D’après une interview d’Amir Satvat (ASGC Games Industry Layoffs Tracker) publiée dans Edge et reprise par la newsletter Knowledge, le Japon n’est pas un paradis du jeu vidéo, mais un écosystème totalement différent du nôtre, largement déficient. Quand un studio doit réduire ses coûts, l’effort porte souvent sur les contractuels étrangers, pas sur les équipes locales.
Nintendo, Konami ou Capcom afficheraient une rétention du personnel supérieure à 97 %. Les équipes y resteraient plus petites, moins aspirées par les blockbusters live service à 500 personnes. Et les dirigeants y gagneraient des millions de dollars, et pas des dizaines de millions : Satvat oppose les 2 à 3 M$ japonais aux 38,6 M$ empochés par Andrew Wilson (EA) ou aux 42 M$ de Strauss Zelnick (Take-Two), deux groupes qui ont licencié cette année, évidemment.
96 % des suppressions de postes en Occident
Entre 2022 et 2026, 57 628 emplois ont été perdus dans toute l’industrie. En 2026 seulement, 96 % des licenciements toucheraient l’Amérique du Nord et l’Europe. Satvat estime qu’à un moment, plus de la moitié des suppressions mondiales venaient de Californie. Tim Sweeney (Epic) parle de la pire crise depuis 1983. Satvat, lui, voit un modèle occidental à bout de souffle : grosses équipes, grosses rémunérations et courses aux tendances infructueuses.
De l’autre côté, Capcom enchaîne les succès critiques et commerciaux en 2026 (Pragmata, Resident Evil Requiem, Onimusha) sans équipe de production à 500 têtes, Nintendo bat des records avec ses franchises, Koei Tecmo assume des titres plus modestes et performe sur ses résultats financiers.
Le Japon n’est pas une utopie, mais le contraste tient : moins de course aux tendances et moins de licenciements massifs. Un modèle plus proche de l’ancien PlayStation que de la machine californienne actuelle.
PlayStation, la bascule Jim Ryan
L’angle japonais nous rappelle aussi le déclin créatif de PlayStation depuis la bascule vers un modèle occidental ultra-AAA. Sous Jim Ryan (PDG de 2019 à 2024), Sony a fermé Japan Studio en 2021, sacrifiant les jeux AA japonais osant expérimenter au profit de grosses machines occidentales comme God of War et Marvel’s Wolverine.
Shuhei Yoshida l’a dit noir sur blanc : ces productions créatives ne tiraient pas suffisamment les ventes de consoles. En février 2024, 900 postes ont été supprimés chez SIE, studios inclus, London Studio a fermé et Yoshida aurait été évincé pour ne pas avoir suivi la ligne de Jim Ryan.
layoffs.asgc.gg
PlayStation a adopté le modèle que Satvat décrit comme toxique (méga-équipes, course au service, logique financière californienne), alors que les géants japonais résistent en faisant l’inverse. Sony veut tuer le disque en 2028 pendant que Nintendo et Capcom tiennent le cap.
En copiant le pire du modèle occidental, Sony a abandonné ce qui faisait sa spécificité : des équipes plus petites, des jeux plus audacieux et modestes, une industrie qui protège ses salarié·es avant ses PDG à 30 millions.

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