En 2019, Disco Elysium s’imposait comme un véritable phénomène. Le studio estonien semblait alors avoir trouvé une formule unique, portée par une identité artistique forte et une équipe créative pleine d’avenir. Cependant, sept ans plus tard, l’histoire a pris une toute autre direction.
C’est par le biais d’un communiqué sur les réseaux sociaux publié ce vendredi que ZA/UM a annoncé le licenciement de 32 employés, soit près d’un tiers de ses effectifs, mettant en cause son dernier titre, Zero Parades: For Dead Spies. Pourtant salué par la critique, ce dernier n’a, selon le développeur, pas réalisé de ventes suffisantes pour maintenir la structure actuelle du studio.
Mais cet échec raconte aussi (et surtout) une autre histoire : celle d’un studio qui, en quelques années seulement, a vu son capital sympathie s’effondrer. En effet, les difficultés du développeur ne commencent pas avec son dernier-né. Dès 2022, quelque temps après la sortie de Disco Elysium, la structure est secouée par une crise majeure, et son actualité ne tourne plus autour de ses projets, mais se concentre sur les conflits. Et à mesure que les créateurs historiques quittent la structure pour fonder leurs propres studios, une partie de la communauté cesse d’associer ZA/UM aux auteurs qui avaient donné naissance à Disco Elysium.
Zero Parades dans l’œil du cyclone
C’est dans ce climat que sort finalement Zero Parades: For Dead Spies, alors présenté comme le successeur spirituel de Disco Elysium. Et sur le papier, le projet a de solides arguments. Thriller d’espionnage centré sur les dialogues, direction artistique léchée, choix narratifs déterminants : difficile de ne pas reconnaître l’héritage du RPG qui a fait la renommée du studio.
Pourtant, dès son annonce, une partie de la communauté appelle ouvertement au boycott du jeu. Sur les réseaux sociaux, notamment Reddit, de nombreux joueurs expliquent ne pas vouloir soutenir un studio dont les principaux créateurs ont été poussés vers la sortie, estimant que l’identité et l’esprit de Disco Elysium se sont perdus avec leur départ.
Et s’il est impossible de mesurer précisément l’impact de cette mobilisation, un fait saute rapidement aux yeux : les discussions autour de Zero Parades se sont souvent davantage concentrées sur les controverses entourant ZA/UM que sur les qualités du jeu en lui-même.
À cela s’ajoute un lancement particulièrement discret. Plusieurs joueurs regrettent une communication jugée insuffisante, certains affirmant n’avoir découvert l’existence du jeu qu’après sa sortie. D’autres pointent également l’absence de version console au lancement (et toujours indisponible au moment où nous rédigeons ces lignes), susceptible d’avoir limité sa visibilité auprès d’un public plus large. Mais là encore, impossible d’établir un lien direct avec ses performances commerciales.
Le paradoxe d’un studio sensé défendre ses salariés
Cette nouvelle vague de licenciements est d’autant plus frappante qu’elle concerne un studio qui s’était récemment illustré pour une raison diamétralement opposée. En octobre 2025, les employés britanniques de ZA/UM créaient le premier syndicat de développeurs officiellement reconnu dans l’industrie du jeu vidéo au Royaume-Uni, sous l’égide de l’Independent Workers Union of Great Britain (IWGB).
Présentée comme une avancée majeure pour la représentation des travailleurs du secteur vidéoludique, cette initiative devait permettre aux salariés de participer davantage aux décisions concernant leurs conditions de travail et l’avenir du studio. Ironiquement, moins d’un an plus tard, cette même structure accompagne une nouvelle vague de suppression de postes. ZA/UM indique d’ailleurs avoir conduit cette restructuration en concertation avec les représentants des salariés, issus du syndicat reconnu au sein du studio.
Le contraste est saisissant. Alors que la structure s’était imposée comme un symbole des avancées sociales de l’industrie britannique et avait commencé à réhabiliter son image, elle se retrouve une nouvelle fois associée à des restructurations et à un climat interne glacial.
Quand la réputation devient un fardeau
Dans son communiqué, ZA/UM insiste sur un point : « Nos ambitions artistiques restent inchangées ». Le studio affirme ainsi vouloir poursuivre le développement de nouveaux projets malgré cette réduction d’effectifs. Reste qu’aujourd’hui, le principal défi de ZA/UM dépasse sans doute la création de son prochain jeu.
L’histoire de Zero Parades montre qu’un accueil critique favorable ne suffit plus toujours. Les joueurs suivent désormais autant les coulisses que les jeux en eux-mêmes. Les conflits, les départs ou les choix de gouvernance sont ainsi également scrutés et façonnent eux aussi la perception d’un projet.
Les premiers à subir les conséquences de cette défiance sont malheureusement souvent les développeurs qui, s’ils n’ont jamais participé aux événements qui ont conduit à l’éviction des créateurs de Disco Elysium, héritent pourtant d’une réputation qu’ils n’ont pas contribué à construire.
Au fond, l’histoire de ZA/UM rappelle qu’il est parfois presque plus difficile de préserver la confiance des joueurs que de créer un chef-d’œuvre. Et maintenant que les joueurs connaissent aussi bien les jeux que les studios, cette confiance est devenue une ressource presque aussi précieuse que le talent lui-même.
![Project [C4] - Le prochain chef d’œuvre de ZA/UM (Disco Elysium) ?](https://new-game-plus.fr/wp-content/uploads/2025/03/Project-C4-001-700x400.jpg.webp)
Project [C4] – Le prochain chef d’œuvre de ZA/UM (Disco Elysium) ?
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