Bienvenue dans l’industrie du jeu vidéo en 2026, où même hisser le drapeau de la victoire ne vous met plus à l’abri de la planche : alors qu’Ubisoft fête la sortie réussie du très attendu remake d’Assassin’s Creed Black Flag, l’entreprise en profite également pour licencier 51 personnes dans sa branche de Barcelone.
Jackpot pour le Jackdaw
Assassin’s Creed Black Flag Resynced vient de signer le meilleur lancement Steam de toute l’histoire de la licence, avec un pic à plus de 99 000 joueurs connectés simultanément quelques heures seulement après sa sortie (chiffre qui continue de grimper au moment où nous écrivons ces lignes). Le jeu aurait même surclassé les précommandes d’AC Shadows sur Steam dans un rapport de un à cinq, et se serait hissé en tête des précommandes sur le PlayStation Store dans la plupart des régions suivies.
Un carton commercial qui se complète d’un accueil critique tout aussi flatteur : un score Metacritic de 84, une moyenne de 86 sur OpenCritic… Bref, le soleil des Caraïbes brille au-dessus de la tête d’Ubisoft, qui misait beaucoup sur cet opus nostalgique pour redorer le blason de sa série phare. Notre rédaction a elle aussi beaucoup apprécié la proposition revisitée.
Mais le vent tourne. L’équipe d’Ubisoft Barcelone, qui a activement contribué au développement du jeu, apprend aujourd’hui le licenciement de 51 de ses membres. Une annonce qui aurait été décidée bien en amont, quelle que soit la façon dont l’épisode allait se vendre.
Qui tient vraiment la barre ?
La raison invoquée touche à l’organisation interne d’Ubisoft, qui a pour habitude d’assigner un nouveau projet à une équipe bien avant la fin du projet en cours, parfois un an à l’avance. Sauf que l’équipe barcelonaise avait déjà alerté la direction sur l’absence de projet suivant dès l’été 2025, sans jamais recevoir de réponse. Résultat : quelques jours à peine après avoir livré leur travail, l’équipe est dissoute. La soirée de lancement prévue pour célébrer la sortie du jeu a même été annulée, remplacée par un simple pot au bureau. Une employé a pris la parole auprès d’Insider Gaming sous couvert d’anonymat pour dénoncer le climat interne :
« Ces licenciements s’inscrivent dans un contexte plus large de problèmes persistants au sein de l’entreprise. Il ne s’agit pas d’un événement isolé, mais du reflet d’un schéma de maltraitance récurrente, d’une perte de talents, de départs contraints résultant de l’érosion des droits des travailleurs, ainsi que d’une culture managériale de plus en plus verticale, qui laisse aux salariés très peu de voix dans les décisions qui affectent leur travail. »
Autrement dit : une culture managériale de plus en plus verticale, où les équipes ont de moins en moins voix au chapitre sur les décisions qui les concernent directement.
L’équipage refuse de couler sans combattre
La lutte commence pour l’équipe barcelonaise. Par l’intermédiaire de la Coordinadora de Trabajadoras del Videojuego, elle a entamé un mouvement de grève les mardis et jeudis après-midi, du 30 juin au 16 juillet. Six journées d’action réparties sur trois semaines. Le syndicat espagnol CGT a également appelé à la mobilisation, réclamant de meilleures protections de l’emploi et le retour du télétravail. Parmi les revendications : une garantie ferme de nouveau mandat pour les 51 salariés touchés, un engagement de cinq ans sans licenciement collectif, et l’application immédiate de promotions internes déjà actées.
Le plus déprimant, c’est que Barcelone n’est ni un cas isolé, ni même une exception chez Ubisoft. Rien que depuis février, l’éditeur a licencié une quarantaine de personnes à Toronto (l’équipe du remake de Splinter Cell), sabré une centaine de postes chez Red Storm Entertainment en annulant au passage une dizaine de projets, fermé purement et simplement ses studios de Winnipeg et Belgrade, et supprimé une centaine d’emplois supplémentaires à San Francisco. Les effectifs du groupe ont chuté d’environ 20 % depuis 2022, et la direction a prévenu que les coupes se poursuivraient au moins jusqu’en 2028.
Avec Assassin’s Creed Black Flag Resynced, Ubisoft souhaitait à la fois redorer son blason et celui de sa licence fétiche. Alors même que le succès du jeu semble réconcilier les joueurs avec le studio, la plaie se réouvre immédiatement avec ces licenciements.
Il y a donc deux histoires qui se jouent en parallèle sous un même pavillon : celle d’un jeu qui a tenu ses promesses, et celle d’une entreprise qui continue de sacrifier ses développeurs. Le trésor profite au capitaine, mais finit rarement dans les mains de ceux qui l’ont déterré.

id Software en pleine descente aux enfers suite à une vague de licenciements
Bear

Il ne fait pas bon être un MMO sous le tranchoir de Microsoft
Sreex
