La décision, probablement irrévocable, de Sony de mettre fin au support physique pour les jeux PlayStation dès janvier 2028 a intensifié une forme de militantisme chez les partisans du disque. Pétition internationale (plus de 350 000 signatures), journée morte sur le PS Store, annulation des abonnements PS Plus…
Bien sûr, on comprend l’attachement au disque, qui peut être prêté, revendu, et surtout, assure une véritable propriété du jeu, contrairement aux « licences d’utilisations » qui sont distribuées sous couvert de « jeux dématérialisés ». À moins que… ?
La propriété, c’est le vol
Le gros problème du jeu dématérialisé sur console, c’est que le jour où les serveurs s’éteignent, les jeux deviennent inaccessibles. On le sait, il est désormais impossible d’aller récupérer un jeu Wii pourtant payé plein pot sur le Nintendo Wii Shop Channel. Les serveurs Wii ont été débranchés, et avec eux, l’accès à l’intégralité de la ludothèque de la console.
Pendant ce temps, une cartouche de Super Mario Bros. sortie il y a plus de quarante ans permet toujours d’accéder au jeu, et le permettra encore dans dix ans ! D’ailleurs, le jeu se vend toujours, et à des prix record (mais ce n’est peut-être pas pour y jouer…) !
Le jeu démat’ pose donc le double problème de la propriété (est-on réellement propriétaire d’un jeu que l’éditeur ou le constructeur peut décider de faire disparaître du jour au lendemain ?), et de la conservation du patrimoine (on parle d’environ 300 titres « perdus pour toujours » avec la fermeture du Wii Shop Channel, car jamais sortis en version physique, ni sur d’autres supports, dont, par exemple, Final Fantasy Crystal Chronicles: My Life as a Darklord, ou Castlevania: The Adventure Rebirth).
Mais l’édition physique d’un jeu résout-elle elle ces problèmes ? C’était certes le cas à l’époque des cartouches, mais plus à l’heure des patches « day 1 ». The Legend of Zelda: Skyward Sword, sur Wii, contient un bug bloquant qui fut corrigé par un patch. Or, avec la fermeture du Wii Shop Channel, le patch s’est évaporé, et posséder ou retrouver une version disque du jeu ne permet pas pour autant de pouvoir y jouer correctement.
C’est encore plus vrai aujourd’hui avec les disques qui ne sont « que » des clés de téléchargement qui ne disent pas leur nom. Ainsi, les disques des éditions physique de 007 First Light ne contiennent que la première mission du jeu. Le reste doit être téléchargé. GTA 6, qu’on estime peser autour de 250 Go ne tiendrait même pas sur un Blu-Ray… Quand bien même avez-vous « sécurisé » une version physique d’Assassin’s Creed Black Flag Resynced, et même pourquoi pas l’imposante version collector, une fois les serveurs éteints, le disque ne pourra servir qu’accroché dans un arbre fruitier, pour éloigner les oiseaux. Le jeu ne démarre en effet pas sans un téléchargement massif.
Et au-delà des supports incomplets, le matériel lui-même a une date de péremption : les batteries des PSP, après quelques années, gonflent et deviennent inutilisables, les cartes PS Vita et Switch finissent par s’effacer (une caractéristique « naturelle » de la mémoire NAND, qui s’efface progressivement avec le temps), les Wii U se « briquent » si elles ne sont pas démarrées assez régulièrement, les connectiques disparaissent des TV, rendant complexe le branchement des anciennes machines…
Le Droit de jouer
Ce que nous souhaitons réellement quand nous « défendons » les éditions physiques, ce ne sont pas tant les supports en plastique que les possibilités et les services que les disques et les cartouches nous offrent. Et c’est ça qu’il faut réclamer à Sony et aux autres. Rappelons que des boites ne contenant que des clés de téléchargement inutiles une fois les serveurs débranchés, c’est exactement ce que sont les Game Key Cards de Nintendo, et ça avait plutôt râlé lorsque l’objet avait été présenté…
Plus de disque ? Ok, mais nous voulons que, comme pour les jeux en boîtes, une concurrence existe sur le marché du dématérialisé, garantie (plus ou moins) d’un prix « juste ». Nous voulons pleinement posséder nos jeux, et pas les louer sans le savoir. Nous souhaitons pourvoir les prêter à nos proches, emprunter les leurs. Nous souhaitons pouvoir les revendre. Et nous voulons la garantie qu’ils fonctionnent dans le temps, même après que les serveurs soient devenus « trop coûteux » à entretenir.
Se battre pour un morceau de plastique qui souvent ne contient pas de jeu est un miroir aux alouettes. Ce n’est pas dans le Blu Ray que résident nos droits en tant que consommateurs, mais bien dans les petits caractères avec lesquels sont rédigées les conditions de vente et d’utilisation. Et c’est là qu’est le véritable combat en la matière.

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