Ce n’est un secret pour personne : la boutique Steam fait face à une transformation inquiétante. L’émergence des outils d’intelligence artificielle générative a considérablement abaissé la barrière à l’entrée pour le développement de jeux vidéo. Si cela permet à de vrais créateurs indépendants de concrétiser leurs idées, cela a surtout ouvert les vannes à une marée de shovelware (jeux poubelles) et d’arnaques low-cost.
Conçus à la va-vite à l’aide d’assets visuels et de lignes de code générés par IA, ces titres visent un objectif unique : piéger l’algorithme de Valve et vider le portefeuille des joueurs inattentifs avant de disparaître. Pour maximiser leurs chances, ces développeurs opportunistes ciblent les genres les plus populaires du moment.
Actuellement, la cible idéale est le friendslop, un terme familier désignant ces jeux coopératifs chaotiques, souvent peu fignolés, mais calibrés pour être de vraie expérience entre amis ou diffusées par des streamers en quête de réactions exagérées. Le modèle économique repose entièrement sur l’achat impulsif : on ne cherche pas un chef-d’œuvre, juste quelques soirées de rire à bas coût. Les arnaques à l’IA s’engouffrent massivement dans cette brèche, car le public y est historiquement moins exigeant sur la profondeur des mécaniques ou la cohérence artistique.
Clay Clinic, l’exemple peu discret
L’un des exemples le plus flagrant de cette dérive semble être Clay Clinic, dont nous découvrons le trailer avec des yeux écarquillés. Le titre tente de surfer de manière éhontée sur la tendance des simulations coopératives déjantées comme on en a déjà vu dans des titres comme RV There Yet? ou Lethal Company.
Surtout qu’en apparence, le concept et l’esthétique a tout pour plaire : soigner des patients en pâte à modeler jusqu’à six joueurs dans un chaos total et un humour assez grotesque et grossier pour rigoler un bon coup. Pourtant, derrière la promesse d’un énième « jeu à streamer », les ficelles sont grossières. L’esthétique « argile », loin d’être le fruit d’un travail d’animation artisanal et minutieux, sert ici de couverture parfaite pour masquer des textures et des modèles 3D générés par IA.
Le titre coche toutes les cases du parfait produit d’appel : une page Steam tape-à-l’œil, des promesses de fun immédiat, et une intégration des tags les plus recherchés du moment. Il ne s’agit plus de créer une expérience ludique, mais d’optimiser un produit financier pour capter l’attention lors des Steam Next Fest ou via les recommandations automatiques de la plateforme. Parfois même, comme ça a l’air d’être le cas ici, tenter de générer de l’engouement autour d’un trailer sans même prévoir de présentation gameplay.
Face à cette saturation, Valve a imposé des clauses de transparence sur l’usage de l’IA, mais cela ne suffit pas à endiguer le flux. Pour les joueurs, la vigilance est devenue obligatoire. Avant de succomber à l’appel d’un jeu coopératif à l’allure sympathique, analyser froidement les bandes-annonces, vérifier l’historique du studio et attendre les premiers retours de la communauté reste le seul moyen de ne pas financer ce vide artistique industriel.
Il est tout à fait possible que nous nous trompions, auquel cas Clay Clinic serait juste un titre franchement mal mis en avant, mais on a peu de scrupule envers ce genre de canaille. D’autant plus que ces escrocs tapent dans le marché phare d’une partie des développeurs indépendant dont le seul objectif est de survivre, peut-être que si Peak n’avait pas réussi à percer à cause de ce genre d’arnaques, Aggro Crab aurait coulé…

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