Un grand donjon, du craft, du PSX, une formule friendslop et le tout édité par Raw Fury. Si vous n’avez pas déjà fermé cet onglet après avoir lu la fiche technique de Deep Dish Dungeon, alors peut-être reste-t-il une chance que vous soyez embarqué pour lire ce test jusqu’à la dernière ligne. On ne compte plus les productions qui compilent ces arguments, devenus les poncifs d’une ribambelle de sorties interchangeables sur Steam.
On se demande même à première vue pourquoi un éditeur comme Raw Fury aux quelques soixante titres déjà publiés, s’élance à corps perdu dans ce qui semble n’être finalement que la copie du voisin. Alors allons-y, partons nous aussi à l’exploration de ce donjon terrible avec la cuisine comme seule promesse d’originalité.
(Test de Deep Dish Dungeon réalisé sur PC via une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Tourne et retourne
Vous l’aurez compris, on franchit le seuil du donjon les bras un peu ballants : se battre avec des squelettes, chauve souris et autres araignées on l’a déjà fait mille fois et ce n’est pas Deep Dish Dungeon qui va nous dépayser sur cet aspect. Le système de combat, tant qu’on y est, n’est pas des plus intéressants, on a l’impression d’un retour aux vieux Elder Scrolls, la magie en moins, clic gauche pour frapper, clic droit pour se protéger avec un bouclier, tirer des flèches… Le starter pack est assez simpliste.
Second écueil à nos yeux, le titre centralise toute sa progression sur la nourriture, c’est même écrit en gros dans son titre, Deep DISH Dungeon. Une originalité qui aurait pu être bienvenue dans ce genre du dungeon crawler entre amis pourtant reléguée au simple stade de « poser, cuire, manger ».
C’est dommage, car une préparation plus minutieuse façon Arctic Eggs ou Creature Kitchen aurait apporté un vrai sel interactif. Touiller régulièrement une marmite sans la renverser, surveiller la cuisson d’une broche ou retourner un pavé de viande au bon moment aurait largement suffi à titiller nos papilles de joueur.
Saluons quand même le travail accompli. Au fil de nos trouvailles, on apprend à rôtir, frire, enfourner ou mijoter un ragoût digne du chef Michel. Un ensemble de plats garnis qui a aussi le mérite de durer plus longtemps que chez la concurrence. On est pas là pour s’enfiler une dizaine de steaks, mais bien pour déguster un frugal repas concocté avec amour.
Le sombre sombre donjon
Difficile de dire que nous avons passé un mauvais moment sur Deep Dish Dungeon. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce donjon possède une force d’attraction intrigante qui pousse quiconque franchit la herse à vouloir y retourner pour en percer les mystères. Dans son aspect un peu simpliste se cache finalement un game design finement taillée, le système de combat est peu intéressant ? Peut-être, mais à plusieurs il se révèle tactique et satisfaisant.
L’éclairage joue un rôle capital dans l’exploration : sans torche, l’écran est noir. En solitaire, l’exercice s’avère vite laborieux, contraignant à tenir sa source de lumière d’une main et son épée de l’autre, tout en enchaînant des allers-retours peu gracieux pour laisser sa jauge de vie remonter avant de porter l’estocade. Ajoutez ne serait-ce qu’un joueur et toute la dynamique change. L’un devant avec le bouclier l’autre en arrière avec sa torche et le groupe qui se hurle dessus pour se coordonner correctement.
La panoplie du Friendslop est complété par une approche très physique de cet univers ouvert, de nombreuses caisses ne demandent qu’à être déplacées ou empilées pour débloquer de nouvelles parties du donjon, dont les différentes sections sont libre à l’exploration, permettant d’aborder le terrain de moults manières différentes. on aime tout particulièrement le haut parleur dans la pièce principale qui fait entrer en collision votre voix avec tous les autres explorateurs de votre communauté.
Dark Dish ?
Enfin le visuel est le point qu’on ne peut s’empêcher de souligner et vouloir mettre en avant, c’est certes très basique dans son univers, mais il n’en reste pas moins très réussi. Ce voxel type PSX coïncide parfaitement avec le moteur lumineux tout en apportant un côté spooky très satisfaisant, il n’est pas question d’avoir peur, mais de se laisser surprendre.
On se sent dans un donjon, on s’imagine se faire percuter par un piège, surprendre par une horde de monstre ou espérer tomber sur des trésors. Le sound design est également très approprié, le seul bruit de la sauvegarde automatique nous fait systématiquement tourner la tête. À force de fouille et de déduction, le trésor finit toujours par tomber, niché derrière une cloison dérobée ou au sommet d’une corniche escarpée.
Le donjon s’impose comme un personnage à part entière et, à la manière d’un certain Dark Souls, on s’étonne régulièrement d’avoir rallié deux ailes opposées par le biais d’un passage secret insoupçonné. Cette architecture interconnectée et cohérente confère au titre le cachet inimitable du travail fait main, bien loin des dédales procéduraux avec un peu moins d’âme qui pullulent sur le marché.
Deep Dish Dungeon ne réinvente pas la roue, et son concept de départ ne promettait rien d’exaltant. Pourtant, son atmosphère feutrée, la justesse de son level design et son souci du détail en font une halte qui vaut clairement le détour. Si l’expérience prend évidemment toute sa saveur en brigade pour s’engueuler autour du feu, elle réserve aussi une solide aventure en solitaire pour qui aime arpenter des ruines dans la pénombre.
Il est un peu question ici de savoir si le bon plat réchauffé de mamie vaut à vos yeux tous meilleurs étoilés du monde…


