un monde.
L’IA, nouvel outil créatif ou nouveau chef de projet ?
Chez Horii, l’IA semble surtout ouvrir un terrain d’expérimentation : elle aide un créateur à concrétiser rapidement une idée. Chez Epic, selon les informations rapportées, elle pourrait devenir un principe d’organisation du travail à l’échelle d’une production ambitieuse.
Le débat ne porte plus seulement sur la capacité d’une IA à générer du code, des images ou des dialogues. Il concerne aussi la place qu’on choisit de lui accorder, les décisions qu’on lui confie et le temps humain qu’on conserve pour imaginer, ajuster et donner une identité à un jeu.
L’avenir du jeu vidéo ne se résumera probablement pas à choisir entre l’humain et la machine. Mais une chose devient claire : dans les années à venir, la question ne sera pas uniquement de savoir ce que l’IA peut créer. Ce sera aussi de décider ce que les créateurs veulent (et peuvent) encore créer eux-mêmes.

Google (aussi) lance sa plateforme de jeux IA
DracoSH

Epic Games (Fortnite) en passe de devenir une énième possession de Disney ?
Al

LEVEL-5 ne se démêle pas de ses affaires liées à l’IA
DracoSH
Google (aussi) lance sa plateforme de jeux IA
Epic Games (Fortnite) en passe de devenir une énième possession de Disney ?