[mise à jour du 04/09/2026, deux jours après publication]
Le projet de transformation pourrait finalement conduire à la suppression de jusqu’à 90 postes en France. Le studio parisien se recentrerait autour d’une ligne de production unique, avec les compétences nécessaires pour lancer de nouveaux projets avant la fin de la production en cours. Montréal, qui travaille sur un jeu narratif Netflix, ne serait a priori pas concerné par ces coupes.
Les premières réunions avec le CSE et la CSSCT se sont tenues le même jour. Oskar Guilbert parle de mesures « difficiles » et promet un accompagnement des collaborateur·rices touché·es. Un an après un premier plan social qui avait coûté près de 60 postes sur les 250 employés parisiens, et qui avait donné lieu à des journées de grève, Don’t Nod réitére le massacre.
Le communiqué du 4 septembre apporte aussi les chiffres du premier semestre 2026 : 6,1 millions d’euros de chiffre d’affaires (-14 %), un EBITDA en perte de -4,3 millions d’euros et des produits d’exploitation en chute de 56 % sur un an. La trésorerie s’établit à à 8 millions fin juillet, contre 15,4 millions fin 2025. Les coûts d’Aphelion et du Project P14 ne sont toujours pas capitalisés.
L’alerte des commissaires aux comptes se précise : sans financements externes, une incertitude significative pèse sur la continuité d’exploitation au-delà du 31 janvier 2027.
Ce premier septembre, Don’t Nod annonce un « projet de transformation » pour « sauvegarder sa compétitivité ». Derrière ce vocabulaire perfide : convocation du CSE le 3 septembre, négociations syndicales ouvertes, et consultation préalable à la mise en œuvre éventuelle d’un plan de sauvegarde de l’emploi. Les détails arriveront jeudi soir, après la clôture des marchés et le conseil d’administration. Les licenciements ne sont pas actés, mais le signal est clair pour un studio qui peine depuis quelque temps déjà, à tenir la distance financière.
« Transformation », aka cassez-vous les gueux
Don’t Nod invoque l’évolution des conditions économiques du secteur et la dégradation de ses indicateurs. En juin, les commissaires aux comptes alertaient sur une trésorerie qui pourrait s’épuiser dès novembre, et la direction cherchait déjà des financements depuis plusieurs mois. Au 7 avril, il restait environ 8,8 millions d’euros en caisse, contre 32,9 millions fin 2024. Tencent, actionnaire depuis 2021, a refusé tout nouvel apport ; des discussions avec d’autres acteurs du secteur n’ont, pour l’instant, abouti à aucun accord structuré.
Le groupe évoquait alors plusieurs leviers (financements, gestion de la trésorerie et optimisation des coûts), et le Project P14, en développement, cherchait un soutien financier ; les plans auraient déjà été revus à la baisse. Ce n’est pas la première fois : en octobre 2024, un plan de réorganisation visait jusqu’à 69 postes à Paris, avant que le syndicat ne fasse baisser la note. Le studio de Montréal avait déjà été touché par des coupes il y a environ un an. Don’t Nod cumule les restructurations sans retrouver de marge de manœuvre durable.
Sorti fin avril, Aphelion n’a pas réussi à trouver un public, et les scores Metacritic restent moyens ; beaucoup de rédactions n’ont même pas couvert le titre. Pour un éditeur qui mise sur l’autoproduction de ses IP, une sortie aussi invisible ne compense pas des années de développement ni les charges qui s’accumulent entre deux jeux, d’autant que Lost Records: Bloom & Rage avait déjà déçu commercialement, et qu’Aphelion a coûté 8,5 millions d’euros sans même être capitalisé au bilan.
Le 3 septembre dira combien de postes sont visés, quelle forme prendra cette « refonte du modèle opérationnel » et si Don’t Nod peut encore produire à l’échelle d’avant. Et surtout, s’il peut un jour retrouver sa place de choix dans le paysage du jeu narratif.

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