Ces dernières semaines, tout semblait sourire à IO Interactive. Porté par l’excellent accueil critique et commercial réservé à 007 First Light, le studio danois, surtout connu pour sa licence Hitman, confirmait qu’il avait su livrer une relecture moderne et efficace du mythe James Bond au format jeu vidéo. Mais ce 30 juin, l’ambiance a brutalement changé. Dans un message publié sur X, IOI annonce la fin d’un partenariat autour de Project Fantasy, son mystérieux RPG fantastique.
« Une relation avec un partenaire externe sur notre propre licence, Project Fantasy, a pris fin. Cela signifie que nous devons nous adapter à cette nouvelle réalité et ses conséquences à court terme, y compris des décisions concernant nos effectifs. »
Un communiqué volontairement flou, qui ne cite jamais le nom du partenaire concerné. Pourtant, quelques heures plus tard, Bloomberg levait le voile : c’est bien Xbox qui a mis un terme au financement du projet.
De « License to Kill » à « To Kill a License » ?
Présenté en 2023, Project Fantasy représentait la première véritable nouvelle licence d’IO Interactive depuis longtemps. Après avoir consacré plus d’une décennie à Hitman puis à 007, le studio souhaitait enfin bâtir un univers entièrement inédit. les développeurs évoquaient un RPG fantastique pensé pour durer, capable d’évoluer sur plusieurs années, et inspiré par les livres-jeux Fighting Fantasy (« Les Défis Fantastiques » chez nous) et le jeu de rôle sur table.
La volonté était de créer un monde persistant et riche en possibilités avec ajout de contenu sur le long terme, formule que le studio affine avec succès depuis sa trilogie World of Assassination, qui combine les trois derniers opus d’Hitman en un seul grand jeu service.
En réalité, cette collaboration avec Xbox remontait encore plus loin. Dès 2021, plusieurs sources faisaient état d’un partenariat entre Microsoft et IO Interactive autour d’un RPG fantasy à thème draconique, destiné à renforcer le catalogue Xbox. Des documents révélés lors du procès opposant la FTC à Microsoft avaient ensuite confirmé que le projet devait bien sortir dans l’écosystème Xbox. Autrement dit, il ne s’agissait pas d’un accord récent, mais d’un partenariat de plusieurs années qui s’interrompt brutalement.
Un changement de stratégie chez Xbox plus qu’un problème chez IOI
Depuis plusieurs semaines, Xbox multiplie les restructurations internes et les rumeurs de réductions d’effectifs se succèdent. Plusieurs studios seraient concernés par cette vaste réorganisation destinée à recentrer les investissements après les acquisitions successives de Bethesda puis d’Activision Blizzard. Interrogé par Bloomberg, Microsoft livre la réponse la plus corporate possible et assure ne pas renier le secteur du jeu vidéo.
« Nous ne réduisons pas nos investissements globaux dans les jeux vidéo. Nous prévoyons d’investir à peu près autant dans les contenus que l’an dernier. Ce qui change, c’est la manière dont nous répartissons ces investissements et les types de projets que nous choisissons de soutenir. »
Ce recentrage s’inscrit dans un mouvement bien plus large et nettement moins feutré. Depuis le 10 juin, un message conjoint de la CEO d’Xbox Asha Sharma et du chief content officer Matt Booty évoque ouvertement un « reset » à venir pour la division. Depuis, les rumeurs s’accumulent : Double Fine et Ninja Theory chercheraient activement une porte de sortie, Compulsion Games serait sur la sellette, et même Arkane (le studio derrière Dishonored, actuellement sur Marvel’s Blade) figurerait parmi les cibles possibles d’une fermeture ou d’une cession.
Plusieurs sources évoquent une vague de licenciements généralisée débutant le 6 juillet. Project Fantasy n’est donc pas un accident isolé : c’est la première pièce visible d’un chantier de démolition budgétaire bien plus vaste chez Xbox, qui digère depuis des années des acquisitions à répétition sans jamais vraiment stabiliser sa stratégie éditoriale.
Un pan de l’avenir incertain pour un studio au sommet de son histoire récente
IO Interactive se veut rassurant : Project Fantasy continue d’exister. Reste que poursuivre un RPG triple A pensé pour vivre sur le long terme sans le soutien financier de Microsoft représente un défi colossal.
Le studio dispose certes aujourd’hui d’une position plus solide qu’il y a quelques années, notamment grâce au succès de 007 First Light. Mais financer seul un projet de cette ampleur paraît difficile. L’option la plus crédible consiste sans doute à trouver un autre éditeur ou partenaire capable de reprendre le flambeau. Cela pourrait néanmoins repousser considérablement le développement, voire conduire IOI à revoir ses ambitions à la baisse.
Cette actualité reste surtout une méchante piqûre de rappel sur la fragilité de l’industrie JV actuelle : même un succès critique et commercial ne protège plus un studio des changements de stratégie de ses financeurs et des risques de licenciements que cela implique pour ses employés.

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