Il fût un temps où le Steam Next Fest représentait le sanctuaire de la créativité où les curieux venaient dénicher les chefs-d’œuvre de demain, il a depuis bien changé de visage. L’édition d’octobre 2026 atteint un volume étourdissant de démos, certes, mais l’enthousiasme laisse place à la désillusion : submergé par des titres générés ou assemblés à la chaîne par la sainte IA, l’événement est en train de perdre sa vocation première, celle de tremplin pour la scène indépendante.
Slop Next Fest
Trouver une proposition originale est désormais presque impossible. La démocratisation des outils de génération accélérée (visuels, dialogues automatisés, code modulaire) permet à des créateurs sans foi ni loi d’inonder la plateforme de démos montées en quelques semaines.
Là où l’on pourrait fêter l’essor de la créativité, on ne peut que pleurer face à la démultiplications du « travail » de personnes sans foi ni loi capable de générer des démos à la chaîne. Face à un catalogue saturé, le joueur ne s’y retrouve plus. Les véritables petites équipes, qui peaufinent un univers ou une boucle de gameplay originale pendant des années, se retrouvent reléguées dans les tréfonds de la vitrine de Valve, invisibilisées par le bruit ambiant.
7233, c’est le nombre de démos accessible à l’explorateur qui déambule sans filtre dans les étagères de la grande librairie de Valve à la recherche du prochain best seller. Plus de la moitié utilisent une image à la une générée par IA ne reflétant absolument pas le contenu déplorable du titre en question.
Pire encore que le manque d’exposition, c’est le pillage technologique qui menace désormais les créateurs. L’essor combiné de l’IA générative et des outils de décompilation automatisée permet aujourd’hui de disséquer un projet, d’extraire sa logique et de produire un clone fonctionnel en quelques jours. Publier sa démo steam engage maintenant plus de risque que de ne pas le faire.
Le risque est devenu si tangible que plusieurs studios préfèrent désormais déserter le terrain public. Récemment, Digital Sun (Moonlighter) a annulé le playtest public massif de ReVamp pour se replier sur un Discord privé. Même constat pour Alliance Arts et Who You, qui ont retiré la démo de Drunken Goddess Reflux par peur explicite de voir leur proposition pillée et commercialisée avant même le lancement officiel. Pour ces développeurs, offrir une démo ouverte équivaut aujourd’hui à livrer les plans de leur maison aux cambrioleurs.
Repartir de zéro
Le Next Fest doit définitivement se réinventer. D’un côté, la surproduction assistée par IA noie les projets sincères, de l’autre, la peur du rétro engineering pousse certains studios à fermer leurs portes et à imposer des accords de confidentialité stricts.
En se privant d’accès public par mesure de sécurité, les studios perdent les précieuses wishlists nécessaires à leur survie. Les acteurs du secteur interpellent désormais directement Valve : sans un filtrage strict, une vraie politique de curation et des protections efficaces contre le pillage par IA, le modèle de découverte qu’était le Steam Next Fest risque de disparaître au profit d’un supermarché de contrefaçons jetables.
Nous vous urgeons de vous battre autant que possible face à ce fléau, il ne reste plus qu’à découvrir de nouveaux canaux de découverte pour les plus curieux d’entre nous…

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