Nombreux sont les jeux à dépeindre le quotidien de soldats pendant les conflits d’envergure mondiale. Call of Duty, Medal of Honor, Battlefield… tous nous ont placés dans les bottes de combattants sous le feu ennemi pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais qu’en est-il de la Première Guerre ? Celle dont nos aïeux disaient qu’elle serait la première et la dernière ? Battlefield 1 s’y est essayé, mais avec un résultat qui, comme chez la concurrence, s’apparentait à un blockbuster hollywoodien. Mais était-ce bien ça, la Grande Guerre ?
Dans The Caribou Trail, les développeurs de chez Unreliable Narrators et ManaVoid Entertainment ont souhaité rendre un hommage collant à la réalité de l’histoire. Moins de spectacles pour plus d’intimisme et d’horreur. Mais est-ce que la proposition narrative moins conventionnel dans cet univers fonctionne réellement ? L’hommage aux fusiliers de Terre-Neuve est-il réussi ?
(Test de The Caribou Trail réalisé sur PS5 à partir d’une version fournie par l’éditeur)
Personne par la guerre ne devient grand
Bataille de Gallipoli, 1915. Un régiment de Terre-Neuviens arrive aux premières lueurs du jour pour assister les forces alliées engagées dans la bataille. Mais l’horreur rattrape les soldats bien assez tôt. À peine débarqués, les combattants nord-américains doivent essuyer les tirs d’artillerie et de barrage des Ottomans. Nous incarnons Fisher et, avec ses comparses Lonnie et Gordon, nous devons à tout prix évacuer la plage et rejoindre les tranchées pour commencer la reconquête. La tâche ne sera pas aisée : le moral des troupes est au plus bas et les forces turques sont de redoutables adversaires qui vont pousser nos trois amis dans leurs retranchements. Librement inspiré d’une histoire vraie, le jeu nous met directement dans le bain et nous comprenons bien vite que ce qui prédomine, c’est la survie.
The Caribou Trail se distingue des autres jeux de guerre de par son approche du combat et la dure réalité qui l’entoure. Ici, pas de longues séquences d’échanges de coups de feu ou de moments spectaculaires à la Call of Duty. Ici c’est la psychologie des combattants et le rapport au réel de la guerre qui nous sont présentés de manière brutale. D’une certaine manière, The Caribou Trail se rapproche nettement plus de long-métrages comme 1917, Les Sentiers de la gloire ou, dans une moindre mesure, La Tranchée. Ici, la guerre n’est ni un prétexte à l’amusement ni aux hauts faits d’armes, c’est une sombre réalité que les équipes de Unreliable Narrators et ManaVoid Entertainment dépeignent avec force et talent.
Au coeur des lignes ennemies
Comme nous l’avons déjà souligné, dans The Caribou Trail, il ne sera pas question d’intenses échanges de coups de feu et autres artifices que ne renierait pas Michael Bay. Le soldat que nous incarnons sait bel et bien se servir d’un fusil à verrou, mais ses meilleurs atouts seront une carte et une boussole, une pince-monseigneur et une pelle. Le gros de l’action consistera à se faufiler au cœur du no man’s land en évitant de se faire repérer. Sans pour autant avoir un pied dans le monde de l’infiltration, le jeu nous invite à faire face à l’horreur de la guerre en étant plongé dans les charniers, les plaines détruites par l’aviation et l’artillerie, et autres tranchées effondrée, théâtres d’intenses affrontements.
Fisher devra retrouver la trace d’un aéroplane écrasé pour mettre la main sur un document important, trouver des survivants, aider ses camarades à ne pas sombrer dans la psychose, mais aussi repérer les menaces pour l’infanterie et éviter un massacre en règle. Le gros morceau de The Caribou Trail se situe dans sa narration. Le jeu étant un jeu d’aventure historique narratif, nous aurons très souvent l’occasion d’échanger avec nos camarades soldats, de les aider à trouver une solution à leurs problèmes ou tout simplement de les écouter et ainsi de faire grandir le sentiment de cohésion entre ces hommes.
Une autre séquence de gameplay, qui se trouve être le cœur même de l’expérience, se situe en fin de journée ou de mission. Fisher devra, à l’occasion de QTE, préparer le repas pour Lonnie et Gordon. Pendant la préparation, les trois frères d’armes vont, à tour de rôle, se raconter des histoires. Des histoires nostalgiques, des histoires étranges, des histoires d’horreur… Ces récits influeront parfois sur la vision que nous aurons du champ de bataille, les histoires racontées au coin du feu ayant un fort impact sur la psychologie du soldat que nous incarnons.
Une réalisation simple mais qui prend aux tripes
The Caribou Trail n’entend pas être une révolution graphique, mais le moteur Unreal Ungine 5 est utilisé d’une manière plutôt intelligente. L’ensemble du jeu est réalisé dans un style très simple, à la modélisation épurée. Sans être un frein à l’immersion, les décors ayant été réalisés à l’aide de photos d’archives, cette volonté de la part des développeurs permet de se focaliser entièrement sur l’histoire et son avancée. L’horreur n’est pas visuelle, bien que certaines séquences peuvent être réellement éprouvantes, elle est dans le cœur des soldats engagés sur le front, dans leur esprit et leurs paroles. L’important, ici, ce n’est pas la manière de représenter, mais bel et bien l’émotion que l’expérience amène.
Le sound design est également de très bonne facture. Tous les sons participent à une plus grande immersion, qu’il s’agisse du bruit des tirs et des explosions, des cris et des appels à l’aide des soldats ou encore du souffle court et étouffé de Fisher lors de son avancée dans les tranchées et dans le no man’s land, nous avons l’impression d’être à ses côtés dans ces épreuves.
Enfin, nous avons déjà souligné la présence des histoires racontées au coin du feu et la préparation du repas de nos camarades, et ce moment de flottement entre deux missions est peut-être le point de la réalisation qui nous a le plus marqué. En comprenant ce que ces séquences peuvent amener par la suite, nous y faisons plus attention, nous écoutons nos camarades et, bien qu’il ne s’agisse que de tranches de vie racontées ou inventées, c’est peut-être ça qui symbolise le mieux cette aventure : la solidarité qui fait de ces hommes des frères d’armes.
The Caribou Trail est une expérience narrative de haute volée qui rend un bien bel hommage aux hommes tombés au champ d’honneur. Avec son écriture, sa mise en scène incisive et sa capacité à toucher la mémoire du joueur en nous mettant dans les bottes d’un soldat qui ne cherche qu’à survivre tout en aidant ses camarades, le jeu est à mille lieues des propositions grand spectacle de la scène FPS mettant en scène les conflits mondiaux. Une très belle pioche qui associe à merveille horreur, psychologie, tranche de vie et courage !


