Une année après la sortie du remake Metal Gear Solid Delta: Snake Eater, Konami met une fois encore un coup de projecteur sur le passé de la saga. La Master Collection vol.2 (arrivée en août dernier) permet de (re)découvrir Metal Gear Solid 4: Guns of the Patriots, qui n’est ressorti depuis sa parution initiale sur PS3, et de l’épisode PSP Peace Walker, sans oublier l’opus Game Boy Color, Ghost Babel. Une initiative appréciable qui aura l’unique ambition de rafraîchir la légende de ces titres.
(Test de Metal Gear Solid Master Collection Vol.2 réalisé sur PS5 à partir d’une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Monde gris, héros troublés
Les héros de nos deux titres ont des similarités. Et cette ressemblance n’est pas que physique. Le Big Boss de Peace Walker apparaît fragilisé. Un état qui découle tout droit des événements survenus dans Metal Gear Solid 3. Solid Snake (ou plutôt Old Snake), lui, dans Guns of Patriots, est vieux et désabusé. Chez les deux protagonistes, la dépression l’emporte. Mais, au-delà de tourments intérieurs et intimes, tous les deux ont été pensés avec une autre idée : ils sont à l’image d’un monde empli d’incertitudes.
Une humanité perdue dans la conquête technologique et les jeux de pouvoir, des guerres banalisées ou encore la menace d’une apocalypse nucléaire… tels sont les quelques thèmes explorés par les deux jeux et, plus généralement, par la série entière alors portée par Hideo Kojima. Ce qui fait une recette parfaite pour des récits flirtant entre plusieurs genres, allant du thriller à la science-fiction en passant par l’uchronie. Des affiliations qui se retrouvent même dans des références parfois explicites.
Dans Metal Gear Solid, le monde dépeint y est donc cynique, mais non pas dénué d’espoir, aussi mince et fragile soit-il. Les personnages de Snake justement constituent cette éventualité. Leurs actions et sacrifices visent à modifier le destin. Et en cela, il y a une dimension presque tragique, voire christique. Ce n’est certes que spéculations, mais au vu de la place qui leur est accordée (Big Boss revêtant des allures de prophète dans Peace Walker), il est difficile de ne pas faire le parallèle.
L’art de raconter avant tout
Dans les aventures que nous sommes amenés à parcourir, cette vision n’est cependant abordée qu’en creux. De manière plus frontale, les jeux touchent des sujets bien plus sensibles. Par exemple, Peace Walker (qui place sa trame dans les années 70) centre plutôt sa narration sur la notion de traumatisme et de responsabilité. Une orientation qui permet de convoquer Metal Gear Solid 3, à travers les réminiscences de The Boss. Cela fait partie du propos, mais les rappels sont bien trop nombreux, au point que l’on se demande si c’était bien nécessaire. En fin de compte, Peace Walker parle d’affranchissement mais se retrouve lui-même quelque peu prisonnier.

Pour la grandeur et la démesure, c’est du côté de son aîné qu’il faut se tourner. Bien sûr, les moyens mis à disposition étaient d’un autre niveau. Et avec la PS3, Kojima a pu pousser son appétence pour le cinéma à fond. Ce qui n’est pas toujours judicieux. Il y a certes des moments bien sentis, mais la longueur et la densité peuvent réellement rebuter. Surtout que, par moments, face à une tonalité pompeuse, on finit par se questionner quant à la teneur des propos échangés où on peut voir, tour à tour, de la clairvoyance, du génie et des inepties.
La légende rattrapée par le temps ?
Pour ces points-là, MGS 4 s’avère réellement frustrant. Le gameplay est sans cesse retenu, enserré dans une espèce de gangue cinématographique. Mais, quand on prend enfin la main, le jeu arrive à immerger son joueur. Son ambiance est suffisamment qualitative pour occulter les quelques défauts de maniabilité. Un aspect qui souligne assez bien l’âge du jeu.
Et ces aspérités sont d’autant plus visibles dans Peace Walker, ce qui est normal au vu de son statut de portage de jeu PSP. Toutefois, comme l’autre titre précédemment cité, il bénéficie d’un lissage HD. Le résultat est correct, le jeu a bien été adapté pour l’écran de télévision. Même s’il est vrai qu’il n’atteint pas le niveau visuel de son compagnon PS3. Mais, en tant qu’expérience de jeu, ce qu’il offre est bien moins dilué. On assiste à un retour vers un certain classicisme, bien qu’assez relatif.
Pour cause, la proposition de Peace Walker est grandement adaptée à son format de l’époque. Il se découpe en missions dans lesquelles on avance de secteur en secteur, sans se faire remarquer – le principe même de l’infiltration. Le problème qu’on éprouve avec cela, c’est probablement le manque de challenge. Le jeu est relativement abordable, si l’on excepte les phases d’action où il existe une réelle rigidité dans les tirs partagée par MGS4.
En substance, et à quelques exceptions près (dont le système de gestion d’équipe), l’épisode PSP est rapproché dans un certain sens de Ghost Babel, disponible en tant que titre bonus. Ce dernier reprend le même principe que les Metal Gear classiques parus sur NES et MSX2. C’est sympa, mais il n’a pas la même ampleur que les deux autres. Et surtout, il n’a pas le même traitement : jouer à un titre Game Boy sur écran n’est pas forcément des plus agréables.
Metal Gear Solid Master Collection vol.2 atteint l’objectif pour lequel il a été pensé : se rappeler au bon souvenir des joueurs. Il le fait bien, mais avec sobriété et sans véritable amélioration. Finalement, cette compilation n’a qu’une finalité de conservation. Et on ne va pas forcément s’en plaindre. Peace Walker et Guns of the Patriots méritaient certainement une arrivée sur des supports plus modernes. En revanche, en termes de contenu, le discours peut être un peu différent.
Quand on compare avec le premier volume d’octobre 2023, on se sent évidemment un peu moins gâté. Certes les morceaux proposés sont de taille mais n’y avait-il pas une place supplémentaire pour un Portable Ops, par exemple ? D’autant que ce dernier à légitimement sa place dans la chronologie de la série. Ce qui pose une question : comment Konami compose sa compilation ? Toujours est-il qu’il reste encore suffisamment de titres pour les exploiter pour un nouveau volume comme le Portable Ops tout juste cité, le spin-off Metal Gear Revengeance ou encore la gamme des deux Metal Gear Acid… Il y a le choix.


