Cthulhu, et plus largement les mythes lovecraftien, et le jeu vidéo, c’est une grande histoire d’amour. Entre adaptation des écrits du maître de Providence avec le très bon Call of Cthulhu, hommage sympathique avec Sherlock Holmes: The Awakened et inspiration plus qu’évidente avec Bloodborne, H.P. Lovecraft est une source d’idées intarissables dont les développeurs et les scénaristes se servent pour livrer des propositions toujours plus angoissantes, paranoïaques et horrifiques.
Mais les Chiliens d’ACE Team ont décidé d’aller à rebours des propositions précédemment citées. Dans The Mound: Omen of Cthulhu, nous incarnons un explorateur, mi-conquistador, mi-pillard, parti à la recherche de galions échoués sur des îles maudites. FPS mêlé à une boucle d’extraction-shooter narratif et horrifique jouable en coopération, le jeu d’ACE Team entend bien se démarquer de ses concurrents avec une recette et des variations de gameplay originales. Mais est-ce suffisant pour accoucher d’un solide jeu coopératif ? Est-ce que l’ADN lovecraftien dessert bien cette aventure ? Ou est-ce uniquement un outil marketing ? Toutes voiles dehors moussaillon et cape sur le danger !
(Test de The Mound: Omen of Cthulhu réalisé sur PlayStation 5 via une copie du jeu fournie par l’éditeur)
C’est l’histoire de quatre explorateurs, une secte et une pieuvre géante
Tout commence sur un bateau, en plein océan. Un membre du clergé nous explique que nombreux sont les explorateurs à s’être égarés sur ces routes maritimes à la recherche de la fortune et de la gloire. Malheureusement, ils se sont tous perdus, engloutis par les flots ou échoués sur des îles, au plus profond de jungles luxuriantes. Ils ont été appelés, car là, au plus profond de la jungle, se cache quelque chose. C’est ici qu’intervient notre groupe de valeureux explorateurs. En suivant la piste des différents navires, nos héros vont tomber sur des trésors leur promettant une richesse éternelle. Nous nous affairons donc à rapporter ces objets sur notre navire, mais bientôt une force va nous en empêcher et nous forcer à rester dans ces terres pour toujours…
Voici le pitch de départ de The Mound: Omen of Cthulhu. La dimension extraction-shooter du titre se justifie par cette recherche d’artefacts et de richesses, et, pendant nos déambulations, une carriole nous suit. Dans cette dernière, nous devrons déposer toutes nos trouvailles, en raison d’un inventaire réduit, et décider à n’importe quel moment de retourner sur le navire pour vérifier si ce que nous avons récupéré est suffisant pour remplir le contrat que nous avons accepté avant de partir en mission.
Lors de nos accomplissements d’objectifs, nous pouvons également mettre la main sur des récits écrits par les défunts survivants des expéditions. A chaque fin de partie, les écrits seront disponibles et nous en apprendrons un peu plus sur la présence du culte rendu aux Grands Anciens dans cette jungle et sur la façon dongt les précédents équipages ont peu à peu perdu la raison. The Mound: Omen of Cthulhu est un parfait amalgame entre The Lost City of Z de David Grann, les nouvelles Dagon et Le Temple et le roman court L’appel de Cthulhu de Lovecraft.
Un univers hostile, emprunt de mystère, d’horreur et d’apocalypse
Une fois notre arsenal composé, nos équipements améliorés et nos missions et objectifs désignés, nous prenons la mer en direction de l’île. L’île en question possède plusieurs plages d’amarrage, les environnements diffèrent quelque peu et nous pouvons donc commencer à nous enfoncer dans la jungle. Au fur et à mesure de notre avancée, la réalité se déforme, l’environnement change et nos aventuriers deviennent de plus en plus paranoïaques et en proie à des visions de toutes sortes. Certaines d’entre elles sont scriptées pour l’avancement du scénario et d’autres peuvent être aléatoires, tout dépendra du nombre d’idoles que nous avons touchées et emmenées avec nous. Car la cause de ces failles et des distorsions de la réalité est le métal constitutif des idoles.
Nous pouvons donc, au choix, trouver un autel qui n’est en réalité pas présent devant nous et qui, au dernier moment, disparaîtra pour nous faire tomber dans un piège, observer les anciens marins corrompus par les idoles nous attaquer et/ou se dissimuler dans l’épaisse jungle, ou entendre l’un de nos collègues appeler à l’aide alors qu’il ne s’agira que d’une hallucination auditive ayant pour but de nous éloigner de notre groupe et de nous laisser vulnérables face aux dangers. Mis bout à bout, ces éléments de gameplay permettent de rendre unique chacune de nos parties, les différentes hallucinations et menaces n’étant que rarement les mêmes. Une dimension aléatoire dans l’horreur qui fait plaisir à voir et qui, surtout, nous pousse à être sur nos gardes.
Une copie parfois maladroite dans sa réalisation
Malgré tout le bien que nous pensons de The Mound: Omen of Cthulhu, la copie d’ACE Team est loin d’être parfaite techniquement parlant, ce qui peut, parfois, entraîner une certaine frustration dans le déroulé de nos parties. Le moteur graphique utilisé pour le jeu ne semble pas être exploité au maximum de ses capacités, ce qui entraîne très souvent des ralentissements et beaucoup de clipping et de tearing. Lors de nos déambulations, plusieurs effets liés à la mise en scène ont perdu en intensité, dus à un ralentissement qui nous a légèrement gâché la surprise. L’apparition d’un piège, d’une menace ou même d’une vision hallucinatoire peut très vite être désomorcée suite à ces problèmes.
Enfin, le jeu devra se doter d’un soutien solide de la part de ses développeurs. Dans l’état, les premières parties sont très agréables à jouer, et la dimension coopérative rajoute encore plus à l’immersion et à la dimension horrifique de certains effets, mais le jeu manque terriblement de contenu pour réellement convaincre la plupart des joueurs friands d’extraction-shooters ou de jeux horrifiques en coopération. De notre côté, la recette a fonctionné, l’univers de Lovecraft est fidèlement retranscrit et l’ajout d’un scénario à ce genre de jeu est un point positif que nous soulignons en gras !
The Mound: Omen of Cthulhu est un jeu plein de promesses. FPS narratif et horrifique exploitant à sa manière le genre extraction-shooter, la proposition d’ACE Team nous a séduit. Mais, dans l’état de stabilité et de fluidité actuel du jeu, difficile de le recommander à un public biberonné aux extraction-shooters.
Les premiers à en profiter le plus seront les fans des écrits du maître de Providence et les amateurs d’expériences narratives horrifiques qui jouent avec nos nerfs. Le jeu sera d’autant plus convaincant lors de la sortie des premiers patchs et des mises à jour de contenu. Une balade horrifique réussie mais qui manque d’un petit quelque chose pour réellement se démarquer !


