Porte-étendard d’un cinéma d’horreur qui a su se renouveler au début des années 2000 avec un excellent premier opus signé James Wan, la saga Saw portée par la société de production Lionsgate Films, est peu à peu tombée dans le piège de la suite facile pour ne devenir qu’une vitrine du torture porn. Après deux adaptations plutôt maladroites et oubliables en 2009 et 2010 développées par feu Zombie Studios, la licence horrifique reviendra dans Saw: Genesis, un opus prenant la forme d’un jeu multijoueur asymétrique où les joueurs pourront incarner les victimes ou l’aîné du Tueur au puzzle.
A l’occasion de la Gamescom 2026, le jeu de Broken Mirrors Game et Anshar Studios s’est laissé approcher. Potentiel retour à la peur garanti ? Ou simple copie d’une recette et d’une saga qui commence sérieusement à s’essouffler ?
I want to play a game
Nous le savions déjà, Saw: Genesis installera sa boucherie en plein milieu des années 1920. En toute logique, John Kramer, alias Jigsaw, n’est pas encore de ce monde. En lieu et place du Tueur au Puzzle nous retrouverons le Juge : une sorte de justicier ayant enfermé 3 personnes dans un orphelinat. Les 3 victimes du Juge devront s’adonner aux jeux malsains et potentiellement mortels de leur bourreau pour espérer s’en sortir (presque) indemnes. Tout comme Kramer dans la saga cinématographique, le Juge choisit des personnes qui, d’après son mantra, gâchent leur vie et espère que le jeu leur fera prendre conscience de ce gaspillage.
Nous incarnerons donc au choix l’une d’une victime ou le Juge. En jouant l’un des survivants, nous devrons résoudre tout un tas d’énigmes pour espérer sortir des différentes pièces qui constituent notre prison. Notre parcours sera ponctué de pièges déposés par le Juge. Certains d’entre eux pourront être désactivés ou esquivés, mais une grosse partie d’entre eux demanderont à nos protagonistes de donner de leur personne en se perforant un bras ou en s’arrachant un oeil dans la plus pure tradition Saw. Les différents dommages occasionnés au personnage auront un impact sur le gameplay : vision, vitesse de déplacement… Et parfois, un piège pourra tuer l’un des participants de cet escape game morbide.
Le temps sera également une donnée importante à prendre en compte. En effet, si les énigmes ne sont pas résolues dans un temps imparti, les pièges présents sur nos têtes s’allumeront et feront exploser nos boîtes crâniennes.
Côté Juge, notre rôle consistera à placer des pièges à certains endroits pour empêcher les victimes de progresser normalement. Le bourreau pourra suivre en temps réel l’avancement des participants et pourra donc changer ou modifier l’emplacement des pièges. Toutefois, si l’un des protagonistes aperçoit le Juge en train de fureter dans les pièces, ils pourront tenter de l’arrêter à l’aide d’une arme de fortune qu’ils auront trouvée sur le terrain. Pour empêcher quiconque de le toucher, le Juge pourra faire intervenir un sbire qui freinera l’avancée des joueurs ou tentera de les tuer.
Coller à l’air du temps tout en décontruisant une mythologie…
Dead by Deadlight, Vendredi 13, Massacre à la tronçonneuse… Les expériences d’horreur en multijoueur asymétrique commencent à être légion sur le marché et, assez souvent, le résultat n’est guère à la hauteur des espérances. Le seul jeu qui arrive parfaitement à combiner multijoueur, génération procédurale, horreur et vraie frousse est encore aujourd’hui Outlast Trials. Alors quid de Saw: Genesis ? Au vu de ce qui a été proposé à la Gamescom, les craintes sont bel et bien présentes.
La principale inquiétude concere le rapport du jeu à la mythologie développée dans les films. Dans Saw: Genesis, nous allons découvrir que John Kramer est en fait un copycat d’un vétéran de la Première Guerre mondiale. De plus, l’héritage morbide des Tueurs au Puzzle semble s’étendre jusqu’au XIXe siècle. Pourquoi ne pas avoir fait le choix de situer l’action du jeu après ou pendant les films de la saga, toujours avec un copycat aux commandes du jeu (comme dans Spirale par exemple) ? Ici, les développeurs n’arriveront qu’à un seul résultat : saper l’aura d’un personnage qui aura réussi à s’inscrire dans l’imaginaire collectif des fans de cinéma d’horreur en le transformant en vulgaire copieur. John Kramer est aujourd’hui un héritier des boogeymen tels que Jason, Freddy ou Pinhead, et ce n’est pas sa marionnette Billy qui nous fera mentir.
Côté gameplay et identité, le poids d’Outlast Trials pèse lourdement sur les épaules de Saw: Genesis. L’ambiance poisseuse, sale, glauque, sombre et métallique teintée de noir et de vert, ressemble comme deux gouttes d’eau aux installations de Murkoff. Enfin, la personnalisation des personnages avec des tenues hors sujet, l’impact de l’environnement et le sentiment de participer à un jeu malsain et voyeuriste finissent de compléter la comparaison avec Outlast Trials.
Espérons que les développeurs iront plus loin dans l’horreur et arriveront à créer une expérience plus proche de la saga, sans singer les succès de ces dernières années.

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