Au sortir des conférences du Summer Game Fest, nous avions quitté un Xbox qui, sous l’impulsion de sa nouvelle direction, négociait son virage éditorial doucement mais efficacement pour tenter de redorer son image auprès des joueurs. Une présentation convaincante avec de nombreux jeux prometteurs, le retour d’exclusivités à sa machine et même quelques annonces surprises, le Xbox Games Showcase était probablement le rendez-vous le plus enthousiasmant de cette période de festivités. Sauf qu’avec Xbox, il semblerait que les bonnes nouvelles ne durent pas et on apprend désormais, par l’intermédiaire de The Information, que Microsoft envisagerait de séparer l’entité Xbox de son activité principale.
Le grand reset
C’est sans doute devant le casse-tête de la rentabilité de sa branche gaming que Microsoft commencerait à envisager cette possibilité. Une hypothèse qui confèrent à l’annonce de « grand reset pour Xbox » d’Asha Sharma une résonance encore plus plus puissante. Cinq constats de la part de la direction qui pourraient in fine se matérialiser aussi par cette scission avec sa maison mère dont le patron, Satya Nadella, semble perdre patience vis à vis de cette couteuse (et si peu rentable) activité :
- L’enjeu de l’attention : En 2004, Patrick Le Lay, ancien PDG de TF1, parlait de « temps de cerveau disponible ». Dans les faits, Xbox ne verrait plus comme concurrence directe PlayStation et Nintendo mais plutôt le secteur du divertissement au global, avec notamment les site de streaming type Netflix ou les diverses applications populaires (Tiktok, Youtube…),
- La rentabilité : Hors Activision-Blizzard-King, des investissements de plus de vingt milliards sur les cinq dernières années ont conduit à une baisse du chiffre d’affaire annuel d’un demi milliard. Une situation décrite comme intenable selon la nouvelle boss de Xbox,
- La crise des composants : Les prix de la RAM et du stockage a explosé ces dernières années, conduisant entre autres aux augmentations tarifaires des différents hardware sur le marché. Un impact qui pourrait être encore plus désastreux pour les prochaines générations de machine dont les prix pourraient, à ce rythme, dépasser les mille euros,
- La gestion du portefeuille de licences : Malgré un portfolio gargantuesque, Xbox n’a pour le moment pas réussi à gérer correctement ses licences nouvellement acquises. Un investissement plus ciblé sur les productions au meilleur potentiel serait privilégié dans le but d’avoir un meilleur flux de sorties exclusives (internes comme externes) à l’avenir,
- L’optimisation des process internes : Trop de complexité dans les prises de décisions et leurs applications, trop de dépendances ralentissant l’avancées des projets, l’objectif est re retrouver de la souplesse au sein de Xbox afin d’accélérer la mise en œuvre de nouveautés et mieux exploiter les opportunités de marché.
De bien belles paroles si elles n’impliquaient pas, à court terme, de nouvelles vagues de licenciement massives, avec sans doute encore des milliers de personnes sur le carreau. Toujours dans le but de « rationaliser » son activité, la fermeture de studios pourrait aussi être prononcée, tel que, pour ne citer que celui-ci, Double Fine Productions dont Keeper n’a pas atteint les objectifs de vente.
Les conséquences d’une séparation
On pourrait se dire qu’une telle scission ne changerait pas vraiment la donne pour Xbox qui, malgré une indépendance sur le papier (et comptable), resterait lié à Microsoft (à l’image de GitHub ou Linkedin qui en sont aujourd’hui des filiales). Pour autant, une telle décision pourrait marquer le début de la fin pour le constructeur américain. Car au-delà de faciliter l’application de stratégies éditoriales et aussi, malheureusement, les licenciements de ses salariés, c’est aussi le meilleur moyen pour l’arbre Microsoft de trancher quand bon lui semble d’une branche indésirable.
Un scénario qui ne semble pour le moment pas à l’ordre du jour, mais on pourrait déjà voir, si cette décision s’avère à court ou moyen terme, la mise en vente « à la découpe » d’Xbox. Asha Sharma parlait de rationaliser son activité et de mieux gérer un portefeuille de licence trop important. Dans cette optique, on pourrait voir certaines de ces licences et/ou studios vendus au plus offrant afin d’équilibrer des comptes que Microsoft ne semble plus vouloir subir.
D’autant que la nouvelle directrice d’Xbox souhaite pouvoir augmenter les budgets de développement autour de franchises majeures telles que Halo, Fallout et The Elder Scrolls. Financer cette stratégie ne se fera probablement pas sans que les studios les moins rentables ou porteurs n’en subissent les conséquences. Cela suffira-t-il à redonner confiance en la marque aux joueurs ?
Et dans le pire des cas, si de nouveau Xbox échoue dans sa stratégie et se retrouve encore bon dernier sur la prochaine génération de machine, cette séparation entre Xbox et Microsoft faciliterait sa vente à un éventuel tier voire même sa fermeture. On en n’est évidemment pas là, d’autant que cette scission est encore à l’état d’hypothèse, mais le simple fait que ce scénario soit aujourd’hui envisagé en dit long sur l’ampleur des difficultés de Xbox et la complexité des défis que doit aujourd’hui relever la nouvelle direction du constructeur.

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