Le cozy game est, depuis un moment déjà, bien installé dans le paysage vidéoludique. Un peu trop peut-être, et certains commencent à se dire que l’absence totale de danger et d’enjeu pourrait finir par gâter l’expérience. Si l’on ne peut pas perdre, alors on ne peut pas gagner. Et si l’on ne peut pas gagner, à quoi bon jouer, se demandera le joueur avide de compétition ? Village in the Shade sera la réponse à ses inquiétudes : cozy game mignon le jour, il devient tout autre chose la nuit…
(Test de Village in the Shade réalisé sur Switch via une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Animal Crossing: New Nightmare
On a toujours su, finalement, qu’Animal Crossing cachait un truc un peu malsain. À cause de Tom Nook, d’abord, ce banquier macroniste qui, sous prétexte de nous filer un coup de patte, nous fait signer un crédit bien au-dessus de nos moyens pour nous tenir ensuite sous sa coupe. Résultat, après quelques heures de jeu, on en vient à boursicoter avec des navets en répétant « la dette, la dette… ». Malsain, on vous dit.
Mais ce n’est pas tout. Comment se fait-il qu’on incarne le seul humain d’un village peuplé d’animaux qui portent des chemises à fleurs ? Ou, pour le dire autrement, de qui cette situation est-elle le rêve fiévreux et tordu ?!
Village in the Shade embrasse cette ambiance un peu glauque et l’assume pleinement. L’introduction est, à ce titre, un peu choquante, à tel point qu’on se demande si l’on comprend bien ce que l’on voit à l’écran : après quelques minutes de prise en main des contrôles, l’enfant qui sera notre avatar et le personnage principal de l’aventure, tombe dans un puis. La caméra le rejoint après sa chute et nous le découvrons baignant dans une flaque de sang… Ce qui n’est pas le genre de scène à laquelle on s’attend en lançant un (soit disant) cozy game.
Mais pas d’inquiétude (ou si, justement) ! L’enfant se relève. Cependant, à sa sortie du puis, il se retrouve perdu dans un village qu’il ne connait pas, et dont les habitants feignent à peine l’amicalité. Face à la Tom Nook locale, on se retrouve à (encore !) signer un crédit d’un montant astronomique pour pouvoir passer la nuit dans une vieille bicoque.
Le capitalisme, oui mais mignon !
La routine dans laquelle on va ensuite s’engager nous permettra, un temps, d’oublier la partie ténébreuse de cette mise en place. La petite cabane qu’on occupe dispose d’un coin de potager, et des mécaniques familières au genre vont assez agréablement se mettre en place : on cultive son jardin pour en vendre les fruits (dont les inévitables navets !), investir dans des semences, des outils… pour développer notre production, puis accueillir une étable et du bétail…
Les mécaniques de jeu, bien que ne révolutionnant pas le genre, sont suffisamment nombreuses et variées pour nous tenir occupés, et pour que l’on trouve plaisir à cette nouvelle vie loin de tout.
On rend service aux voisins, pour nouer des amitiés ou obtenir des récompenses, on surprend aussi des conversations entre PNJ qui nous rappelleront, si besoin (on joue un enfant forcé de travailler, quand même) que le village possède cette part d’ombre qui nous impose toute une série de règles, dont la plus importante : il ne faut en aucun prétexte sortir après 23h. Viendra bien entendu le moment de l’enfreindre.
Chibi zombie
Drapé dans le style chibi et très reconnaissable de Nippon Ichi Software (Disgaea…), dessiné à la main, Village in the Shade n’est jamais réellement effrayant. Cependant, il réussit parfaitement à instaurer un léger malaise qui fait qu’on n’est pas tout à fait serein. Le village lui-même est troublant : coincé dans la montagne, il a par certains côtés un aspect très « début du siècle dernier ». On y voit cependant des écrans, des néons… Une dualité qui contribue à l’atmosphère étrange dans laquelle on est plongé.
La carte, modeste, mais suffisante, s’ouvre progressivement, et de nouvelles possibilités s’offrent constamment à nous quant aux mécaniques de farming et de housing, les ingrédients clés du genre, ce qui nous garde assez efficacement accrochés au jeu. Dans le même temps, le scénario progresse doucement, presque imperceptiblement, et réussit avec brio à nous faire comprendre peu à peu, par petite touches, de quoi il retourne.
L’auteur de ce test s’est, à la grande époque du confinement, vite lassé d’Animal Crossing New Horizon. Et les cozy games ne sont, de façon générale, pas forcément notre genre de prédilection. On s’est pourtant vite laissé prendre au jeu de Village in the Shade, pour son ton étonnant, la générosité de ses mécaniques, certes, qui ne révolutionnent pas le genre, mais qui se montrent suffisamment variées. Pour son écriture aussi ; une qualité qu’on attendait pas forcément d’un jeu du genre. Le titre nous aura finalement aspiré quelques dizaines d’heures qu’on n’imaginait pas lui consacrer en le lançant !
À noter cette très bonne idée de proposer un mode « chill », qui retire la composante horreur du jeu pour se concentrer l’esprit tranquille sur les activités de housing et de farming. Un mode qui permet de partager le jeu avec un enfant, par exemple.


