En 2019 sortait The Sinking City. Développé par Frogwares, le jeu était une déambulation hallucinée dans l’univers de H.P. Lovecraft dans lequel était implémenté bon nombre de mécaniques de gameplay issues de leur licence Sherlock Holmes. Plus jeu d’investigation horrifique que jeu d’action, le premier opus avait un charme certain mais discret trop souvent plombé par une mauvaise optimisation graphique et une baisse de rythme dans l’exploration du monde ouvert.
En 2026, le studio remet le couvert avec une toute nouvelle histoire. The Sinking City 2 se veut plus une suite spirituelle qu’une véritable séquelle : nouveau protagoniste, nouvelle ville recouverte par les eaux et réorientation de sa boucle de gameplay, le jeu se veut plus ambitieux que son aîné. Mais entre toutes les propositions disponibles depuis peu et qui plongent tête la première dans l’imaginaire du maître de Providence (The Mound, Cthulhu: The Cosmic Abyss…), The Sinking City 2 propose-t-il quelque chose en plus ? L’oeuvre de Lovecraft a-t-elle trouvé une digne adaptation ?
(Test de The Sinking City 2 réalisé sur PlayStation 5 à partir d’une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Orphée au pays de Lovecraft
La fin canon du premier opus ne laissant aucun doute quant à l’avenir du héros, The Sinking City 2 suit les pérégrinations humides de Calvin Rafferty et de sa compagne Faye. Tous deux sont passionnés par l’oculte et les mythes entourant la ville d’Arkham. Alors que les amants viennent de mettre la main sur un grimoire promettant puissance et immortalité à quiconque parcourra ses pages, le couple se rend bien vite compte de l’entourloupe et que des forces obscures sont à l’oeuvre, laissant Faye dans un coma sans fin et Calvin avec un puissant sentiment de culpabilité. Notre protagoniste du jour va donc explorer la ville d’Arkham dans ses moindres recoins pour trouver un moyen de retrouver sa bien-aimée.
Un livre interdit ? Une longue descente aux enfers dans l’espoir de retrouver l’élue de son coeur ? Une ville infestée par les rejetons des Grands Anciens ? The Sinking City 2 est un savoureux melting-pot d’Evil Dead, de Silent Hill 2 et des écrits de Lovecraft. Savoureux dans le sens où l’on profite du jeu comme d’une bonne série B de science-fiction et d’horreur, car oui le jeu de Frogwares n’oublie pas son héritage horrifique et, sans pour autant côtoyer les cadors du genre, les aventures de Calvin Rafferty apportent une bonne dose de frayeur et de tension, quand l’action ne prend pas le dessus.
Des flingues, des tentacules et une inondation
Finies les enquêtes, ici Calvin préfère dialoguer et réfléchir avec ses armes et ses poings. Si le premier épisode se rapproche d’un Sherlock Holmes: The Awakened avec quelques échauffourées en plus, The Sinking City 2 propose quelque chose de plus proche du remake de Resident Evil 2. Quelques énigmes et puzzles viennent ponctuer notre avancée, rien d’insurmontable, mais la recherche des différents objets nous permettant d’avancer nous pousse à explorer encore plus en profondeur la ville d’Arkham. Certaines énigmes étant facultatives, notre exploration nous met souvent face à une interrogation et nous pousse donc à vouloir résoudre les mystères avant d’avancer.
Mais le gros morceau constitutif de The Sinking City 2 reste l’action. L’arsenal est limité (pistolet, fusil à pompe, lance-grenade…) mais les affrontements, eux, ne le sont pas. Très souvent, lors de notre exploration, des ennemis infectés par un parasite étrange mais aussi certains monstres complètement transformés par l’atmosphère de la ville, viendront nous chercher des noises. Malheureusement, le bestiaire lorgne trop proche du simple zombie et la patte Lovecraft ne se fait ressentir que lorsque nous affrontons un boss ou lorsque nous faisons face à une créature présente dans les hallucinations du héros.
Les affrontements et les résolutions d’énigmes se lient parfaitement à la boucle de gameplay et, bien que certains combats puissent paraître redondants, les échanges de coups de feu s’accompagnent tous d’une petite tension : auront-nous suffisamment de munition ? Le combat en cours ne risque-t-il pas de rameuter encore plus de créatures ? La fuite est-elle encore possible ?
Nous ne contrôlons pas un John Rambo ou un Dutch Shaefer, Calvin est maladroit et imprécis dans sa maîtrise des armes à feu ce qui rajoute une couche de tension et nous rend encore plus heureux quand nous avons la possibilité d’améliorer nos armes ou les caractéristiques du héros pour rendre moins tendue notre traversée d’Arkham.
Une copie imparfaite qui manque d’un peu de rythme
The Sinking City 2 n’est pas meilleur que son aîné, il est différent. Ce qu’il perd en jeu de déduction et d’enquête, il le gagne en intensité horrifique et en brutalité. Certains déploreront ce virage, de notre côté, nous sommes plutôt satisfaits de voir l’univers de Lovecraft se muer en une sorte de Resident Evil. Toutefois, certains manqués présents dans l’épisode de 2019 sont encore présents et, l’orientation empruntée par ce second opus, en amène d’autres.
De grosses lacunes graphiques sont encore à déplorer avec un lot de ralentissements et textures baveuses. Ce qui est bien dommage, sachant que les développeurs ont très bien géré la partie level design du jeu avec une impression de monde ouvert dominé par la folie et les Grands Anciens.
Enfin, vers la toute fin de notre parcours, nous avons ressenti une certaine baisse de rythme qu’il s’agisse du scénario, mais aussi de la mécanique action du titre qui commence un peu à s’essouffler une fois que nous avons la main sur tout l’arsenal disponible. Le jeu devient un peu trop simple et les légions d’ennemis présentes à l’écran casse un peu la dimension survival-horror du titre. Pas de quoi s’alarmer toutefois, The Sinking City 2 reste une très bonne expérience.
The Sinking City 2 nous a séduits. En prenant le risque de devenir un jeu d’action horrifique, la copie de Frogwares surprend dans le bon sens. L’ensemble est encore imparfait certes, mais le voyage dans la cité engloutie d’Arkham vaut le détour.
Le choix de faire de la licence une saga d’anthologie où chaque épisode est déconnecté de l’autre peut surprendre, mais permet d’explorer d’autres facettes de l’univers de Lovecraft en jeu vidéo et permet également aux développeurs d’expérimenter d’autres boucles de gameplay.


