Série de RPG débutée en 2001 et forte de quatre épisodes canonicaux, la série Gothic revient en 2026 par le biais d’un remake. Licence reconnue pour son approche du genre plutôt originale, les jeux Gothic se sont taillés une solide réputation de jeux cultes. Mais après quelques épisodes relativement oubliables, la licence est partie en sommeil prolongé.
Madelaine de Proust pour les plus anciens et anomalie pour d’autres, l’annonce du remake n’a pas laissé les joueurs indifférents. L’occasion était trop belle : découvrir ou redécouvrir une gloire d’antan du jeu de rôle tournant cette fois-ci sous Unreal Engine 5 et profitant des bons soins de la case « Remake » chère aux années 2020. Néanmoins, était-il réellement nécessaire de proposer un remake de Gothic ? Le travail de fond effectué par les équipes d’Alkimia Interactive permet-il au titre de séduire à nouveau ?
(Test de Gothic Remake réalisé sur PS5 à partir d’une version fournie par l’éditeur)
L’aventure n’attend aucun héros
Dans Gothic, et par extension son remake, le monde n’attend pas votre arrivée pour vivre et avancer. Vous n’êtes qu’un grain de sable dans ce gigantesque engrenage d’heroic fantasy. Après avoir dressé une barrière magique empêchant toute menace d’interrompre l’extraction d’un minéral rare servant à concevoir des armes pour le Roi, les mages du royaume se rendent compte que leur sort vient d’être utilisé contre eux. Les rebelles présents dans les mines ont réussi à faire pression sur le monde à l’extérieur de la barrière : aucun corps organique ne peut sortir de ce piège magique, mais le minéral oui.
Les rebelles concluent donc un marché avec le Roi, ce dernier leur fait parvenir les ressources nécessaires à leur survie et, en échange, les scélérats envoient un chargement de minerai. Mais le Roi commence à s’impatienter et charge le protagoniste, un prisonnier envoyé au-delà de la barrière, de faire parvenir une missive à un prêtre du feu qui pourrait bien inverser la tendance.
Dans l’univers de Gothic Remake, le protagoniste que nous incarnons n’est pas l’élu ou le héros d’une prophétie quelconque. C’est un personnage comme les autres qui se trouve être investi d’une mission précise. Le monde de la barrière n’attend pas le joueur, les personnages qui peuplent l’environnement vivent, exécutent des actions et ont leur propre routine.
Vous pouvez interagir avec eux, les interrompre, les déranger ou même les aider dans certaines tâches et, pour la plupart, ils s’en souviendront, que vos actions soient bonnes ou mauvaises. Et c’est avec ce premier point que le titre se démarque d’une bonne partie des RPG actuels : nous ne sommes pas l’élu, nous ne sommes qu’un personnage parmi tant d’autres et nos actions n’auront qu’une infime répercussion. La quête principale est bel et bien une mission de libération de la plus haute importance, mais à l’échelle du monde, elle n’en est rien.
Un gameplay toujours aussi complexe à apprivoiser
Dans Gothic Remake il n’est pas question d’arbres de compétences ou de points d’expérience à ajouter pour faire grimper certaines statistiques. Ce qui forgera notre aptitude, c’est le temps passé à nous servir des armes. Au départ, les coups à l’épée sont maladroits et lents, l’arc est plus difficile à bander et tenir en joue un adversaire demandera beaucoup d’effort au protagoniste. Mais à force de se servir des différentes armes, les affrontements sont moins malhabiles, les coups et les impacts gagnent en puissance et les parades absorbent plus de dégâts.
C’est l’expérience au sens propre qui permet au joueur de dévoiler tout son potentiel lors des combats, comme dans la réalité, c’est à force d’entraînement que nous devenons meilleurs. Mais attention à ne pas vouloir aller frapper tout ce qui bouge dans le monde de la barrière.
En plus de cette mécanique de gameplay relativement complexe et chronophage à prendre en main, les ennemis sont redoutables. La moindre créature dénichée dans les hautes herbes peut, purement et simplement, vous occire. Les parades et les esquives n’y feront rien : les premières heures passées dans Gothic Remake demandent patience et prudence.
Mais, une fois que les quêtes et les combats sont accomplis, une maigre poignée de points d’expérience nous est attribuée. Une fois passé au niveau supérieur, une dizaine de points d’apprentissage nous sont alloués et, en se rapprochant de PNJ précis, ces points nous permettent d’apprendre des compétences de combat. Mieux frapper, se déplacer plus vite lors d’une esquive, apprendre plus vite le maniement d’une arme…
Enfin, dans Gothic Remake, pas de boussole ni de repères d’objectif : l’objet de la quête est à trouver en parlant aux bonnes personnes, qui nous indiqueront vaguement une direction, en écoutant des discussions sur les routes et dans les camps, ou en déambulant au hasard dans la nature. Comme dans une bonne vieille partie de jeu de rôle papier, l’aventure s’écrit au fur et à mesure de votre avancée. Le jeu ne génère pas ses quêtes de manière procédurale, mais leur réalisation et leur finalité s’orientent vers quelque chose laissant la place à l’improvisation.
Une expérience douloureuse pour qui n’y est pas préparé
Remis au goût du jour grâce à l’Unreal Engine 5, Gothic Remake n’est pas aussi beau et plaisant à parcourir qu’espéré. La direction artistique générale est efficace et lorgne souvent du côté de la dark fantasy avec ses environnements sales et obscurs, et les plaines de la barrière fourmillent de détails et de vie. Mais le rendu final est bien trop lisse et comporte beaucoup d’aliasing, de tearing et de clipping.
En plus de ces artefacts plutôt handicapants une fois en jeu, de nombreux ralentissements sont à prévoir pendant les promenades, mais également pendant les discussions avec les PNJ et pendant certains combats, rendant tout bonnement impossible une hypothétique victoire contre son adversaire. Le jeu étant déjà suffisamment complexe, les ralentissements ne facilitent nullement les choses.
Gothic est complexe, c’est un fait, et il ne plaira pas à tout le monde. Moins exigeant qu’un Souls-like, mais nettement plus qu’un RPG traditionnel d’aujourd’hui, le jeu plaira sûrement aux fans de la première heure et aux plus patients et rigoureux. D’un autre côté, nous n’aurions pas refusé la présence d’un mode facile qui aurait permis aux joueurs de découvrir plus calmement et de manière moins agressive l’expérience.
Gothic Remake a des choses à proposer, notamment une refonte graphique totale et un gameplay un peu plus fluide qu’à l’époque. Mais était-ce réellement nécessaire d’aller récupérer cette licence du passé ? Parfois, certaines sagas méritent de rester dans les mémoires comme de belles expériences vécues, et non comme une proposition relativement maladroite de raviver la sainte flamme de la nostalgie.
Est-ce que Gothic avait réellement besoin d’un remake ? La réponse est nuancée. D’un côté, les joueurs pourront (re)découvrir un RPG pas comme les autres qui profite d’un gameplay et d’une progression originaux, le tout accompagné d’une écriture soignée qui n’attend personne pour vivre et exister. D’un autre côté, le travail de fond effectué n’est pas assez solide pour essayer d’attirer de nouveaux joueurs dans son giron.
Complexe et parasité par des problèmes techniques qui auraient pu être évités, Gothic Remake est à réserver à un public averti. Mais quoi qu’on en dise, le jeu reste une singulière aventure qui se vit plus qu’elle ne se joue.


