C’est un coup de massue que l’on a reçu ce mercredi matin, en apprenant le décès soudain de Vincent Belorgey, plus connu sous le nom de son avatar Kavinsky. Peu de détails ont été communiqués sur les causes du décès, qui représente un véritable choc pour tout le monde.
« I’m gonna tell you something you don’t want to hear… »
Si sa carrière ne se résume pas à ce titre, Kavinsky est mondialement connu pour son morceau Nightcall, ballade électro cultissime qui, comme son personnage principal, a connu plusieurs vies. D’abord un premier échec commercial à sa sortie, alors que, du musicien à ses producteurs, tout le monde pensait faire un carton immédiat, et c’est tout le contraire qui se passe. Le morceau sort dans une indifférence assez générale. Il s’offre néanmoins une seconde vie en apparaissant sur la B.O. de Drive, le films de Nicolas Winding Refn. La chanson rencontre alors le grand public, et un succès phénoménal. Renaissance encore (le dernier album de Kavinsky est intitulé Reborn !) plus de dix ans plus tard, lors de la cérémonie de clôture des J.O. de Paris 2024 : Nightcall, alors magnifiquement interprété en trio avec Phoenix et une Angèle magique, devient le titre le plus Shazamé de tous les temps et entre dans la légende.
Mais, nous le disions, la carrière de Kavinsky ne se limite pas à Nightcall. Il a touché au cinéma, et tient par exemple, en 2007, l’un des rôles principaux de Steak, de Quentin Dupieux. Mais il est difficile, à son sujet, de ne pas évoquer les jeux vidéo.
La légende raconte que sa carrière a commencé parce qu’il passait ses journées à jouer aux jeux vidéo ! Son entourage (et l’on parle ici de Mr Oizo, de Jackson and his Computer Band, ou encore de SebastiAn, excusez du peu ! ) lui a alors confié du matériel pour le pousser s’essayer à la musique. Le résultat, le morceau Testarossa Autodrive, est conçu comme la B.O. d’un jeu qui n’existe pas.
Le titre figurera sur le premier album du musicien, « Outrun ». L’hommage au classique de SEGA est plus qu’évident. À l’occasion de la sortie du disque, et pour en assurer la promo, un jeu mobile sobrement intitulé Kavinsky verra le jour. Il s’agit d’un jeu d’arcade inspiré des grandes heures des bornes, où l’on alterne entre beat’em all et phases de pilotage en incarnant Kavinsky lui-même. L’opus, aujourd’hui indisponible, sauf à aller fouiller du côté des .apk archivés par des tiers, est loin d’être un grand jeu, mais c’est l’une des très rares itérations de jeu vidéo accompagnant la sortie d’un album, et son existence vient renforcer les liens entre l’artiste et le média vidéoludique.
Mais le personnage a aussi intégré la culture gaming au-delà de son propre travail. Si le morceau Odd Look apparait bien sur la bande originale de GTA V – ce qui avait particulièrement touché l’artiste, de son propre aveu – c’est aussi en devenant une figure récurrente des cultures du mème et du modding que « Kav’ » a durablement marqué le jeu vidéo.
L’avatar que s’est construit le musicien est lui-même très « jeu vidéo » dans l’esprit : un pilote de Ferrari Testarossa, mort dans un accident en conduisant son bolide, et qui revient en zombie, au volant de son coupé rouge – un pitch qui pourrait tout à fait être celui d’un nouveau jeu Driver !
Si Vincent Belorgey nous a malheureusement quitté, l’empreinte que laisse Kavinsky à travers sa musique et tout ce qui l’a accompagnée est, elle, comme le personnage : désormais légendaire et immortelle. « They’re talking about you, boy / But you’re still the same… »

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