Seulement 8 mois après sa sortie initiale, Crimson Desert propose sa première extension majeure. Un contenu qui s’adresse d’un côté aux rares joueurs (d’après les stats Steam) à avoir terminé la colossale quête principale du jeu de base, en offrant des épilogues aux 3 personnages jouables de l’aventure. De l’autre, il propose des ajouts annexes de taille, disponibles rapidement sans avoir besoin d’engloutir une centaine d’heures dans l’histoire.
Deux portes d’entrée pour un DLC qui se livre à deux chantiers : étoffer la narration et l’attachement des joueurs à ses personnages, tout en gonflant les possibilités d’un jeu déjà plein à craquer de systèmes et de fonctionnalités.
Est-ce-que le pari est tenu ? Et bien à l’image du jeu de base, la réponse n’est pas si évidente que ça et dépendra de votre sensibilité à la proposition de Pearl Abyss, axée sur le gigantisme plutôt que sur une boucle de gameplay précise. En tout cas, la générosité fait partie des adjectifs que l’on peut accoler à ce contenu, tant il a envie de nous faire rêver. Mais rêver ne fait pas tout et côté technique, les ambitions sont vite rattrapées par la réalité.
(Test de Crimson Desert : Charting the Unknown réalisé sur PS5 en mode équilibré à partir d’une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Une valse à 3 temps qui s’offre peu de temps
Si il y a bien une chose qu’il était possible de reprocher à Crimson Desert à sa sortie, c’était son histoire principale quelque peu décousue (pour ne pas dire carrément absente). On avait face à nous un manque abyssal de profondeur et de narration, causé par un développement chaotique et une réécriture de dernière minute, de l’aveu même des développeurs.
Entre temps, la mise à jour 2.0 sous-titrée « Enhanced » a complètement revu la copie, intégrant ça et là des cinématiques, dialogues et même phases de gameplay inédites pour donner au tout une nouvelle envergure. Charting the Unknown est tout simplement la suite logique de ce travail de réécriture. L’équipe en charge de « Enhanced » est encore une fois aux commandes et s’intéresse enfin aux personnages de Damiane et Oongka, souvent laissés pour compte dans l’histoire originale au profit de Kliff.
Sans rien réinventer, ces 3 aventures additionnelles témoignent du même effort d’écriture et de mise en scène que la mise à jour 2.0, et permettent d’approfondir la personnalité de nos têtes d’affiche. Il est agréable de pouvoir enfin s’intéresser aux deux autres comparses, mais leurs histoires ne volent pas très haut. On reste loin d’une écriture révolutionnaire, et ces épilogues vont demander d’accomplir des tâches souvent déjà effectuées par le passé, sans grande surprise.
La plupart des quêtes nous emmèneront en effet dans des recoins connus, avec des visages déjà croisés. C’est une petite déception à ce niveau. Cependant quelques surprises, affrontements inédits (et impressionnants) et nouvelles zones viennent réveiller un poil l’intérêt et attiser la curiosité au cours de ces 3 périples beaucoup plus condensés que la quête principale. Mais si le continent en lui-même n’a pas tant changé, c’est parce que la véritable aventure vous attend sur l’océan.
Une extension qui voit large…
Rien qu’avec son titre, Charting the Unknown précise que sa véritable promesse n’est pas tant dans sa trame que dans son envie d’offrir au joueur la possibilité d’explorer l’inconnu. Et il suffit d’ouvrir la carte du jeu et de dézoomer au maximum pour se prendre une première claque. Le terrain de jeu de base (qui était déjà démesuré) se retrouve presque multiplié par 4, avec l’ajout d’océans gigantesques au sud et à l’est de pywel.
Alors oui, c’est surtout beaucoup d’eau, avec quelques îles plus ou moins grandes éparpillées à l’horizon. Ce nouveau territoire à explorer est bien moins dense que les régions de Hernand et Déméniss où l’on pouvait se perdre pendant des centaines d’heures. Mais pour autant, l’ajout n’en reste pas moins impressionnant et promet de vraies sensations d’aventure et de découverte. Car en plus des îles évoquées, c’est aussi l’ensemble des fonds marins qui sont accessibles.
Entre temples perdus, épaves de bateaux et monstres aquatiques à chasser (ou monter !), le jeu ajoute ainsi toute une nouvelle dimension. La plongée reste agréable et les environnements foisonnent de détails. Mais il faut reconnaître que sur la totalité de la map sous-marine, seuls quelques endroits méritent le détour et on retrouve un peu de copié-collé d’épaves et de ruines dans le lot.
L’autre grosse nouveauté, et sûrement l’attrait majeur de cette extension, nous attend non pas sous l’eau mais à sa surface. Il est désormais possible de construire différents types de bateaux, de gérer leur équipage et de prendre les commandes d’un navire pour explorer les océans. Bien entendu, il faudra faire parler la poudre face à des pirates dans des combats navals explosifs.
Niveau gameplay, il s’agit tout simplement d’une version simplifiée de ce qu’on retrouve dans Black Flag. Il faut diriger son bateau en prenant en compte le vent, faire tirer ses canons en orientant ses flancs droit ou gauche face à l’ennemi, et récupérer du butin. Rien de révolutionnaire, mais cela suffit à enrichir l’expérience originale de façon amusante et à donner des sensations de liberté grisantes, surtout lorsque l’on navigue aux sons des différentes orchestrations épiques qui viennent étoffer l’OST.
Lorsque l’on mélange les différentes mécaniques offertes par le jeu original à ces nouveautés (vol de dragon, courir sur l’eau, mécha…), on se rend compte qu’il est possible d’expérimenter et de vraiment laisser libre cours à son imagination, quitte à sacrifier le challenge sur l’autel du fun pur et dur. Quelques beaux moments de gameplay émergent peuvent ainsi voir le jour, mais ça, c’est quand le jeu daigne fonctionner correctement !
…mais qui prend parfois l’eau
À l’heure de ce test, et alors que plusieurs patchs correctifs ont déjà été déployés, tout cet aspect maritime du jeu souffre de soucis qui viennent nuire à l’expérience, voire la rendre injouable. À partir du moment où vous mettez les pieds dans l’eau ou sur le pont de votre bateau, les ralentissements sont légions. Lors des batailles navales, il est rare de dépasser les 15 fps et de pouvoir lire clairement l’action.
En plus de cela, nous ne comptons plus les bugs de collisions et autres problèmes techniques : animation manquante à la barre du navire, équipage qui se téléporte ou répète la même phrase en boucle, personnage qui se retrouve à nager alors qu’il est sur la terre ferme… Et c’est sans compter les 4 ou 5 crashs du jeu qui nous ont ramené sur le menu de notre ps5.
Après les très nombreuses corrections apportées au jeu de base, nous avons toute confiance en Pearl Abyss pour corriger rapidement le tir, et sur les dernières sessions de test, la fluidité du gameplay en mer était enfin améliorée. Mais en l’état à la sortie, il était difficile de profiter de toute cette partie maritime sur console, qui est pourtant l’attrait principal de Charting the Unknown. L’extension méritait de prendre un peu plus son temps au port avant de sortir en mer, mais les mastodontes de ce mois de novembre ont sûrement pesé dans la balance.
Du Désert jusqu’à plus soif
À défaut de prendre son pied (marin) sur les océans de façon confortable, la terre ferme offre son lot de nouveautés, dont une refonte du système d’interactions sociales. Il est désormais possible de parler avec les pnj en choisissant différents sujets de conversation. Ne vous attendez pas à beaucoup de dialogues, ce système sert juste à varier les possibilités de monter votre jauge de confiance, qui une fois remplie donnera accès à des options de romance.
Vous pourrez ainsi épouser la plupart des PNJ croisés, ce qui vous permettra de retrouver votre moitié dans votre camp ou bien de l’avoir comme compagnon dans vos pérégrinations. Les cinq sorcières du jeu bénéficient même de petites quêtes dédiées si l’envie vous prend de les courtiser.
Vous pourrez aussi assigner vos crinières grises à différents commerces, qu’il sera possible de gérer, aménager et développer au fil du temps. Une petite boucle de gestion attrayante pour qui souhaite s’impliquer dans ces business. Pearl Abyss arrive d’ailleurs à relier un minimum les systèmes de jeu entre eux : développer ses commerces permet de débloquer des éléments cosmétiques, des armes et des compétences pour l’exploration, tandis que les trésors sous-marins récupérés peuvent donner lieu à de nouvelles recettes d’artisanat pour enjoliver ses aménagements.
D’ailleurs, le housing passe également au niveau supérieur. Si l’on devait se contenter d’une simple maison auparavant, il est maintenant possible d’acquérir plus d’une dizaine de résidences et autres châteaux, et de les personnaliser de A à Z façon Sims. C’est très secondaire encore un fois, mais les amateurs de décoration y trouveront largement leur compte.
En conclusion, Charting the Unknown est à l’image du Crimson Desert que nous avons connu à sa sortie en mars : riche en systèmes, généreux en contenu, mais inégal dans ses nombreuses facettes et mal optimisé. Très oubliable dans son contenu narratif, il se révèle beaucoup plus intéressant dans sa promesse maritime et dans ses nouveaux systèmes secondaires. Si vous avez aimé la proposition originale de Pearl Abyss, nul doute que les prétextes donnés ici pour retourner en Pywel vous suffiront pour replonger pour de longues heures. Cependant, si vous trouviez Crimson Desert indigeste, ce n’est pas ce DLC qui viendra vous faire changer d’avis. L’exploit de proposer autant de choses en si peu de temps, pour une somme tout à fait correcte, reste à saluer. Mais quand on constate l’aspect technique à la sortie, il est dommage de donner aux joueurs l’impression de poser les mains sur une early access. Les plus patients auront raison d’attendre et profiteront certainement d’une aventure plus agréable.


