Après la première saga très discutée de Paul W.S. Anderson et le détesté Welcome to Raccoon City, c’est au tour de Zach Cregger de se lancer dans l’exercice de la transposition. Un réalisateur qui s’est imposé ces dernières années dans le cinéma de genre avec des productions plaisantes : Barbare, Évanouis (Weapons)… Au regard de ces noms, on était donc en droit de s’attendre à un film enfin à la hauteur de la légende née en 1996 sous l’égide de Capcom. Et le résultat est plutôt bon dans l’ensemble : le Resident Evil de 2026 se révèle être une véritable lettre d’amour à la saga vidéoludique. Mais il ne sera probablement pas au goût de tous…
Transformer l’essai
L’annonce d’une adaptation par Zach Cregger laissait songeur. Cependant, ce qu’il avait façonné avec ses deux premiers films révélait un certain sens de la mise en scène horrifique. Ils donnaient le ton : avec Cregger, ce n’est pas à une peur putassière qu’il fallait s’attendre, mais à une atmosphère travaillée (par l’exploitation des silences notamment) dans le but de conduire le spectateur à l’angoisse. Et dans ce Resident Evil, ce savoir-faire est heureusement mis à contribution.
D’abord, le réalisateur a eu l’intelligence de ne pas convoquer des personnages cultes de la série, mais d’en créer un tout à fait nouveau avec qui on entrera progressivement dans un Raccoon City désolé et couvert de neige. Un choix éminemment symbolique, car avec le pauvre Bryan (interprété par le prometteur Austin Abrams), c’est également l’univers qui est légèrement remodelé.

Le metteur en scène maîtrise les codes et montre son admiration pour la licence par l’utilisation constante de références. Mais loin de les exploiter gratuitement pour raviver des souvenirs ou flatter le joueur, ces dernières s’inscrivent parfaitement dans la diégèse.
Une comédie d’horreur, vraiment ?
Ce qui achève de convaincre dans ce qui nous est donné à voir, c’est la structure de l’œuvre : il y a là une réelle progression. La tradition est d’une certaine manière respectée. Le mal est découvert, le protagoniste y fait face et acquiert au fil du périple les armes nécessaires à sa survie. Pistolet, fusil de chasse ou fusil d’assaut… Tout l’arsenal classique est conservé et, évidemment, comme l’exige le survival, les munitions sont régulièrement comptées par notre personnage.
Mais, au-delà de la simple reproduction, Resident Evil semble avoir été pensée comme un pastiche. Il ne fait pas que montrer des choses familières, il en fait également le commentaire au travers de scènes humoristiques. Cela peut toucher tout le système de cadenas très présent dans les jeux depuis le quatrième opus ou encore l’élément essentiel de la franchise : le fameux objet « clé » auprès duquel on court sans cesse dans les jeux. Et là, sur ces aspects, il y a comme un dialogue qui s’installe entre le joueur et le réalisateur. Cregger interroge, avec humour, certaines actions dont la pertinence peut parfois se perdre en dehors du paradigme vidéoludique.
Oui, le second degré est assumé. Certes, il peut y avoir quelques moments de tension, mais l’ambiance est globalement légère. Même avec la présence du gore, on ne perd pas cette atmosphère. Et, dans ce traitement, on ressent évidemment l’inspiration d’Evil Dead (Evil Dead 2 plus précisément). Resident Evil est burlesque, mais peut-être l’est-il avec moins d’aisance que son modèle. C’est moins organique et cela se remarque : à mesure que se déroule le film, et que l’on comprend sa construction, on est de moins en moins entraîné…
Il y a clairement un manque de subtilité. Et puis, ce comique à outrance vient un peu éluder le propos que Bryan est censé porter : un peu comme dans Exit 8 ou l’Échelle de Jacob, les événements qui le touchent ont un lien avec un combat intérieur. Le mal qui prend vie devant ses yeux est donc moins une catastrophe apocalyptique que la matérialisation d’une crise existentielle.
Une chose est sûre, la nouvelle itération de Resident Evil peut certainement prétendre au titre du meilleur film issu de l’univers de Capcom. En tout cas, elle est la plus judicieuse : choisir d’opter pour un personnage inédit plutôt que d’exploiter le casting original permet en effet de savourer le passage du petit au grand écran. La faiblesse du héros donne le matériel nécessaire à l’angoisse et à l’incrédulité.
Cependant, dans son élan de fan, Cregger oublie le spectateur et verse dans une sorte de lourdeur. Il noie son film sous des traits humoristiques très méta et le second degré à tout va. Et plus l’aventure progresse, plus il va dans la surenchère. Ce qui peut être quelque peu contre-productif et très vite mener à l’essoufflement.
Quant à savoir s’il s’agit d’une bonne adaptation, c’est beaucoup plus difficile à trancher. Le film, on l’a vu, est dans un sens très fidèle à l’œuvre originelle dans sa construction. Or, il prend aussi des libertés qui peuvent parfois déstabiliser pour non pas œuvrer à l’adaptation mais à une interprétation plus personnelle. Et c’est là qu’il peut y avoir un point de friction avec les fans purs et durs…

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