Après deux Marvel’s Spider-Man, et un spin-off centré sur Miles Morales, le dévolu des développeurs d’Insomniac a été jeté sur le plus célèbre des X-Men : Wolverine. Terminé le monde ouvert de New York, ici nous avons le droit à un beat’em up bestial qui fait la part belle au caractère éminemment violent du personnage.
Wolverine est un personnage passionnant à adapter qu’il s’agisse de son histoire, de son pouvoir, mais aussi de son rapport au monde qui l’entoure. Pouvoir incarner ce héros Marvel dans une nouvelle histoire pilotée par Insomniac Games, la proposition était des plus alléchantes.
Beaucoup de choses ont été dites sur le jeu, beaucoup de réserves ont été émises. Mais tout est-il réellement justifié ? Est-ce que Marvel’s Wolverine a ce qu’il faut pour se hisser dans le Panthéon des adaptations de super-héros en jeu vidéo ?
(Test de Marvel’s Wolverine réalisé sur PS5 à partir d’une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Réécrire pour mieux introduire
Après s’être échappé du complexe expérimental de l’Arme X, James Howlett erre dans la nature, amnésique et ramené à un comportement primal. Il est recueilli par Nathaniel Essex, un mutant souhaitant préserver son espèce ; dans cette optique, il prend sous son aile ses semblables égarés ou persécutés. À la tête de la Team X, composée de Mystique, Sabretooth et Wolverine, Essex traque sans relâche ceux qui souhaitent voir les mutants s’éteindre.
Pendant une opération de sauvetage, l’équipe découvre que le scientifique Bolivar Trask oeuvre à la construction d’une arme au potentiel de destruction sans précédent, qui pourrait bien signer l’extinction de la race mutante. Wolverine devra donc compter sur toute l’aide disponible, et notamment celle d’une certaine Jean Grey.
Dans Marvel’s Wolverine, pas de professeur Xavier, de X-Men ou de longues séquences explicatives sur le passé de James (celles-ci peuvent être découvertes de manière optionnelle). L’histoire du jeu d’Insomniac Games est un reboot, comme nous pouvons souvent en voir dans les pages d’un comic book. Les personnages sont écrits pour correspondre aux archétypes que les fans connaissent (Essex est un mélange entre le professeur Xavier et Magneto) et l’histoire globale est une réinterprétation de ce que les joueurs ont pu découvrir dans les films ou les comics.
Les développeurs ont donc fait le choix de permettre aux nouveaux venus de ne pas être perdus dans la chronologie et l’univers Marvel. Les clins d’oeil sont légion, mais ne sont là que pour récompenser les fans sans hacher la narration et l’avancée.
Dans le rôle de Wolverine, l’acteur australien Liam McIntyre livre une très belle performance, pas si éloignée de celle de Hugh Jackman, en incarnant un James/Wolverine parfois touchant, héroïque, violent, désinvolte et terriblement humain. On sent que le personnage est tiraillé entre son caractère d’homme-animal, accro à la violence et au passé trouble, et son souhait de vouloir vivre une vie normale entouré de proches. Le personnage est une « bonne pâte », comme dit l’expression, et la sympathie qu’il dégage est décuplée en V.F. grâce au travail impeccable du doubleur français Jérémie Covillault (Benedict Cumberbatch ou encore le Captain Price).
« Chérie ? Ca va trancher ! »
Côté gameplay pur, Marvel’s Wolverine ressemble par bien des aspects à l’adaptation de X-Men Origins: Wolverine, sortie en 2009. Deux touches pour frapper, une gâchette à presser et quatre touches au choix pour utiliser l’une des compétences de James, et vous tenez le gros de la boucle de gameplay. Simple, trop simple pour certains, mais dans les faits, nous sommes tout de même bien proches de ce que pouvaient proposer un God of War ou un Dante’s Inferno.
Pendant les combats, l’environnement proche réagit aux coups portés par Wolverine. Par exemple, si l’un des Reavers que nous attaquons est proche d’un mur et qu’il ne manque qu’un coup pour l’abattre, James va plaquer son ennemi contre la surface pour l’empaler dessus.
Les ennemis demandant plus d’attaques et les boss exploitent la mécanique de la parade. En parant au bon moment, les ennemis peuvent être étourdis ou reculer en chancelant, ce qui nous donne une large fenêtre pour attaquer. De la même manière qu’avec les combos de base, si Wolverine pare une attaque au bon moment en fin de vie de son adversaire, une petite cinématique se met alors en marche pour trancher ou arracher la partie du corps que nous bloquons.
Ce qui caractérise le mieux les combats de Marvel’s Wolverine, et l’un des gros points forts du jeu, ce sont la brutalité et la mise en scène des affrontements. Quand nous nous engageons dans une bataille, nous ressentons réellement toute la bestialité et la rage de Wolverine, et son facteur de guérison (même dans les niveaux de difficulté supérieurs) appuie ce constat : le personnage est un animal lancé en pleine mêlée qui est bien complexe à stopper.
Certes, pour une exclusivité PlayStation 5 de fin d’année, nous aurions pu nous attendre à bien plus qu’un simple beat’em up violent et gore estampillé Marvel, mais la proposition d’Insomniac Games est suffisamment efficace et souvent jouissive pour que le jeu puisse s’apprécier comme un bon film de série B. Le plaisir de sauter, toutes griffes dehors, au visage d’un ennemi, de survivre à une explosion gargantuesque, de se battre contre les Reavers tout en régénérant son corps ou encore de rentrer en état de rage et de passer à la moulinette chaque ennemi est bel et bien présent.
Le côté émoussé de la griffe
L’un des principaux reproches qui aurait pu être fait au jeu concerne le caractère invulnérable du héros. Contrairement à plusieurs idées reçues, Wolverine peut mourir de plusieurs manières ; contrairement à Deadpool, son facteur de guérison ne lui permet pas de faire repousser ses membres ou de ne pas périr sous une avalanche de missiles. Les Sentinelles, l’empoisonnement à l’adamantium et les pouvoirs psychiques sont autant de choses qui peuvent tuer le Canadien griffu. Et ces faiblesses sont clairement exposées et exploitées dans le jeu.
Non, les principaux points négatifs qui parsèment le jeu sont tout autres. Tout d’abord, et c’est un point inhérent au genre même qu’adopte le jeu, Marvel’s Wolverine peut devenir très vite redondant. Sa boucle de gameplay, aussi efficace et jouissive soit-elle, s’essouffle au bout de quelques heures, la faute à une montée en puissance faiblarde du mutant. Les deux arbres de compétences mis à disposition impactent peu le gameplay et le genre même du beat’em up peut devenir lassant au bout d’un temps. Heureusement que le jeu possède une durée de vie d’environ 15 heures (en cherchant quelques caisses de matériaux et en explorant les portes de cauchemar, le tout en difficulté intermédiaire).
Toujours niveau gameplay, le jeu essaie d’alterner entre séquences d’action et d’infiltration. Point positif pour certains, négatif pour d’autres, l’infiltration ne peut en aucun cas être ratée. Si un Reaver nous voit ou nous entend, la scène se transforme en arène avec l’arrivée de renforts plus ou moins agressifs. Nous aurions beaucoup apprécié jouer à des séquences où l’instinct animal de Wolverine doit prendre le dessus et où l’environnement se transforme en terrain de chasse propice aux parties de cache-cache meurtrières.
Enfin, Marvel’s Wolverine est un jeu linéaire. Contrairement à Marvel’s Spider-Man, James parcourt un couloir et des arènes fermées. Pas, ou peu d’exploration au programme hormis la présence de petits chemins détournés pour mettre la main sur des matériaux et autres bouteilles de Whisky. Si les jeux couloirs ne représentent pas de manière générale, un problème en soi, ici nous sommes trop tenus par la main, comme si le jeu nous poussait vers la fin du niveau le plus rapidement possible. Même constat pour la traînée bleue symbolisant le flair de James, même si une mise à jour a largement atténué cette aide.
Est-ce que Marvel’s Wolverine est l’adaptation rêvée pour les fans de James Howlett ? Peut-être pas. Est-ce que cela fait de ce jeu une mauvaise proposition ? Absolument pas. Marvel’s Wolverine n’est pas dans la continuité des Marvel’s Spider-Man, c’est un beat’em up qui a parfaitement compris le personnage qu’il adapte, mais qui ne va, malheureusement, pas plus loin que les autres propositions du genre. Trop répétitif et classique, cela n’en fait pas une déception, loin de là. Nous avons pris beaucoup de plaisir à parcourir cette aventure d’un bout à l’autre à découper, à trancher et à échanger avec les personnages de l’univers X-Men. Insomniac Games n’a pas créé un nouvel étalon dans l’adaptation des super-héros en jeu vidéo, mais il propose un divertissement de très bonne facture.


