Le paysage du jeu indépendant voit régulièrement éclore des fusions de genres audacieuses, mais celle tentée par Hatchery Games avec son tout premier titre majeur, Voidling Bound, s’avère particulièrement intrigante. Studio émergent passionné par les systèmes de progression génétique et l’action moderne, Hatchery Games livre ici un ambitieux shooter de science-fiction à la troisième personne.
Le titre prend le pari de bousculer le genre très codifié du monster taming (la collecte et l’élevage de créatures) en l’extirpant de son carcan traditionnel au tour par tour pour le projeter dans un shooter frénétique. Dans la peau d’un Space Wrangler, le joueur fusionne neuronalement avec ses bébêtes pour repousser « le Lésion », un parasite extraterrestre corrompant la galaxie. C’est ce mariage hybride entre la capture de monstres et le dynamisme d’un shooter à la Risk of Rain qui forge l’identité de ce titre fort singulier.
(Test de Voidling Bound réalisé sur PC à partir d’une version fournie par l’éditeur)
Un shooter pas comme les autres
Au cœur de Voidling Bound bat une boucle de gameplay simple mais redoutablement addictive : lancer une mission, récolter des œufs extraterrestres, et faire évoluer des espèces entières sur son vaisseau-hub. Le titre brille dès lors qu’on se penche sur ses mécaniques sous-jacentes. Contrairement à ce que sa plastique colorée et stylisée pourrait laisser penser, le jeu intègre un système d’optimisation d’une profondeur mathématique digne des meilleurs hack’n’slash.
Chaque créature, ou Voidling, possède ses propres caractéristiques de base qui peuvent être altérées par une multitude de leviers : le clonage et la sélection génétique pour obtenir les statistiques parfaites, l’arbre de talents qui permet de faire évoluer une espèce durablement et le codage d’essences élémentaires qui applique des altérations d’état aux attaques tout en en modifiant la forme.
Le système ne se limite pas à gonfler des jauges de dégâts. Il s’agit de créer une véritable synergie mécanique entre la vitesse de tir, le taux de coups critiques, l’application d’effets de zone et la gestion des temps de recharge. Pour les amateurs de theorycrafting, le titre offre un bac à sable fascinant où chaque mutation génétique modifie concrètement le comportement de la créature sur le terrain, transformant un frêle alien de départ en une véritable arme biologique surpuissante.
Ici on s’appuie sur une sélection initiale de neuf espèces de base. Un chiffre qui peut sembler modeste, mais qui se démultiplie grâce à des arbres d’évolution. Selon les gènes injectés, un même spécimen peut muter en un mastodonte de corps à corps spécialisé dans la parade ou en un artilleur à distance un peu plus fragile.
Les possibilités de builds sont gargantuesques, portées par des traits uniques et des mécaniques de gameplay radicalement différentes d’une lignée à l’autre. Le tout est boosté à la collectionnite puisqu’on débloque universellement le trait final en achevant un arbre de modification génétique, optimiser son Voidling peut alors demander d’investir dans une seconde bébête.
Plonger le long des abysses
Malheureusement, cette immense richesse souffre d’un problème de rythme majeur. Toute la campagne principale, qui s’étale sur une dizaine d’heures, fait office de grand tutoriel. Durant cette phase, l’équilibrage est tel que le jeu s’avère extrêmement permissif. Il suffit de faire monter de niveau sa créature favorite via l’équipement du vaisseau pour oblitérer n’importe quelle menace, sans jamais avoir besoin de manipuler l’ADN, de chercher des synergies d’éléments ou d’ajuster ses statistiques.
C’est d’autant plus marqué qu’il est possible de monter les niveaux des créatures grâce à des machines d’entraînement que le jeu nous donne un peu trop tôt et qui ne vous coûteront que quelques minutes pour grimper au niveau maximum. Cette diversité de builds pourtant si riche est ainsi totalement laissée de côté pendant la progression principale. Le joueur traverse la campagne en ligne droite en utilisant une infime fraction du système de personnalisation, reléguant la véritable substantifique moelle du gameplay à l’après-campagne.
Ce problème de structure se répercute étonnamment sur le level design. Tout au long de l’aventure, le joueur enchaîne des missions à la construction répétitive. Qu’il s’agisse de missions de « Purification » ou d’arènes lambda, la progression reste balisée : Arène, Nettoyage, Exploration. Si la beauté plastique des planètes artisanales compense un temps cette linéarité, la lassitude finit par poindre.
Le véritable problème survient lorsque l’on accède enfin à l’endgame de Voidling Bound matérialisé par l’Abysse, une descente infinie aux étages générés de manière procédurale. C’est à ce moment précis que les mécaniques d’optimisation deviennent vitales et que le jeu dévoile sa véritable complexité technique, les ennemis ne pardonnant plus la moindre approximation. Le design des missions évolue alors vers une formule de type stop ou encore où mourir signifie perdre l’intégralité du butin accumulé en une heure de run.
Si cette tension insuffle un second souffle bienvenu à l’expérience, elle se heurte à un mur esthétique. En abandonnant les planètes variées de la campagne pour les décors génériques et sombres de l’Abysse, l’endgame devient visuellement monotone. On se retrouve à enchaîner des dizaines de vagues de monstres dans des salles grises et violettes interchangeables, transformant une boucle de gameplay pourtant mécaniquement gratifiante en un grind austère pour les yeux.
Voidling Bound est un très bon jeu, généreux dans ses propositions et d’une efficacité redoutable manette en main. Hatchery Games a réussi son pari le plus difficile en fusionnant la nervosité d’un shooter en temps réel avec la satisfaction d’élever et de façonner des monstres uniques. Les contrôles sont fluides, les combats dynamiques et la profondeur des systèmes génétiques a de quoi occuper les joueurs les plus exigeants pendant des dizaines d’heures.
Cependant, l’expérience globale souffre légèrement d’un problème de construction. En enfermant sa richesse stratégique derrière une campagne trop simple aux allures de long tutoriel, pour ensuite basculer brutalement dans un endgame exigeant mais visuellement rébarbatif, le titre risque de perdre en route une partie de son public. Il n’en demeure pas moins une excellente surprise pour quiconque acceptera de passer outre sa structure perfectible pour aller gratter ses systèmes de jeu profonds et addictifs.


