Évidemment, la nouvelle a fait l’effet d’un choc. Et les joueurs ont probablement encore un peu de mal à caractériser les changements auxquels ils devront faire face dans les mois à venir. Une attitude qui se retrouve également partagée par divers acteurs de l’industrie, qui n’ont pas hésité à donner leur point de vue sur la chose, à l’instar de la fameuse star japonaise de la scène internationale : Hideo Kojima.
Entre déception, résistance et inéluctabilité
Avec son annonce, la semaine dernière, Sony a définitivement acté un fait qui semblait inéluctable : le jeu vidéo, pour le meilleur ou le pire, change pour notamment s’adapter à une technologie toujours plus mouvante. Et si la suppression du disque par PlayStation reste, à l’heure où l’on écrit ces lignes, une pilule encore difficile à avaler, elle n’en reste pas moins un attendu dans un monde tourné vers la dématérialisation.
Pourtant, il existe encore des bastions élevés contre ce mantra, bien décidés à opposer leur résistance dans la mesure du possible. Une affirmation que la plupart des acteurs, dont les voix ont été collectées par Games Industry, appuient par un certain engagement : la préservation du jeu vidéo. C’est notamment une cause chère à Atari, qui assure vouloir continuer à contribuer dans ce sens, dans la mesure du possible, là où il est permis de le faire.
Dans les réactions, il y a aussi des signes d’incertitudes : comment continuer son activité quand toute une instance décide de la rendre plus ou moins caduque ? Une interrogation qui semble par exemple traverser Limited Run Games, lequel distributeur entend bien s’adapter à cette nouvelle contrainte, en continuant de proposer des éditions à destination des collectionneurs. Certes, il n’y aura plus de jeu dans sa forme d’antan, mais il faudra encore compter sur la marque pour les pourvoir en contenu annexe (artbook, soundtrack…) via des éditions appropriées.
Un réalisme inquiet…
Ceci étant, bien que la déception l’emporte, il n’est pas question d’abandonner la lucidité. Comme dit plus haut, la surprise n’est qu’une surprise partielle qui aura profité d’un timing favorable pour frapper pleinement le public. Seulement, pour certains, cet état de fait est une réalité depuis bien longtemps, comme en témoigne la prise de parole effectuée par l’association Video Game History Foundation.
Pour elle, et son président Frank Cifaldi, le réel problème ne réside pas tant dans cette disparition que dans les mesures à adopter pour faciliter la préservation du jeu vidéo. Sans matérialité, la tâche en devient plus ardue, mais pas impossible, à condition que les institutions suivent. Ce qui, selon Cifaldi, est ardemment empêché par des organisations clés telle que l’ESA (Entertainment Software Association).
“Tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’un grave problème, mais l’ESA s’est opposée à plusieurs reprises aux efforts déployés par les institutions chargées du patrimoine culturel pour réformer la législation relative à la protection des copies numériques afin de faciliter ce travail. L’industrie doit s’engager sérieusement dans le dialogue sur cette question, car demander aux musées de télécharger une copie de Grand Theft Auto 6 en espérant qu’elle fonctionnera encore dans 50 ans ne constitue pas une solution en matière de préservation.”
Inévitablement, cela pose la question du rapport futur qu’entretiendra le joueur avec le média. Une considération sur laquelle s’est penchée Kojima (pour VGC). L’homme, pourtant favorable aux innovations, a une vision plutôt pessimiste. Il pressent en effet une dépossession totale, à mesure que l’on avance dans le temps, et que l’on explore d’autres moyens pour s’ouvrir à la culture. Et pour appuyer son propos, il prend exemple sur la production cinématographique.
Netflix, Amazon Prime, etc. ont permis de rendre accessible une certaine bibliothèque de films au public, cependant leur existence est moins tangible. Et un passage permanent au modèle du streaming acterait plus ou moins la mort de l’oeuvre. Tout du moins, le produit ne sera accessible que selon le bon vouloir de celui qui se sera érigé comme son propriétaire. C’est cette perspective qui inquiète le créateur japonais.
« Avec les services d’abonnement en streaming, comme Netflix ou Amazon, il y a un serveur quelque part, et vous avez en substance simplement le droit d’ouvrir le robinet ; dès que vous le faites, les données s’écoulent. […] C’est ainsi que fonctionnent les films sur ces plateformes, n’est-ce pas ? Vous ne téléchargez pas les données, vous y accédez directement grâce à un abonnement. Et la conséquence, c’est que vous ne possédez pas réellement ces données vous-même. »
Clairement, la disparition du support physique touche à des considérations plus grandes, et peut-être même philosophiques. Elle permet même de questionner notre mode de vie et notre rapport contemporain à la culture : la dépouiller de son enveloppe matérielle ne la fragiliserait-elle pas inévitablement ? Et le contrôle ne serait-t-il pas rendu plus accru ?

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