L’Intelligence Artificielle (ou IA) continue de s’imposer à tous les niveaux, et l’industrie du jeu vidéo n’échappe évidemment pas au phénomène. Selon Laura Miele, présidente d’Electronics Arts Entertainment, l’adoption de l’IA par les équipes de développement aurait même provoqué une « véritable hausse de la créativité ».
Interrogée par The Game Business sur l’intégration de l’IA dans l’accélération des processus de création, la dirigeante a certes évoqué la réduction des temps de développement, mais a surtout insisté sur un autre aspect : la disparition de certaines frictions du quotidien des développeurs permettrait de libérer leur créativité.
« J’ai toujours voulu être en quelque sorte un héros pour nos équipes et les aider à créer des expériences marquantes dans leur carrière. Ce que j’ai pu constater avec l’IA, c’est qu’elle permet de réduire les frictions dans nos processus de production, nos outils et nos méthodes de travail. Elle a aussi permis de supprimer une partie des tâches les plus répétitives et fastidieuses de leur quotidien. »
Outre l’égo apparent de la dame, la vision qu’elle met en avant est simple : l’IA permet de passer moins de temps sur des tâches ingrates, pour concentrer son jus de cerveau sur la création au sens propre. C’est un argument qui ne date pas d’hier chez les éditeurs. Le sous-entendu marketing derrière cela : en intégrant de l’IA, les jeux de demain seraient plus novateurs et en accord avec la vision de leurs créateurs, du fait de la baisse de friction permise pendant leur développement. Mais est-ce que cette vision est partagée de l’autre côté de la manette ?
Les utilisateurs Steam ne sont pas de cet avis
Sur le papier, la promesse de jeux plus créatifs est séduisante. Dans les faits, elle peine à convaincre une partie du public. C’est en tout cas ce que nous dit Ross Burton, analyste spécialisé dans la data, qui s’est récemment penché sur les jeux Steam déclarant utiliser de l’IA. Depuis janvier 2024, la politique de la plateforme impose en effet aux développeurs d’indiquer quand et comment cette technologie intervient dans la création d’un titre.
Son constat est sans appel : sur un panel de plus de 10 000 jeux publiés sur Steam l’année dernière, ceux qui déclarent avoir utilisé l’IA recevraient environ 53 % d’évaluations en moins que des titres comparables, tandis que les avis publiés seraient globalement plus négatifs.
Bien sûr, cette corrélation ne suffit pas à démontrer que l’utilisation de l’IA est directement responsable de ces résultats. Elle met toutefois en lumière une méfiance persistante : entre crainte d’une standardisation des œuvres, inquiétudes concernant l’emploi des artistes ou peur de voir certaines décisions créatives confiées à des algorithmes, les joueurs semblent loin d’être aussi positifs que la direction d’EA sur la question.
Un problème d’image plus que de succès ?
Le contraste est posé : là où les éditeurs présentent l’IA comme un outil au service de la créativité, une partie des joueurs y voit surtout un risque pour l’authenticité des œuvres. Il faut néanmoins reconnaître les limites de cette observation : l’étude de Ross Burton porte sur les avis Steam, pas sur les ventes. Impossible donc de mesurer l’impact réel de cette défiance sur le succès commercial des jeux concernés.
Les chiffres de vente colossaux affichés ce mois-ci par Crimson Desert viennent confirmer cela : la barre des 6 millions de copies vendues a été passée en juin pour le bébé de Pearl Abyss, alors que le jeu avait subi un bad buzz sur les réseaux sociaux à sa sortie lorsque les joueurs avaient constaté l’utilisation d’assets générés par IA dans certains objets de décoration. Et c’est loin d’être le seul cas.
De tout cela, on retiendra surtout qu’entre EA et IA, il n’y a qu’un pas. L’éditeur n’a sûrement pas fini de chanter les éloges d’une technologie qui reste avant tout une belle opportunité pour lui de réduire les coûts, les délais de production et donc d’afficher plus de rentabilité, notamment dans un contexte de rachat récent par le Fonds d’Investissement Public de l’Arabie Saoudite.
De plus, ces éloges de l’IA parviennent toujours de la bouche des dirigeants, et rarement des fameux profils créatifs qui sont les premiers concernés. La « créativité libérée » sonnerait-elle un peu faux dans ce contexte ? On vous laisse vous faire votre propre avis sur le sujet.

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