Après un Dragon Quest Monsters: Le Prince des Ombres qui avait séduit par son système d’élevage, mais qui laissait les joueurs sur leur faim de par des performances techniques laborieuses et une structure jugée inégale, Square Enix et TOSE reviennent avec Dragon Quest Monsters: Le Royaume de Boisflétri et compte bien réconcilier les différentes générations de la série, en empruntant aussi bien aux opus Game Boy qu’à la trilogie Joker.
Cette fois, l’aventure met en scène Bianca Alba et Nera Oscuroni, les deux héroïnes emblématiques de Dragon Quest V: La Fiancée céleste, ici réinterprétées sous les traits de jeunes dresseuses de monstre. Celles-ci sont en quête des légendaires Feuilles de Vie, lesquelles seraient en mesure de guérir leurs pères malades.
Une nuit, une étrange créature nommée Fluffy les enjoint à poursuivre leurs recherches dans un autre pays : le Royaume de Boisflétri, duquel les fameuses feuilles seraient originaires. Malheureusement, l’endroit porte bien son nom puisque ce dernier semble avoir été ravagé par des forces malveillantes qui ont pratiquement éradiqué les plantes tant recherchées. Le duo entreprend alors de faire fleurir a nouveau le royaume, une quête qui les mènera à se lier d’amitié avec plusieurs centaines de monstres tout au long du chemin, mais aussi une tête familière…
Redonner de l’importance aux décisions du joueur
Sur le papier, les combats semblent rester fidèles à l’ADN de la série. Le joueur compose une équipes de monstres préalablement recrutés au fil de l’aventure, lesquels peuvent être contrôlés directement ou laissés libres d’agir via l’IA. Ce fonctionnement ne change pas fondamentalement, mais plusieurs nouveautés viennent modifier la manière d’aborder les affrontements.
La première concerne la personnalité des monstres. De fait, si cette caractéristiques existait déjà sous différentes formes dans certains anciens épisodes, elle devient ici un véritable paramètre stratégique. Chaque créature possède désormais un tempérament qui influence non seulement ses statistiques, mais aussi sa façon de combattre lorsqu’elle est dirigée par l’intelligence artificielle. Deux montres identiques pourront donc se comporter différemment selon leur personnalité, offrant davantage de variété dans la constitution des équipes.
Plus intéressant encore, la véritable nouveauté se nomme le « Wrangler Spirit » (esprit de dresseur). Celle-ci se présente sous la forme d’un mystérieux pouvoir, lequel, s’il a la chance de s’activer, offre la possibilité de déclencher des effets de soutien, effets différents selon que l’on incarne Bianca ou Nera. Ainsi, la première restaurera des points de vie et offrira un boost en attaque à l’équipe, tandis que la seconde récupérera des points de magie et augmentera la défense des monstres.
Ainsi, là où les précédents épisodes plaçaient le dresseur relativement en retrait pendant les affrontements, cette mécanique lui donne enfin un rôle actif. Sans transformer Dragon Quest Monsters en RPG classique où le héros combat directement, elle renforce son implication dans les décisions tactiques et introduit une nouvelle ressource à gérer pendant les batailles.
Ainsi, il s’agit probablement de l’une des évolutions les plus significatives dévoilées jusqu’ici. En effet, les opus précédents reposaient quasiment uniquement sur la qualité de l’équipe construite avant le combat ; cette fois, le déroulement même des affrontements devrait laisser davantage de place aux choix effectués en temps réel.
Reste une interrogation. Bien qu’elles enrichissent le gameplay, ces nouveautés ne bouleversent pas pour autant la structure générale de la licence. Ainsi, ceux qui espéraient une refonte plus ambitieuse ou un rythme de combat modernisé, à l’image par exemple des Pokémon Legends, pourraient y voir une évolution assez voire trop prudente. Après les critiques adressées au Prince des Ombres, certains joueurs attendaient peut-être davantage qu’un simple empilement de nouvelles mécaniques. Le titre aura ainsi la charge de démontrer que celles-ci peuvent s’intégrer naturellement sans risquer d’alourdir un système de combat déjà très dense.
Une Synthèse plus profonde, des monstres plus variés et un clin d’œil assumé
L’autre pilier de Dragon Quest Monsters réside évidemment dans la Synthèse. Impossible d’imaginer un nouvel épisode sans ce système qui constitue depuis plus de 25 ans la véritable identité de la licence.
Comme auparavant, deux monstres peuvent ainsi être fusionnés pour donner naissance à une toute nouvelle créature héritant d’une partie de leurs compétences et statistiques. Mais TOSE semble avoir cherché à rendre cette mécanique plus lisible tout en augmentant significativement le nombre de possibilités offertes aux joueurs expérimentés. Ainsi, chaque monstre développe désormais une « Plus Value » qui progresse au fil de son évolution et est transmise à sa descendance. Plus cette valeur est élevée, plus le nouveau né bénéficiera d’une croissance de statistiques avantageuse, récompensant ainsi les joueurs qui prennent le temps de former leurs créatures plutôt que de multiplier les fusions à la chaîne.
A cela s’ajoutent les personnalités qui influencent la progression des statistiques de chaque monstre. Si Square Enix n’a pas encore détaillé toutes les interactions entre cette mécanique et la synthèse, elle devrait déjà contribuer à distinguer deux créatures pourtant identiques sur le papier, renforçant encore l’intérêt de l’élevage et de l’optimisation des équipes.
Et le bestiaires ne sera pas en reste. Avec plus de 500 monstres répartis en huit grandes familles et neufs rangs de puissance allant de G à X. Trois nouvelles créatures inédites ont également été révélées : le Slime Ball, décliné en trois saveurs alléchantes : prune salée, mélange végétarien et tempura de crevette ; Bamboo Badboy qui attire les gens affamés ; et Groovy Grouse qui danse sur les musiques qui passent incessamment dans sa caboche.
De nouvelles têtes rafraichissantes qui témoignent de la volonté du développeur de ne pas uniquement recycler le catalogue historique de la licence, même si les monstres iconiques seront bien évidemment de la partie. De plus, si le Prince des Ombres réadaptait assez librement l’histoire de Dragon Quest IV : L’Épopée des Élus et possédait ainsi de nombreuses créatures issues de son univers, il est simple de supputer le retour de nombreux ennemis de Dragon Quest 5 pour ce nouvel opus.
Ainsi, au-delà des nouveautés prise individuellement, une tendance se dégage. Là où d’autres RPG misent avant tout sur leur mise en scène ou leur exploration, Dragon Quest Monsters: Le Royaume de Boisflétri concentre ses efforts sur son gameplay. Personnalités, Wrangler Spirit ou encore Plus Values enrichissent tous un même pilier : l’élevage et l’optimisation des monstres. Des mécaniques qui parleront surtout aux joueurs les plus investis, ceux qui passent des dizaines d’heures à expérimenter différentes combinaisons pour constituer l’équipe idéale.
Sans révolutionner la formule, TOSE semble ainsi chercher à renforcer ce qui fait depuis toujours l’identité de la série : la profondeur de son gameplay plutôt que la multiplication d’innovations spectaculaires. Une philosophie qui rappelle davantage les ambitions des épisodes Dragon Quest Monsters Joker, encore considéré par beaucoup de joueurs comme le pinacle de la série sur le plan stratégique.
Une évolution qui devra faire ses preuves
À mesure que Square Enix lève le voile sur Dragon Quest Monsters : Le Royaume de Boisflétri, une direction semble se dessiner. loin de chercher à bouleverser une formule qui a faite ses preuves, TOSE semble avoir privilégié un travail d’enrichissement de chacun des piliers de la licence. Reste toutefois une inconnue de taille. Le Prince des Ombres avait démontré que des mécaniques solides ne suffisent pas toujours à faire l’unanimité lorsque la réalisation technique ou le rythme du récit peinent à suivre.
Ainsi, et bien que ce nouvel opus semble avoir tiré des enseignements sur le plan du gameplay, Square Enix devra encore convaincre que ces évolutions s’accompagnent d’une aventure capable de renouveler l’expérience sans renier son identité.
Car c’est là, sans doute, que se jouera sa réussite. Non pas dans sa capacité a révolutionner la série, mais dans celle de proposer la version la plus aboutie d’une formule que les fans continuent d’apprécier près de 30 ans après ses débuts. Les prochains mois devraient permettre de déterminer si cette ambition mesurée suffira à faire du Royaume de Boisflétri un nouveau chapitre marquant de son histoire, ou si la licence aura à l’avenir besoin d’un véritable coup de fouet.

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