Voilà plus d’une décennie que l’on observait Yacht Club Games, studio indé de Los Angeles, capitaliser sur son excellent jeu de plate-forme à l’ancienne, Shovel Knight. Entre DLC et spin-off, le studio a pu se faire la main sur de nouveaux outils tout en expérimentant des genres différents. Alors, quand en 2022, le studio proposa une campagne de financement participatif pour aider au développement de Mina the Hollower, c’est avec un œil curieux que nous avons suivi le projet.
Quatre ans plus tard et 1,2 million de dollars récoltés (soit quatre fois plus que l’objectif initial), la sortie du titre est enfin calée pour ce 29 mai 2026 sur Xbox Series, PS5, Switch et PC. Un jeu d’aventure au style 8 bits à l’ambition aussi démesurée que son succès sur Kickstarter et dont la démo, disponible depuis quelques temps, laissait augurer du meilleur. Mais Mina the Hollower parvient-il vraiment à honorer toutes ses belles promesses ou s’effondre-t-il sous le poids des attentes ?
(Test de Mina the Hollower réalisé sur PS5 à partir d’une version fournie par l’éditeur)
Zeldavania-like
Parmi les sources d’inspiration annoncées, il y a les licences Castlevania, Zelda et Bloodborne. Force est de constater qu’on ne nous a nullement menti sur la marchandise, avec un titre qui se trouve à la croisée de ces trois représentants de genres pourtant fort différents. Mina the Hollower se présente en effet comme un Zelda-like en vue de dessus où l’on est amené à parcourir le monde pour relever ses défis et ses donjons thématiques.
Point de princesse en détresse à sauver néanmoins. On y incarne Mina, une « muloteuse » de génie ayant inventé des générateurs permettant d’extraire l’énergie des Bluettes, une puissance naturelle terrestre, afin de l’utiliser pour la sécurité et le confort de tous. Mais aujourd’hui, ces immenses tours semblent dysfonctionner et Mina est donc appelée à la rescousse pour réparer cette technologie tout en faisant la lumière sur le mal mystérieux qui s’étend sur l’île.
Ainsi, l’intrigue prend place dans un univers bien plus sombre que celui de la saga de Nintendo, et en cela, on se rapprocherait plus d’un univers à la Castlevania. Les morts-vivants, squelettes et autres abominations deviennent légion à mesure que le mal se propage et l’on ressent parfois presque une ambiance de fin du monde.
Rien de bien original, certes, et pourtant Mina the Hollower parvient à briller par, étonnamment, l’écriture de ses dialogues. Les situations sont souvent cocasses et on se surprendra régulièrement à sourire suite à un jeu de mot bien senti ou au déroulé inattendu d’une scène. Il y a même une pointe de génie parfois, et notamment sur la fin de l’aventure où l’on a vécu une véritable épiphanie.
Le plaisir est d’autant plus décuplé qu’on n’attendait pas le titre sur ce terrain. Dans le genre, côté productions indés, l’écriture et la musique sont souvent les parents pauvres du développement. Mais ici, aussi grâce à cette campagne de financement participative particulièrement réussie, même les aspects les plus secondaires du jeu ont été peaufinés.
Mille et un secrets à découvrir
Comme on l’espérait, le cœur du jeu n’a pas été négligé. Mieux encore, Mina the Hollower est d’une richesse assez incroyable, offrant un degré de personnalisation de notre muloteuse très étendu. Outre une arme de base à choisir parmi trois propositions, le titre met à notre disposition une grosse douzaine d’armes d’appoint, à dénicher dans le monde, ainsi que des accessoires à équiper pouvant changer fondamentalement l’approche des combats ou de l’exploration.
Mêlez à cela un système d’amélioration des armes (ajoutant par exemple de nouvelles techniques d’attaque), une mécanique d’expérience et donc de montée de niveau, certes simple mais qui a le mérite d’exister, et diverses synergies à « sciencer » au fil de nos découvertes, ou simplement pour s’adapter aux situations rencontrées, et on obtient une formule diablement efficace.
Mais que serait une telle richesse sans un monde à sa hauteur. Alors, il faut bien reconnaître que nos premières heures furent éprouvantes. Déjà parce que le défi reste corsé, le titre nous demandant d’apprendre à nous battre « à la dure ». En résulte fatalement quelques morts frustrantes, par des chutes dans des trous le temps d’appréhender le saut chargé, ou le temps de comprendre comment battre efficacement un adversaire plus coriace.
Mais éprouvantes aussi par l’étendue et l’incroyable richesse du monde offert. D’autant qu’au-delà du vaste monde qui nous tend les bras, c’est surtout la densité des choses à y faire qui nous a parfois assommés. Chaque écran ou presque recèle un secret. Mur friable, coffre au trésor, amélioration d’équipement, simple raccourci, il y a tout le temps et partout des choses à faire et à découvrir.
À tel point qu’on a souvent regretté que le titre ne propose pas de véritable carte afin de mieux nous repérer dans ce monde ou simplement pouvoir nous rappeler, voire marquer, un emplacement qu’on souhaite réexplorer plus tard. On s’y fait, bien sûr, mais c’est peut-être l’un des élément qui nous a le plus manqué durant l’aventure.
Et pourtant, quel kif ! Mina the Hollower est un véritable bijou où combats, exploration et énigmes se mêlent de manière très équilibrée. Et aussi frustrante qu’a pu parfois être notre exploration, lorsque nous cherchions l’étape suivante pour poursuivre notre épopée, le titre se passe sans problème d’un gros X sur un carte pour marquer le prochain emplacement de quête.
Au contraire, tout est fait de manière intelligente, presque organique, pour nous pousser à réfléchir et déduire la suite des événements. Alors effectivement, ne pas savoir précisément quoi faire pendant quelques heures peut attiser la frustration, mais bon sang, quand s’emboitent enfin dans notre esprit les indices disséminés ci ou là, au détour d’une coupure de presse ou d’un dialogue en apparence anodin, la joie n’en est que plus intense.
Le choix des armes
Mina the Hollower est un titre qui se mérite. Il aime nous frustrer, jouer avec notre réflexion et notre patience afin d’intensifier le plaisir procuré à la résolution de ses défis. C’est aussi en cela qu’on y retrouve un peu de Souls-like. Rien n’est gratuit, il faut mériter ses améliorations et autres victoires.
Et à la manière des jeux FromSoftware, les combats sont loin d’être triviaux. Dirigez-vous vers une région trop avancée et les monstres sauront vous rappeler à leurs bons souvenirs. La mort n’est toutefois pas immédiatement punitive. Mina dispose de Bluettes (une d’abord, plus plusieurs autres à débloquer) à récupérer à l’endroit de notre trépas. Ce n’est qu’en cas de mort sans Bluette à disposition que toute l’expérience accumulée sera définitivement perdue.
Même recharger sa vie se mérite. On ne regagne pas ses HP simplement en consommant une potion, il faut d’abord récupérer du plasma, en frappant les ennemis notamment, alimentant alors notre barre de vie et pouvant, le cas échéant, être converti en point de santé. Fatalement, les morts, surtout au début, sont nombreuses, le temps de bien appréhender toutes ces nouvelles mécaniques. Mais accrochez-vous, les quelques moments de souffrance, surtout sur certains boss, ne sont rien en comparaison de ce que le jeu a à vous offrir.
Et puis, au besoin, Mina the Hollower a la bonne idée de proposer de nombreuses options permettant de personnaliser son expérience. Soins plus efficaces, meilleure défense ou attaque, plus d’expérience, mais aussi de quoi corser l’aventure voire même la rendre complètement absurde avec divers modificateurs visuels. Que demander de plus ?
Mina the Hollower est un jeu exceptionnel ! Avant de nous lancer dans l’aventure, nous attendions un excellent jeu, et malgré cela, il a réussi à nous mettre plusieurs tartes pour nous plonger dans une douce béatitude. Il faudra néanmoins s’accrocher car, à plus d’un titre, ce plaisir ce méritera. Il faudra ainsi se faire à l’absence de vraie carte pour nous repérer et avoir la patience voire l’humilité de s’avouer vaincu sur certains combat le temps de comprendre et élaborer une stratégie gagnante.
Reste qu’une fois ces quelques étapes préliminaires passées, Mina the Hollower distille sa masterclass jusqu’à son dénouement, enchainant les surprises et même quelques moments de grâce qu’on n’oubliera pas de sitôt. Et dire qu’on n’a même pas évoqué le magnifique pixel art, hommage à l’époque 8 bits et les différentes mimiques et animations des différents personnages du jeu. Oubliez les Resident Evil Requiem, Crimson Desert ou autres Pokémon Pokopia, on tient peut-être là l’un des jeux les plus marquant de cette année 2026.


