Oyez, oyez, amateurs de textures baveuses et de colorimétries questionnables ! DreadXP s’en retourne à la création d’un univers médiéval-fantastique après le fabuleux Dread Delusion. Définitivement niche, Entropy use au premier abord des mêmes codes que son prédécesseur spirituel. Mais ne vous y trompez pas : il ne s’agit pas du même univers, et l’action à la première personne s’efface ici au profit d’un RPG traditionnel au tour par tour. Débarqué en early access cet été, le titre vaut-il déjà que l’on y place ses deniers avant sa version finale ?
Mona Lisa ou Mosa Lina ?
Évidemment, le premier sujet incontournable demeure celui de l’apparence, premier contact avec le titre quel que soit le format (trailer, gameplay commenté ou partie démarrée). Inutile d’aller plus loin si cet habit PlayStation 1 stylisé vous repousse : il n’est ni accessoire, ni modifiable. Le titre s’avère également plus ancré dans un univers réaliste, bien loin des folies de son aîné qui n’avait pas peur de peindre le ciel en rose et d’y implanter des forêts de champignons géants.
C’est graphiquement très plaisant à parcourir, même si l’on ne sait pas encore s’il faut imputer au style du jeu ou à son statut d’accès anticipé quelques petits couacs visuels, comme ces personnages qui se mettent subitement à flotter à quelques centimètres du sol. Il en reste une démonstration capable de convaincre ceux que ce parti pris esthétique n’effraie pas de loin.
Maintenant que l’éléphant est sorti de la pièce, parlons de ce qu’est vraiment Entropy. Vendu comme un CRPG post-apocalyptique, le titre cumule des influences de tous horizons dans un ensemble sensiblement plus digeste que ne l’était son prédécesseur. Une world map, du vieil anglais et des combats au tour par tour : l’aficionado du genre ne sera pas dépaysé.
La chaire de mon cœur
Et pourtant, les phases de combat ont des arguments à faire valoir. On pouvait s’attendre à une expérience tout à fait classique, mais Entropy utilise son lore atrocement cru pour se construire sur des mécaniques qui le sont tout autant. Six personnages composent votre équipe, répartis sur deux lignes. Les pauvres diables placés au front permettent de couvrir ceux situés à l’arrière, une chouette affaire pour ces derniers, mais beaucoup moins pour les premiers, puisque tomber au combat implique des blessures durables, voire permanentes… Sans oublier la mort, toute sortie étant définitive.
En effet, seul le personnage principal de votre groupe peut tomber K.O. sans trop transpirer : tous les autres devront être remplacés. Une aubaine, donc, que DreadXP nous ait gentiment accordé 16 emplacements dits de « réserve », où attendent sagement les malheureux qui espèrent que votre partie de Darkest Dungeon s’était bien passée, à l’époque.
Une bonne vingtaine de recrues qu’il va falloir équiper, faire monter en niveau et guérir. Tout cela dans un univers qui ne pardonne pas grand-chose : il est tout à fait possible que votre compagnon fraîchement rencontré perde définitivement un bras ou une jambe si ses points de vie tombent à zéro, ne serait-ce qu’une seule fois.
Difficile, dans ces conditions, de s’attacher à des compagnons qu’il faut considérer comme de simples pions dans la marche inébranlable de votre avatar principal. Il est même possible d’engager des mercenaires qui réclameront leur part du butin à chaque combat en échange d’un succès retentissant… ou d’une vie perdue sur un malheureux coup de dé. On notera également l’inflexibilité des développeurs qui n’ont, pour le moment, pas prévu d’accorder le répit d’une sauvegarde manuelle, lui préférant la brutalité d’un autosave impitoyable.
L’avantage de ce monde rude, c’est qu’il est tout à fait possible d’imposer cette violence à vos adversaires. Ainsi, un groupe de brigands ne représentera plus vraiment un grand danger une fois tous leurs bras découpés. C’est en revanche plus compliqué lorsque le fruit de vos ardeurs arbore une forme totalement inorthodoxe, où il devient difficile de savoir où trancher. Cela donne des combats qui peuvent s’avérer aussi bien triviaux que cauchemardesques, surtout lorsque l’aléatoire n’est pas de votre côté.
En somme, Entropy pose une base plus que valide pour entamer une belle histoire d’amour. On y retrouve tout ce qui nous était promis : des terres dévastées par la mort et les démons, un pessimisme à toute épreuve et l’espoir d’allumer un jour le grand feu de joie qui emportera le reste des miséreux de ce bas monde. Qu’on ne s’y trompe pas, le titre comporte encore un certain nombre de petits bugs visuels sans gravité et quelques soucis de hitbox ici et là. Il n’en reste pas moins qu’on vous recommande vivement d’y passer une tête.
S’il demeure encore difficile d’évaluer la qualité globale de l’écriture sur cette version préliminaire, pourtant essentielle dans un titre du genre, la maîtrise démontrée sur Dread Delusion laisse peu de place au doute pour la suite.

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