It Takes Two à la sauce dessin-animé des années 80 : voilà, en gros, la promesse d’Orbitals depuis ses premières images. Et il n’en fallait pas plus pour qu’une jolie hype entoure l’exclusivité Switch 2. Mais une fois plongé dans l’aventure, la direction artistique, aussi charmante soit-elle, permet-elle de porter à elle seule une proposition qui ne bénéficie plus du vent de fraicheur inauguré par le studio Hazelight ?
(Test d’Orbitals réalisé sur Switch 2 via une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Une D.A. qui tient toutes ses promesses
C’est l’identité visuelle qui avait permis au jeu de se faire remarquer, c’est encore elle qui nous saute aux yeux dès le premier lancement de la cartouche. Graphiquement, le jeu est, disons-le, magnifique, et ultra-référencé. Le design des personnages mais aussi l’épaisseur du trait ou le grain de l’image sont directement inspirés des animes du milieu des années 80. On a même le droit à un super générique interprété par Mami Ayukawa, chanteuse japonaise très active au milieu des années 80 et ayant notamment enregistré l’opening d’une série Gundam.
On pense beaucoup aux premiers Miyazaki, comme la série Sherlock Holmes, mais aussi à Nadia et le Secret de l’Eau Bleue (créé par Hideaki Hanno, scénariste et réalisateur de Neon Genesis Evangelion) et à son personnage de Jean, le « nerd » un peu rêveur qui a peut-être servi de modèle à Omura. Maki, elle, nous fera peut-être plus penser à Ranma ½ (Rumiko Takahashi), blagueuse, extravertie et gaffeuse.
Des références lointaines, mais qui seront tout aussi efficaces auprès des moins vieux qui n’ont jamais entendu parler du Club Dorothée. Car Orbitals est, de façon générale, un régal pour les yeux. Son cel-shading est convaincant, le passage des cinématiques en animation traditionnelle aux séquences de jeu se fait de façon fluide, et il y a toujours quelque chose d’amusant à regarder à l’écran. Notamment une faune variée et rigolote constituée de petits animaux qui sont autant d’opportunités de créer des petits gags visuels en arrière-plan, et qui, là encore, rappelleront les petites créatures que l’on voit dans les films des studios Ghibli.
It Takes Two Two
Mais cette superbe patte graphique nous fera-t-elle oublier que le titre est très (très) inspiré d’It Takes Two ? Il faut reconnaître qu’avec son jeu, Josef Fares a quasiment créé un genre en soi, genre dans lequel s’inscrit pleinement Orbitals. Shapefarm, le studio qui signe le jeu, ne s’en cache pas, et a confié la réalisation à Jakob Lundgren, transfuge de chez… Hazelight, justement, où il a travaillé sur A Way Out, It Takes Two, et Split Fiction. Certains y verront peut-être une forme de copie, quand d’autres considéreront qu’il ne s’agit que d’un respect des codes du sous-genre. Après tout, les Metroidvania sont-ils tous des copies de Metroid ?
Ainsi, on ne sera pas surpris par le principe général, mais la découverte des différents niveaux de puzzle et/ou de plateforme reste très plaisante. On incarne donc, obligatoirement à deux joueurs (le principe d’It Takes Two), en écran scindé ou en ligne, Mika et Omura, qui pillent les débris spatiaux pour entretenir la station orbitale sur laquelle ils vivent. Pour ce faire, on alternera les phases de pilotage du vaisseau (un personnage aux commandes du véhicule, l’autre en charge du canon), et les phases d’exploration à pied.
Les deux font la paire
Pour se lancer dans l’exploration des niveaux, Maki et Omura doivent d’abord s’y rendre et s’équiper. Une phase introductive qui porte en elle le concept du jeu, puisqu’il faudra s’entendre sur qui fait quoi, qui prend quoi. Est-ce que la place du pilote sera discutée et attribuée en bonne intelligence ? Est-ce que celui qui s’équipera du fusil laser sera celui qui réussit à s’en saisir le premier ? Tout, dans le jeu, est propice aux interactions entre joueurs.
Les niveaux de puzzle-platformer sont parfois classiques (l’un des joueurs appuie en rythme sur des boutons pour faire apparaitre des plateformes nécessaires à la progression de l’autre joueur ; les personnages contrôlent une barge qui vire selon le poids, et les joueurs doivent s’entendre sur le placement de leur personnage pour progresser sans encombre…), parfois plus originaux, mais sont toujours designés de façon à provoquer l’échange. Le savoir-faire Hazelight se ressent.
Certes, après It Takes Two et Split Fiction, le gameplay ne surprend plus personne. Et surtout, le jeu peut souffrir la comparaison avec le tout récent Big Walk, qui réussissait avec brio à (déjà) renouveler la formule, faisant de la communication entre les joueurs, centrale dans ce type de jeu, l’outils principal de son game system. Orbitals se montre beaucoup moins original et ambitieux à ce niveau, et ne prétend pas bousculer quoi que ce soit. On gagne néanmoins largement en mise en scène ce que l’on perd (un peu) en originalité du gameplay.
It Takes Two avec un skin ? Oui, et non… Le GOTY 2021 a plus ou moins donné naissance à un tout un genre, et son succès critique et commercial a donné des envies et ouvert des portes. Orbitals n’est ainsi ni le premier, et surtout ni le dernier jeu à reprendre la formule à son compte. Il ne renverse rien, là n’est pas son propos, mais propose son itération du genre, où l’accent est mis sur la direction artistique et la mise en scène. Et de ce point du vue là, le jeu est une absolue réussite.
On a peut-être quelques réserves sur le scénario, qui ne nous aura pas tout à fait accroché, mais ses personnages sont suffisamment attachants pour que, pour le peu qu’on soit bien accompagné, l’on ait envie d’aller avec eux jusqu’au bout des 8 à 10 heures que dure l’aventure.


