Vous connaissez le refrain, bien trop familier quand on parle de Roblox : la plateforme est à nouveau sous le coup d’une enquête concernant la protection des enfants. Cette fois, c’est le Sénat américain qui monte au créneau. Dans une lettre cinglante adressée au PDG David Baszucki, les sénateurs Josh Hawley et Dick Durbin accusent l’entreprise de « privilégier les revenus et les métriques d’engagement au détriment de la sécurité et du bien-être des enfants ».
Face aux accusations, la défense habituelle
Les deux sénateurs dressent un bilan accablant, rappelant qu’au cours des dix dernières années, plusieurs individus ont été arrêtés pour avoir abusé d’enfants via Roblox (on parle de « grooming » mais aussi de viols, meurtres et kidnappings) alors que 40 % des utilisateurs ont moins de 13 ans.
Ils ajoutent dans leur lettre qu’au cours de l’année 2025, ce sont 65,381 signalements pour suspicion d’exploitation sexuelle qui ont été transmis à l’organisme américain de protection de l’enfance par la plateforme, soit deux fois plus qu’en 2024. La commission exige que Roblox fournisse ses données financières par tranche d’âge d’ici le 31 août, ainsi qu’un bilan détaillé de ses outils de modération.
Du côté de la direction, on tient la ligne. Matt Kauffman, responsable de la sécurité, a déclaré que la plateforme était « conçue pour être sécurisée ». Il ajoute même qu’il a « hâte de partager tous les éléments du dossier avec les sénateurs ». Une communication bien rodée qui sonne surtout comme un disque rayé, tant les casseroles s’accumulent…
Des centaines de plaintes
Cette nouvelle enquête ne fait que s’ajouter à la longue liste des procédures juridiques envers Roblox. Au total, dix États américains ont poursuivi l’entreprise ces dernières années. On se souvient de l’action intentée par la Louisiane en août 2025, quand la plateforme avait été qualifiée de « paradis pour les prédateurs ». En Alabama ou au Nevada, les procédures se sont soldées par des versements d’indemnités à plusieurs dizaines de millions de dollars.
En parallèle, plus de 170 plaintes individuelles de familles sont regroupées au niveau fédéral pour des faits d’agressions sexuelles sur mineurs. Roblox a parfois tenté d’imposer des arbitrages privés en huis clos pour régler ces affaires : une ligne de défense rejetée par les avocats des plaignants.
La multiplication des outils de modération et les annonces de fonctionnalités de vérification d’âge peinent à rassurer les familles. Rappelons que Baszucki avait déclaré voir les prédateurs comme des « opportunités » business… Du côté des investisseurs, la confiance semble elle aussi s’effriter, avec une chute de l’action en Bourse il y a une dizaine de jours.
Pourtant, malgré ce déferlement de procédures, d’affaires et de sanctions, la machine ne semble pas près de s’arrêter. Roblox continue de capitaliser sur l’engagement de ses (très) jeunes utilisateurs et déroule ses projets IA comme si de rien n’était. On ne peut pas s’empêcher d’imaginer que la plateforme a, cyniquement, intégré les scandales à ses coûts de fonctionnement.

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