Voilà deux ans que Ghost Ship Games a annoncé Deep Rock Galactic: Rogue Core, une troisième itération de la licence à la sauce Roguelite. Reprenant le cœur du gameplay du jeu de base, ce spin-off que nous abrégerons Rogue Core est proposé au tarif de 29,99 €. Un prix jugé un peu élevé par la communauté. À nous maintenant de vous livrer notre ressenti pour savoir si, oui ou non, cet opus vaut ses deniers.
(Test de Deep Rock Galactic : Rogue Core réalisé sur PC à partir d’une version fournie par l’éditeur)
Rogue and Stone !
Dans Rogue Core, on incarne l’un des cinq Reclaimers. Concrètement, cela implique un personnage armé d’une capacité propre (une épée thermique, un faucon électronique, des poches de munitions…) ainsi que de quelques avantages passifs assez lambdas. Projeté au cœur d’Hoxxes, il s’agira ici d’annihiler le gros monstre tapi au fond de la grotte.
Évidemment, ce dernier est bien caché. Il va falloir creuser sur trois niveaux, avec pour objectif de trouver l’ascenseur et de le défendre coûte que coûte afin de s’assurer une porte de sortie. Les développeurs ayant plus ou moins prévu le coup, le boss final s’avère terriblement dangereux et requiert d’avoir collecté suffisamment d’améliorations pour être terrassé. Avoir une arme serait déjà un bon début ; ça tombe bien, les postes industriels laissés à l’abandon permettent de récupérer une arme et un outil de navigation au choix pour entamer la descente.
Deep Rock Galactic oblige, jouer de la pioche sera la seule façon de s’en sortir. En collectant suffisamment d’Expenite, ELLIS (le successeur 4.0 de M.U.L.E.) pourra améliorer l’équipement récupéré plus tôt. Des upgrades souvent basiques, mais clairement nécessaires dans l’exercice de nos fonctions.
Comptez également sur diverses missions annexes pour glaner toujours plus d’Expenite au fil de la progression : certains postes offrent une seconde arme à améliorer, d’autres s’orientent plutôt vers le renforcement du personnage et de ses capacités. On obtient alors un mineur suréquipé, prêt à tout affronter.
Le souci de Rogue Core, c’est que ce personnage suréquipé est loin d’être facile à assembler. Il vous faudra vous y reprendre à plusieurs fois avant d’être en mesure de mettre sur pied le build de vos rêves… « Encore heureux pour un Rogue-like ! », me direz-vous, et vous auriez raison. Malheureusement, l’esprit humain et ses biais empêchent une grande partie des joueurs de profiter pleinement de l’expérience à cause d’un tout petit détail : le passif Deep Rock Galactic.
Le poids de l’héritage
C’est là tout le problème du titre. En restant si proche du jeu d’origine, Rogue Core percute de plein fouet notre dissonance cognitive : le titre ressemble tellement à son grand frère qu’on en attend sensiblement la même chose.
Pourtant, Ghost Ship Games y a mis du sien ! Des hordes de monstres étonnamment plus terrifiantes que les Glyphides, un coach autrement plus virulent et une panoplie de petites modifications ici et là insufflent un sentiment de danger qui n’était pas si imposant dans le premier opus. Malheureusement, rien n’y fait : on a toujours l’impression de n’être qu’à la surface d’Hoxxes, imprégné d’un sentiment de sécurité trompeur qui atténue le plaisir de la victoire et fait résonner plus fort encore la rage de la défaite.
Il est d’autant plus frustrant de voir que la progression globale de son personnage se résume finalement à quelques perks à échanger contre de la monnaie acquise au fil des runs. Forcément, on ne s’attendait pas à pouvoir personnaliser finement nos armes, choisir des overclocks ou configurer précisément nos combinaisons de grenades et d’armes… mais l’aspect méta-jeu reste un peu faiblard.
S’ensuit une longue série de petits défauts qui s’empilent : les bonus semblent dérisoires en plus d’être partagés entre les différents membres de l’équipe, et un développeur manifestement mal intentionné a cru bon de briser la boucle de gameplay en ajoutant un timer.
Cumulez la frustration de récupérer un pauvre +5% de vitesse de rechargement avec celle de ne pas avoir eu le choix (parce que vos collègues ont décidé de s’accaparer les dégâts électriques), le tout en ayant perdu 20 secondes sur le chrono parce qu’il était difficile de se décider… et vous obtenez un cocktail de frustration qui n’a définitivement pas sa place dans un titre vendu 30 €, alors qu’il aurait pu s’agir d’un DLC.
Pire encore, avec ce minuteur, les level designers ont été forcés de s’adapter : plus le temps d’explorer, il faut foncer. On se retrouve donc avec des couloirs qui s’enchaînent et quelques embranchements où sont cachées des récompenses, généralement de l’Expenite, puisqu’il n’y a de toute façon qu’un seul minerai à récolter.
Rogue Core a commis une grave erreur : celle de sortir après Deep Rock Galactic. La concurrence a déjà prouvé sa valeur, et des titres comme Far Far West ou Mycopunk en sont la preuve tangible. Oui, le gamefeel du jeu est formidable, les armes sont particulièrement réussies, le sound design est fantastique, l’humour est toujours aussi bon et on prend globalement du plaisir à jouer. Mais ce sont là des points positifs issus directement du premier Deep Rock Galactic, et non des ajouts de son petit frère.
On peut encore accorder notre confiance à Ghost Ship Games, qui reste un studio particulièrement talentueux, mais il va falloir choisir une direction claire : un retravail global des mécaniques de jeu ou une réelle différenciation visuelle et marketing.
Si vous avez 30 € en poche, tournez-vous plutôt vers l’un des titres les plus renommés du genre. Celui qui, presque dix ans après sa publication originale sur Steam, reste la référence absolue et inspire encore aujourd’hui les petits studios. Celui qui a marqué son époque avec trois mots magiques sur internet : ROCK AND STONE.


