Le bad buzz ne s’interrompt pas. Après avoir annoncé mettre fin au support physique pour ses jeux vidéo dès 2028, Sony fait face à une bronca telle qu’il a été obligé de fermer les sections commentaires sur YouTube ! Les joueurs sont particulièrement virulents sur les réseaux sociaux, certains influenceurs ont fait du sujet un « combat », même les industriels (développeurs, éditeurs…) y vont de leur avis, et rares sont ceux qui soutiennent la décision du japonais.
Pourtant, certains nous expliquent que c’est « le sens de l’histoire », que sur PC, voilà des années que le support physique a disparu, et que le jeu vidéo ne s’y porte pas plus mal qu’ailleurs, au contraire, même… D’accord, mais la comparaison ne tient pas. La situation sur PC est totalement différente de celle que projette PlayStation, à tel point qu’on serait plutôt ravi si l’écosystème PC devenait une sorte de modèle à suivre pour PlayStation.
Monopole VS. Concurrence
Sur PC, si Steam domine largement le marché, il n’est néanmoins pas le seul acteur : GOG, Humble, Epic Games Store, Itch.io… D’autres boutiques existent permettant une mise en concurrence des tarifs, mais aussi des pratiques (les jeux sans DRM chez GOG, les compiles chez Humble…).
Or, l’arrêt du support physique entraînera, de fait, un monopole de la distribution des jeux PlayStation par le PS Store. Alors les premiers mois, il y aura bien des boites vides renfermant des codes, comme cela se fait déjà pour certains jeux, mais la liste des titres qui seront disponibles sous ce format risque d’être bien réduite, et l’adoption probablement très minoritaire de ce mode de distribution le condamnera à court ou moyen terme.
Sony sera donc seul à distribuer ses jeux, au contraire de ce qui se passe sur PC.
« This is how you share your game on PS6 »
Sur Steam, il est possible de prêter ses jeux très facilement, en créant des « familles » de joueurs avec lesquelles on partage sa ludothèque. Une fois un membre ajouté à la famille, l’ensemble de sa collection apparait dans notre bibliothèque, comme la totalité de nos jeux apparait aussi dans la sienne.
Bien sûr, la fonctionnalité est limitée, notamment en nombre de joueurs qu’il est possible d’ajouter (six membres seulement). Néanmoins, cet outil montre que c’est quelque chose qui est techniquement possible, simplement limité par la volonté des industriels. D’ailleurs, Nintendo a lui aussi mis en place un système de prêt de jeux numérique, là aussi soumis à des contraintes importantes, mais bien fonctionnel.
Sur PlayStation, prêter un jeu au format disque était aussi facile que dans la vidéo parodique que Sony avait produite pour moquer Microsoft. En 100% dématérialisé, pour le moment, c’est tout simplement impossible.
Le PlayStation Store sur PS3 fermera définitivement en juillet 2027
Mais la plus grosse différence entre les jeux au format numérique sur PlayStation, et ceux distribués sur PC, c’est leur conservation, et la rétrocompatibilité. Le Portal 2 que l’on avait acheté sur Steam pour notre PC de 2011 qui tournait avec 2 à 4 GO de RAM est toujours à la fois téléchargeable et fonctionnel sur notre machine « current gen » de 2026.
Le Portal 2 que l’on a acheté sur PS3, lui, n’est compatible qu’avec la PS3. Que va devenir notre bibliothèque de jeux PS5 lors du passage à la PS6 ? On sait déjà que, absence de support physique oblige, nos jeux sur disques ne passeront pas la transition. Quant aux jeux dématérialisés, cela dépendra du bon vouloir de Sony, et si rétrocompatibilité il y a, ce sera surement au cas par cas, et bon nombre de titres risquent d’être perdus en route ; et pour ceux qui bénéficieront du passage à la prochaine génération, cela sera très probablement facturé, comme cela est déjà le cas pour faire passer des jeux PS4 dans la ludothèque PS5.
Oui, le jeu vidéo sur PC est totalement dématérialisé, et depuis longtemps. Mais même si la situation n’est pas idéale (on ne possède pas tout à fait ses jeux, il est impossible de les revendre…), le niveau de service offert par Steam va bien plus loin que ce que nous concède actuellement le PS Store. Et puisqu’il nous semble difficile de croire à un rétropédalage de Sony, on aimerait qu’au moins ce dernier s’inspire de ce qui est fait pour le joueur dans cette économie intégralement numérique.
S’il faut se battre, manifester son mécontentement, et exiger, c’est probablement vers plus de droits pour le consommateur qu’il faut aller, plutôt que vers un retour du support disque. Exigeons que les jeux que nous achèterons au format dématérialisé, quand nous n’aurons plus d’autres possibilités, nous offrent exactement le même niveau de service que les jeux au format physique, à commencer par une réelle propriété, et pas juste une « licence d’utilisation » qui pourra être révoquée n’importe quand, et la garantie d’un fonctionnement sans la date de péremption que représente la fermeture des serveurs et des boutiques associées.