Nous sommes encore sous le choc de l’annonce de PlayStation d’arrêter la production de jeux physiques dès 2028. Une décision qui provoque la colère des joueurs, studios et éditeurs à travers le globe, tandis que beaucoup se sont déjà résignés, pensant que la messe est déjà dite et que faire plier le constructeur nippon ne sera pas possible.
Et comme argument principal, on nous sort les chiffres des fossoyeurs de disques, annonçant que le jeu vidéo physique est devenu marginal, et que sa fin prochaine est donc dans la logique des choses. Pourtant, derrière ces chiffres se cache une vérité bien différente, une grille de lecture qui va à l’encontre de ce scénario vendu par le constructeur et ses défenseurs.
Maquiller les chiffres pour favoriser un narratif
Vous avez certainement vu passer ces chiffres, indiquant que le jeu vidéo physique ne représente que 2 à 3% du CA de PlayStation. Ridicule en apparence effectivement. Pourtant, rapporter une telle donnée au CA global de l’entreprise n’a pas de sens, si ce n’est celui de minimiser dans l’inconscient collectif la part du physique sur le marché vidéoludique.
Le comparatif serait bien plus pertinent en se focalisant uniquement sur les jeux proposés à la fois en physique et en dématérialisé. Bizarre qu’on ne nous brandisse pas cette information qui serait beaucoup plus révélatrice de la marginalisation du jeu vidéo physique. De là à penser que la statistique ne serait pas si favorable au numérique, il n’y a qu’un pas que nous franchissons sans hésiter.
Et pour cause, quand on s’attarde sur certains chiffres découverts lors de la fuite chez Insomniac Games fin 2023, on se rend compte que Marvel’s Spider-Man se serait vendu au deux tiers en version physique. God of War et Horizon Zero Dawn se seraient écoulés dans les mêmes proportions. Plus proche de nous encore, Astro Bot, le GOTY 2024, sur le territoire européen, aurait une répartition à 60/40% en faveur de la version disque. Comme quoi, la réalité est bien différente des tableurs Excel de financiers.
Ce qui est cependant bien réel, c’est que la part du numérique dans les revenus du constructeur s’est fortement accrue ces dernières années. Rien de surprenant pourtant, avec une offre PlayStation Plus renforcée au fil des ans en proposant des services plus variés, mais aussi plus chers. D’autant qu’en mettant l’accent depuis plusieurs années sur les jeux services, au détriment des jeux solos narratifs, plus favorables au physique, PlayStation a mécaniquement augmenté ses revenus issus du numérique.
En effet, depuis 2020, PlayStation a considérablement augmenté son CA (plus de 70 % d’augmentation en cinq ans) tandis que les revenus en valeur du physique sont restés relativement stables. Une augmentation qui s’explique aussi par son statut de leader du marché qui a, de fait, permis au constructeur d’empocher beaucoup plus de royalties de la part des éditeurs tiers (Xbox étant malheureusement à la ramasse commercialement parlant sur cette génération de machine). Sans parler de l’explosion des microtransaction chères à EA Sports FC notamment.
Alors, quand on entend le discours prétendant qu’aujourd’hui, les joueurs rejettent massivement le jeu vidéo physique, on commence à se demander si on ne se ficherait pas de nous. Une colère générale alimentée par le mutisme de PlayStation qui semble faire l’autruche, attendant que le soufflet retombe. D’autant qu’en annonçant cette terrible nouvelle le 1er juillet, soit au tout début d’un nouveau trimestre, le constructeur va pouvoir cacher pendant plusieurs mois les conséquences commerciales de sa décision. À moins qu’il ne s’agisse là que d’une « heureuse » coïncidence.
Vers la fin d’un certain jeu vidéo ?
Difficile de cacher notre inquiétude quant à l’avenir du jeu vidéo. Décréter aussi brusquement la fin du physique, alors que sa part n’est pas aussi marginale qu’on voudrait nous le faire croire, est un recul sans précédent de nos droits de consommateur. Nous retirer le choix d’acheter en version physique ou dématérialisée un jeu, c’est nous contraindre à passer exclusivement par la boutique de PlayStation et son monopole.
Quant aux versions physiques avec un code dans la boite, à l’image de ce que propose Rockstar pour son GTA VI, c’est une absurdité écologique qui ne pourra pas perdurer bien longtemps. Et en l’absence de réelle concurrence, c’est à une hausse des prix qu’on pourrait assister à moyen terme. Le jeu vidéo étant déjà un luxe que beaucoup ne peuvent plus se permettre, qu’en sera-t-il alors demain ? Qui pourra continuer de jouer aux jeux vidéo quand celui-ci coutera 100 euros sans possibilité de le revendre ou bénéficier de réductions ?
On pourrait alors se demander pourquoi PlayStation choisi de se couper de 20 à 30% (voire plus selon les typologies de jeux) en supprimant les versions disques. Peut-être pense-t-il que la majorité de ces personnes se convertiront au dématérialisé ? Peut-être que le catalogue de PlayStation se concentrera sur les typologies de jeu moins couteuses et plus favorables au numérique ?
En annonçant la fin du support physique, PlayStation annonce du même coup la fin de l’occasion, la fin des promotions et de la concurrence et la fin de la possession (même si celle-ci restait relativement illusoire). Et si le constructeur ne change pas son fusil d’épaule, c’est aussi la fin d’une époque qui s’amorce, la fin d’un jeu vidéo qu’on a vécu des décennies durant, à un horizon bien plus proche qu’on ne l’aurait imaginé…

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Drakyng

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Lord Lothaire

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