007 First Light est à nos portes et le personnage de James Bond semble avoir encore de belles heures devant lui. Reprise de la licence par Amazon/MGM, prochain épisode réalisé par Denis Villeneuve, projets de spin-off et aujourd’hui nouvel opus vidéoludique développé par les bons soins d’IO Interactive, en charge des dernières itérations de Hitman. Mais James Bond en jeu vidéo, ce n’est pas que First Light ou GoldenEye 64, l’agent secret de Sa Majesté est en service sur consoles et PC depuis 1983.
La licence James Bond a comme particularité d’inspirer les différents médiums sur lesquels elle s’étend. Certains jeux de la licence auront durablement marqué le paysage vidéoludique et, à l’inverse, les films ont su apposer leur patte sur l’industrie du jeu vidéo. Néanmoins, la carrière de James Bond en jeu vidéo n’est pas des plus glorieuses. Entre adaptations des plus génériques, propositions originales au mieux sympathiques mais souvent oubliables et coups de poker rarement récompensés, la licence semble se perdre dans les méandres complexes du paysage vidéoludique. Petit retour sur une carrière vidéoludique avant l’arrivée du nouvel espoir nommé First Light.
Bons baisers des années 80
La première apparition de l’agent 007 sur consoles date de 1983 avec le sombrement intitulé 007 James Bond. Shoot’em up des plus basiques, le jeu adapte, le temps de quatre niveaux, Les diamants sont éternels, L’espion qui m’aimait, Moonraker et Rien que pour vos yeux. Dû aux contraintes de l’époque, la marque James Bond n’est pas l’argument le plus visible, si ce n’est l’apparition d’un discret 007 sur les écrans de jeu et les véhicules utilisés, comme la Lotus Esprit en mode sous-marin de L’espion qui m’aimait. L’ensemble apparaît plus comme un prétexte pour vendre des cartouches.
Jusqu’en 1990, les jeux James Bond sont de simples adaptations des films et prennent la forme de shoot’em up comme dans Permis de tuer, Tuer n’est pas jouer ou Vivre et laisser mourir. Peu ou pas de réelles qualités ou saillies créatives, James Bond est utilisé comme ce qu’il est : une marque populaire.
Mais en 1997, les équipes de Rare soufflent un vent de fraîcheur dans le paysage des adaptations, mais également dans toute l’industrie avec GoldenEye 64. FPS adaptant le film de Martin Campbell GoldenEye, le jeu de Rare devient un pionnier du genre avec ses séquences d’infiltration, son intelligence artificielle, son multijoueur local et sa capacité à montrer au public qu’un FPS a tout à fait sa place sur consoles de salon. Succès critique et commercial, GoldenEye 64 est encore aujourd’hui le jeu James Bond le plus apprécié, connu et reconnu.
Quand l’adaptation ne suffit plus
GoldenEye 64 a ouvert la porte à toute une série de jeux qui suivront la recette et tenteront de la copier. Perfect Dark du même studio Rare, Mission Impossible mais également l’excellente série des No One Lives Forever auront été marqués de plein fouet par le jeu N64. Mais est-ce que les propositions suivantes dans l’univers de James Bond auront eu un impact aussi décisif ?
Depuis 1997 et le succès de GoldenEye, différents développeurs auront tenté de réitérer l’exploit. Bien que relativement efficaces, les deux adaptations suivantes des films mettant en scène Pierce Brosnan dans la peau de l’agent britannique, Demain ne meurt jamais et Le monde ne suffit pas, sont accueillies froidement, la faute à un gameplay plutôt maladroit et à une utilisation de la licence James Bond purement mercantile.
À partir de 2001, Electronic Arts décide de prendre une autre direction avec la licence en proposant des scénarios originaux dans des FPS et TPS relativement corrects. De cette décision naîtront Espion pour cible, Nightfire, Quitte ou double et, dans une envie maladroite et désespérée de surfer sur l’ancien succès de GoldenEye 64, émergera le très dispensable GoldenEye: au Service du Mal. Enfin, et comme ultime tentative de ramener les fans de la première heure sur console, Electronic Arts rejoue la carte de l’adaptation pure avec Bons Baisers de Russie.
Après la sortie des différentes propositions d’Electronic Arts, les ayants droits de la licence James Bond tentent une opération séduction avec l’adaptation des deux derniers opus de l’ère Daniel Craig. En 2008 sort Quantum of Solace, FPS générique tournant sur le moteur graphique de Call of Duty 4, qui transpose sur consoles de l’époque les passages les plus marquants de Casino Royale et de Quantum of Solace. Oubliable et oublié, le jeu marque une nouvelle fois le désintérêt global pour la licence en jeu vidéo.
C’est uniquement en 2010 que la saga opère un tournant surprenant. Avant même la mode des remakes et autres remasters, les équipes d’Eurocom et d’Activision ont eu l’idée de proposer une réinterprétation de GoldenEye en réécrivant une partie du scénario et en remplaçant le flegmatique Pierce Brosnan par le brutal Daniel Craig. En résulte un FPS extrêmement plaisant à suivre, hybridant infiltration et action pure. Les puristes crieront au sacrilège quant aux différentes réécritures du scénario original, mais en l’état le FPS d’Eurocom était une très bonne surprise.
Une histoire d’inspiration
James Bond est une licence cinématographique avec un fort potentiel d’adaptation ou de réinterprétation en jeu vidéo. Bien que les exemples précédemment cités n’y fassent pas honneur, le développeur Bizarre Creation a tenté une dernière fois de faire revenir l’agent 007 sur le devant de la scène vidéoludique en 2010 avec 007 Blood Stone. Le jeu mettait en scène Daniel Craig dans une mission originale basant son gameplay sur celui d’Uncharted tout en y implémentant des éléments d’infiltration et de course poursuite. Plutôt divertissant sur le moment, mais relativement court et oubliable, Blood Stone reste dans les esprits comme une tentative d’émuler les succès des années 2010 en y accolant la marque James Bond.
À l’inverse, la saga de la MGM a inspiré certains des plus grands noms du jeu vidéo sous forme d’hommage discret ou de citation directe. Hideo Kojima sur la saga Metal Gear Solid n’a eu de cesse de faire des rappels à l’espion britannique, notamment dans l’opus Snake Eater avec son générique purement bondien et son intrigue de trahison entre blocs ennemis, à la manière des personnages de Kosvov dans Tuer n’est pas jouer et d’Alec/Janus dans Goldeneye.
L’inspiration est également présente dans des blockbusters d’action comme dans le Modern Warfare 2 de 2009. L’une des premières missions du jeu, dans les montagnes du Kazakhstan, est un presque copié-collé de l’introduction de Goldeneye : de l’infiltration dans la base jusqu’à la fuite qui défie les lois de la gravité, la citation est évidente et plutôt excitante à vivre manette en main.
Enfin, citons Uncharted 3 et son crash d’avion cargo spectaculaire qui fait directement écho au climax de Tuer n’est pas jouer et au combat entre James et Necros. Très souvent, les emprunts faits à la licence James Bond concernent les opus versant le plus dans l’action et dans le grand spectacle, ce que symbolisait parfaitement l’ère Timothy Dalton et Pierce Brosnan.
007 First Light semble suivre le même chemin pavé d’hommage et de citations. En choisissant de faire peau neuve avec un nouvel acteur incarnant James Bond (Patrick Gibson) et en allant piocher dans les différentes boucles de gameplay des grands succès du jeu vidéo, First Light semble vouloir se démarquer des anciennes créations réalisées autour de l’agent britannique. Pour le meilleur ? Réponse le 27 mai 2026.

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