Le studio français Kylotonn traverse la crise la plus grave de son histoire. Le 13 mai, ses 124 employé·es ont été informé·es d’un plan de sauvegarde de l’emploi prévoyant la suppression de 84 postes, soit 68 % des effectifs. Une annonce brutale, mais pas totalement surprenante pour un studio déjà en cessation de paiements et placé en redressement judiciaire depuis mars 2026 sur décision du tribunal de commerce de Lille.
Fondé en 2006 à Paris, Kylotonn est l’un des spécialistes français des jeux de sports mécaniques, notamment avec la licence WRC entre 2015 et 2022, avant de développer Test Drive Unlimited: Solar Crown. Racheté par Nacon en 2018, le studio paie aujourd’hui le prix d’années de difficultés financières et d’une gestion contestée par ses propres salarié·es.
Des années d’alertes ignorées
Dès le 6 mai, une quarantaine d’employé·es s’étaient mis·es en grève, et le Syndicat des Travailleurs et Travailleuses du Jeu Vidéo a appelé à une grève reconductible jusqu’au 11 mai. Les salarié·es dénoncent des années d’alertes ignorées : conditions de travail dégradées, désorganisation des productions et montages financiers entre filiales qui auraient vidé la trésorerie du studio au profit du groupe. Le syndicat accuse également Nacon d’avoir sabordé un projet prometteur en préproduction, annulé unilatéralement sans possibilité de le présenter à d’autres financeurs.
Les revendications sont claires : annulation de tous les licenciements tant qu’un plan solide pour l’avenir de l’entreprise n’est pas présenté, réactivation du projet annulé et révision des liens contractuels entre les deux entités. Mais derrière le plan social, le STJV dresse un tableau bien plus sombre de la situation interne. Le syndicat évoque des abus de biens sociaux de la part de la direction, certains avérés, d’autres fortement soupçonnés, ainsi que du harcèlement et des discriminations ayant entraîné des maladies professionnelles.
Les salarié·es rapportent également avoir été insulté·es par leur propre direction et dénoncent le retrait, à la demande de Nacon, de toutes les lignes de dialogue faisant référence à des relations homosexuelles dans Test Drive Unlimited, au prétexte d’éviter un potentiel review bombing. Le syndicat dénonce par ailleurs le fait que l’éditeur aurait déclaré ne plus vouloir confier de projets au studio pour une durée indéterminée, souhaitant conserver uniquement une équipe réduite pour continuer à exploiter le dernier Test Drive Unlimited avec une monétisation agressive.
L’amertume est d’autant plus grande que le retour de la licence WRC dans le giron de Nacon en 2025 aurait pu représenter une bouée de sauvetage. L’éditeur a finalement confié le futur WRC 27 à Grit Games, une nouvelle structure lyonnaise dirigée par d’ancien·nes salarié·es du studio. Le collectif ne figurait donc plus dans l’équation, malgré son expertise historique sur la licence.
Les difficultés du studio s’inscrivent dans un contexte plus large qui frappe durement le groupe Nacon et sa maison mère Bigben Interactive, eux aussi en redressement judiciaire. Dans leur sillage, Spiders et Nacon Tech ont déjà été liquidés fin avril, mettant un terme définitif à des années de travail de leurs salarié·es. Cyanide et Big Bad Wolf attendent encore leur sort.

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